Et au passage un grand merci à Will…
On se souviendra, pour les initiés, voire les « anciens », que Basement avait déjà marqué la scène noise française dans les années 90, le temps de 2 mini-albums déjà excellents, Head on et Underneath.
Ici, les Libournais font leur grand retour et, aidés d’amis issus de la cette même scène noise (Nicolas Dick des Kill the Thrill pour le son, Jean-Michel Gimenez des Tantrum pour le visuel, ni plus ni moins
), frappent un grand coup. Tant et si bien qu’on est bel et bien en présence, avec ces huit titres détonnants, de l’album noise de l’année avec Signals from elements de leurs camarades bordelais des Sleeppers. La filiation est d’ailleurs assez nette, mais Basement creuse, plus encore que la troupe de Laul et Mamu, la voie d’une noise riche en mélodies, se démarquant ainsi de la zik produite par ces derniers tout en affichant la même qualité dans le rendu, se hissant à leur niveau avec une facilité déconcertante.
De surcroît, ils enrichissent leurs morceaux d’influences indie qui viennent étoffer leur palette sonore et lui donner une ampleur non-négligeable
et la faire gagner en qualité et en lisibilité.
Mais venons-en au contenu, ces morceaux captivants, sans un gramme de trop, et formant un ensemble d’une cohérence à toute épreuve. D’emblée, le riff de Release me, allié à une rythmique élastique et une voix d’abord magiquement susurrée puis plus criée, donne lieu à un morceau énorme, qui, s’il se montre puissant, ne néglige pas pour autant la mélodie et s’avère dévastateur. Passé ce premier coup gagnant, se profile un Negative land lourd et mélodique, tout en gardant ce côté massif propre aux morceaux des Libournais. Et là encore, un riff de feu vient porte ce morceau vers les sommets. Surprise ensuite, ou plutôt habile changement de climat, sur l’intro plutôt délicate de Maëlstrom qui très vite gagne en intensité et voit le chant, superbement distordu, assurer le parfait appui de six-cordes divines et puissantes, pour ensuite laisser un break bien senti relancer le morceau avec brio. Cette alternance prévaudra d’ailleurs sur la totalité du morceau, parfaitement dosé entre le côté rageur et ouvertement noise de Basement et ses penchants plus mélodiques, plus éthérés. Sonar qui suit ces trois premiers morceaux imparables produit les mêmes sensations, oscillant avec bonheur, et une maîtrise surprenante, entre mélodie et zébrures noise du meilleur effet, de même que Slow waiting qui affiche une mainmise instrumentale
stupéfiante et offre, à l’instar des huit morceaux proposés ici, une variété d’atmosphères et une intensité digne des plus grands, s’achevant dans un solo déstructuré façon Page Hamilton, délicieux. Arrive ensuite Train fantôme, saccadé et joliment mélodique, et qui bénéficie d’une basse bien en relief, auquel succède About your behaviour également grandiose. Un morceau proche dans l’esprit de ceux des Sleeppers à partir de Cut-Off, vitriolé par de bons gros riffs et de superbes explosions noise, auxquels succèdent de jolies éclaircies plus mélodiques, qui enfonce définitivement le clou et consacre ce disque, le plaçant définitivement sur le podium français et international de la mouvance noise/post-hardcore. Et pour conclure ce feu d’artifice, In the backroom, court et intense, doté de guitares loquaces et terrifiantes, desquelles tente d’émerger cette voix au diapason de ces morceaux d’un niveau supérieur à tout ce qui peut se faire dans ce style en ce moment.
A se procurer de toute urgence, avec un seul regret, toutefois sans réelle importance : qu’il n’y ait ici que huit morceaux à se mettre sous la dent. Achat impératif, et retour triomphant pour un groupe désormais incontournable. Planet Of Tubes
planetoftubes@fourtraque.com