basement
*Furia noise from underground level*

INTERVIEW
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VERSUS MAGAZINE N°10 (MARS 2007)

Depuis le EP Underneath en 1998 et les tournées qui suivent, nous n’avions plus aucune nouvelle du trio noise de Libourne. Basement faisait partie intégrante de cette scène indé française 90’s que nous citons souvent et dont ne subsistent guère plus que quelques représentants toujours fringants : Sleeppers, Dirge ou Kill The Thrill. C’est d’ailleurs dans les studios du guitariste de la formation marseillaise, Nicolas Dick, que le groupe - depuis devenu quatuor - a choisi d’enregistrer Everything Gets Distorted, opus puissant et inspiré aux prétentions beaucoup plus mélodiques, comme ne l’indique pas forcément son titre…

Pourquoi tant de temps entre Underneath et Everything Gets Distorted ?
David : Après la sortie d’ Underneath nous avons tourné pendant pratiquement 2 ans en France, Italie, Belgique, Suisse, cumulant ça avec nos jobs respectifs : nous avions des plannings assez chargés durant cette période et donc forcément une usure et une envie d’un break salutaire… Malgré la sélection du FAIR, nous n’avons pas pu reprendre la route car Sabine et Chris attendaient un bébé.
Chris : Il y a eu également des changements d’ordre professionnel… Je pense aussi que nos emplois du temps respectifs ne coïncidaient plus avec le fait de faire de la musique avec autant d’implication que par le passé. Puis petit à petit, nous nous y sommes remis, toujours à 3 trois dans un premier temps, puis à 4 avec l’arrivée d’un premier guitariste, puis un second… Il a fallu travailler différemment, penser les morceaux autrement. Tout ça a pris du temps pour mûrir mais nous sommes plutôt satisfaits du résultat !
Après une période de creux, la scène indé française semble se faire une nouvelle santé, avec de nombreux groupes (Goodbye Diana, For My Hybrid, Café Flesh, Marvin, Warehouse, Mary Poppers, la liste est longue…) qui revendiquent à peu près les mêmes influences que vous. Quel est votre constat en tant qu’acteur de cette scène ?
Chris : C’est plutôt bon signe de voir tous ces bons groupes émerger, ça crée forcement une dynamique, une émulation, et le public a l’air de suivre au vue des quelques dates que nous avons faites…
Est-il plus difficile ou plus facile de tourner, de se faire connaître en France, qu’il y a dix ans par exemple ?
David : Tourner devient vraiment plus difficile qu’auparavant. David, un pote, a monté sa propre agence de booking (Eolienne Tour) et nous aide à trouver des dates. Il y a quelques années, nous arrivions sans être (re)connu à en trouver en France, Italie, Espagne, Suisse…et l’on pouvait avoir des cachets tout à fait corrects. Ce n’est absolument plus le cas aujourd’hui à moins d’avoir un tourneur derrière ou une machine à fric qui arrose… Plein de lieux ont fermé, les asso ont moins de moyens qu’avant. Tous les groupes avec de petites structures galèrent ! Ceci dit avec internet, et notamment les Blogs ou MySpace, il devient plus facile d’échanger des plans, de diffuser sa musique, son actualité, sa promo aux quatre coins de la planète.
Quand avez-vous commencé à composer les titres qui allaient constituer Everything Gets Distorted ?
Sabine : La composition de l’album s’échelonne sur une période de 3 ou 4 ans. Les premières ébauches ont été composées à trois, puis elles ont réellement pris forme avec l’apport d’une seconde guitare.
Uniquement 8 titres, une demi-heure de musique. C’est un choix, une façon d’aller à l’essentiel ?
David : Tout à fait… D’une part parce que dans ce style, la longueur peut vite faire décrocher l’auditeur, et d’autre part parce que nous travaillons très lentement et que nous n’avons pu composé que 8 titres !! Mais nous ne désespérons pas : Head-on ne comportait que 6 titres, Underneath que 5, Everything Gets Distorted 8… le prochain en comportera 12 !!
Chris : Nous aimons bien l’idée d’un album court, vite expédié, sans enrobage superflu, comme pour un concert d’ailleurs…notre set ne dépasse que très rarement les 45 mn !
Comment en êtes-vous venu à faire produire l’album par Nicolas Dick ?
David : Nicolas est une vieille connaissance et on est de la même génération. Après deux albums produits par Fred Norguet avec qui le courant était bien passé, le désir de travailler avec d’autres personnes s’est fait ressentir… Plusieurs noms ont commencé à circuler : David Weber qui désirait travailler avec nous, Serge Morattel avec qui nous étions en contact depuis un moment, puis Nico des Kill The Thrill qui avait été le premier à nous solliciter. C’est finalement cette idée qui a été retenue.
Selon vous, que vous a apporté l’arrivée d’un second guitariste ? Y a t’il un rapport avec le fait que l’album s’avère très porté sur la mélodie ?
Chris : L’arrivée d’une deuxième guitare a sans nulle doute apporté une touche plus mélodique… Pour Everything Gets Distorted nous recherchions une autre façon d’aborder les morceaux, avec des combinaisons différentes de celles utilisées pour les albums précédents. Nous voulions aussi nous ouvrir un peu plus sur la mélodie sans pour autant que ça soit au détriment de l’aspect rythmique que l’on affectionne.
Sabine : Cet album c’est de la mélodie en sous-sol !
Parlez-nous de distorsion…
Chris : Evidement la notion de distorsion ne s’applique pas uniquement au son… Si tu fais référence au titre de l’album, il résume assez bien le climat ambiant, l’état d’esprit dans lequel nous sommes ces dernières années.
David : Le bruit nous nourrit et ça depuis le début…. (ask Sox notre ingé son !) Nos prestations sur scène sont physiquement éprouvantes, tendues et puissantes… Puis nous avons trop de bons souvenirs de concerts au Jimmy (Ndlr :bar concert mythique à Bordeaux) : Unsane, Today is the Day, Fugazi, Deity Guns… Ces concerts-là nous ont scotchés pendant des années…
Où en êtes vous de vos recherches d’un distributeur ?
Sabine : Pour le moment l’album n’est disponible qu’aux concerts, sur notre site ou au local de l’asso Lucane, chez nous à Libourne. Nous avons fait des démarches auprès de plusieurs distributeurs et nous sommes dans l’attente de réponses.
Parlez-nous du tournage du clip pour le titre « Train Fantôme » ? Je suppose qu’il est surtout destiné à être diffusé sur le net, via youtube ou autres.
David : C’était en projet depuis un petit moment, mais nous ne trouvions pas le temps de le faire… C’est Patrice Rullier qui a réalisé ce clip, il nous avait déjà suivi en tournée. Il avait accumulé pas mal d’images et s’en était servi pour un premier essai visible sur notre site. Puis il est arrivé un jour en nous disant : « Ça vous dirait de tourner un clip, un vrai? Je dispose du matériel et de 3 ou 4 personnes motivées. » Nous avons vite calé un week end et la question de l’endroit ne s’est pas posée longtemps : Chris travaille dans un théâtre et le site s’y prêtait vraiment bien ! Pour ma part, il m’a fallu mater la batterie au maximum afin de ne pas trop perturber l’entourage! Ça a été une vraie expérience ce tournage, une véritable épreuve aussi, tant il fallait donner et tant l’aspect visuel était primordial ! Au bout du compte, nous avons pris beaucoup de plaisir à le faire, reste maintenant à Patrice à monter et à choisir parmi les 7h30 d’images !! Il sera visible je pense début janvier sur le net via notre site bien sûr et des sites style Youtube, DailyMotion, MySpace… Mais Patrice compte bien le présenter aussi lors de festivals sur le clip ou le court métrage.
Pourquoi le choix de ce titre pour le clip ?
Jérémie : Encore une fois c’est Patrice qui a décidé du morceau… Visuellement, il imaginait bien ce que ça pouvait donner. Il cherchait un morceau assez saccadé et Train Fantôme s’est imposé naturellement.
L’artwork est magnifique, il a été réalisé par Jean Michel Gimenez de Tantrum, vous lui avez laissé carte blanche ? Qu’évoque t’il pour vous ?
Chris : Nous sommes vraiment content du résultat, Jean-Michel a fait un boulot remarquable ! Ce n’est pas non plus un hasard d’avoir fait appel à lui pour la conception de la pochette… Il en avait réalisé notamment de superbes pour Tantrum, les Spinning Heads,… Nous connaissons bien Tantrum, ce sont des gens avec qui nous avons beaucoup d’affinités. Au départ nous avions dans l’idée de faire quelque chose d’assez épuré, et l’idée d’arbres, de forêt avait été mentionnée pour le côté dimension, perspective… Mais très vite nous sommes partis dans d’autres directions. Jean-Michel était quoiqu’il en soit intéressé mais il fallait vite se décider et trancher. Cependant, nous n’étions plus convaincu de nos choix… Il nous a proposé de faire des photos aux States où il partait quelques jours. Dès son retour, il nous a présenté un premier projet avec des photos du Yosemite’s National Park… Là, nous avons tout de suite été conquis et nous retrouvions l’idée de départ ! Il a peaufiné son travail et le résultat est là ! C’est vraiment notre premier visuel où il y a un vrai travail artistique.
Vous citez Jesus Lizard, Unsane, Cop Shoot Cop, Distorted Pony en tant qu’influences. Des groupes plus actuels ont-ils eu une influence sur vous lors de la composition du nouvel album ?
David : C’est vrai que les groupes que tu cites resteront des références autant que fugazi, jawbox, Quicksand, Shellac et plein d’autres de cette époque. Même s’il y a actuellement d’excellents groupes (Doppler, Mary Poppers, les Kabu Ki…) nos influences restent les mêmes qu’il y a dix ans. C’était tellement « nouveau » à l’époque cette scène Américaine (Amphétamine Reptile, Touch and Go, Discord…), que nous sommes toujours restés scotchés sur ces groupes là… Ceux sont vraiment des références pour nous !
De quels groupes français vous sentez-vous proches ?
Sabine : Nos amis de Montpellier Tantrum et la connexion Spinning Heads / Goodbye Diana, Bananas At The Audience, Doppler, Kabu Ki Buddah, Kimmo, Heliogabale, Loisir, Gravity Slaves…
Quelles sont vos ambitions avec Basement ?
Chris : Trouver un distributeur !! Nous espérons aussi tourner… Nous revenons de faire quelques dates en Espagne et les concerts se sont vraiment bien passés, devant un public très enthousiaste ! Nous espérons partager des dates avec des groupes qu’on aime bien, rencontrer des gens passionnés avec de réelles convictions, participer à des festivals, préparer un nouvel album avec plus de titres !! Et au-delà de l’ambition tout ça reste une aventure humaine enrichissante, et le fait de prendre la route et de jouer tes morceaux loin de chez toi reste un moment à part.
Un mot sur vos textes ?
Chris : En fait, il n’y a pas de message particulier, c’est seulement une traduction de mon état d’esprit à un moment donné, peut être un défouloir aussi… c’est plus basé sur le feeling, l’humeur de l’instant. J’utilise les mots comme on assemble un puzzle (collage) je jette tout sur la table, je pioche, j’y donne un sens et l’anglais sonne bien pour ça.
Quel titre de Basement conseillez-vous d’écoutez à quelqu’un qui ne connaît pas le groupe pour se faire une idée, et pourquoi celui là ?
David : Peut être Maelström… C’est le plus accessible je pense de par son côté fluide et une construction sonore plus lisible. De plus, nous avons eu d’excellents retours… Mais ce n’est peut être pas le plus représentatif. Là ce serait plutôt un titre comme Train Fantôme, avec cette assise basse / batterie syncopée…

Merci à Olivier Drago & Versus

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