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Archive for avril, 2004

Le concept de satisfaction

Samedi, avril 24th, 2004

Définitions

Le concept de satisfaction est un domaine de recherche qui suscite beaucoup d’intérêt aussi bien auprès des théoriciens qu’auprès des entreprises, et fait l’objet de nombreuses publications. Dans sa revue de littérature, Yves Evrard rappelle la définition proposée par Howard et Sheth ainsi que celle de Hunt :

   • «State of being adequately or inadequately rewarded in a buying situation for the sacrifices undergone», Howard et Sheth (1969)

   • «The evaluation rendered that the experience was at least as good as it was supposed to be», Hunt (1977)

Ces deux définitions comportent trois éléments du concept de satisfaction : il s’agit d’un état psychologique, postérieur à l’achat et relatif à une transaction spécifique. Le caractère relatif de la satisfaction la distingue de deux concepts voisins que sont l’attitude et la qualité. En effet, alors que la satisfaction est liée à une expérience particulière et postérieure à celle-ci, l’attitude est générale ou intemporelle sans être nécessairement liée à une expérience spécifique. Il en est de même pour la qualité de service qui représente un jugement global concernant la supériorité du service comme le soulignent A. Parasuraman et ses collègues.

Paradigme de la disconfirmation

Le paradigme de la disconfirmation rassemble dans une structure commune des modèles qui visent à identifier et à représenter le processus de formation de la satisfaction. Ces modèles ont été élaborés à la fin des années 1970 notamment par R.L. Oliver , puis approfondis au cours des années 80.

Ce modèle décrit la formation de la satisfaction comme un processus comparatif comportant quatre construits principaux :

• Le jugement porté sur la performance du produit ou service ( ou qualité perçue) au cours de l’expérience de consommation.
• Les attentes (ou expectations) formées par le consommateur préalablement à l’achat et à la consommation du produit ou service concerné.
• La disconfirmation, qui correspond à la comparaison entre la performance et les attentes. Elle est positive lorsque les performances sont supérieures aux attentes ; neutre en cas d’égalité entre attentes et performances ; négative dans le cas où les performances sont inférieures au standard de référence des consommateurs.
• La disconfirmation va générer l’évaluation globale de l’expérience de consommation, c’est à dire la satisfaction.

Ce modèle se présente de la façon suivante :



Parasuraman A., Valarie A. Zeithaml, Leonard L. Berry (1988) , “SERVQUAL : a multiple-item scale for measuring consumer perceptions of service quality”, Journal of retailing, 64 : 1, pp 12-40.
Oliver, R.L., (1980), “A cognitive model of the antecedents and consequences of satisfaction decisions”, Journal of Marketing Research, 17, november, pp 460-469

Influence des sondages préélectoraux

Vendredi, avril 23rd, 2004

Influence sur les électeurs


 


Selon Patrick Champagne, la publication des sondages préélectoraux peut susciter chez certains électeurs un nouveau type de vote : le vote stratégique. Ce dernier consiste à ne pas voter directement et naïvement pour son candidat mais pour celui qui est censé produire l’effet politique recherché, ce qui ne passe pas nécessairement et toujours par le vote direct de son candidat. Ainsi, par exemple, l’électeur peut choisir de voter pour l’adversaire afin de « donner une bonne leçon » à son propre parti qu’il veut cependant voir gagner mais pas trop largement. ; ou voter « utile » en se portant sur un candidat de second choix pour qu’il ne soit pas éliminé au second tour.


Bien que ce vote stratégique ne touche aujourd’hui qu’une fraction plutôt faible et politisée du corps électoral, il peut se produire, dans certaines conjonctures politiques, des déplacements de voix de deux ou trois points qui peuvent suffire à modifier les scores attendus. Ainsi, selon Ivor Crewe, les nombreux sondages d’opinion effectués en Grande Bretagne avant les élections législatives de 1992, ont influencé les résultats des élections dans la mesure où ils ont mobilisé les électeurs conservateurs qui redoutaient la victoire des travaillistes prévue par les instituts de sondage.


 


Comme le montre Frank Brettschneider, il est difficile de prouver si les sondages influencent réellement le comportement électoral et dans quel sens. Par ailleurs, les personnes qui s’intéressent le plus aux sondages sont les électeurs au niveau d’étude le plus élevé et ceux qui appartiennent à un parti politique ou qui sympathisent avec lui, donc des personnes peu influencées par les sondages.


Stephen Ansolabehere et Shanto Iyengar ont mené une étude expérimentale consistant à exposer les électeurs à des sondages d’opinion en manipulant le niveau de soutien aux candidats. Les résultats montrent que les sondages influent de façon significative la préférence à l’égard d’un candidat mais pas leur intention de vote.


 


Par ailleurs, Darrell M. West note que l’influence des sondages varie selon le contexte électoral. Les effets des sondages électoraux sur le choix final des électeurs sont étudiés sur l’élection présidentielle américaine de 1980 et sur le référendum concernant le droit à la vie en 1986. Il apparaît que l’influence s’est révélée importante pour le référendum, négligeable pour l’élection présidentielle : l’identification partisane et les impressions relatives aux candidats étaient alors beaucoup trop importantes pour que les électeurs puissent être influencés par les résultats des sondages.


 


Influence sur les professionnels de la politique


 


Les sondages d’opinion constituent une importante source d’informations en sociologie politique. Non seulement pour identifier les préférences d’une population vis à vis des problèmes de l’heure ou des leaders politiques, mais aussi pour mieux cerner des faits et des comportements à partir de ce qu’en déclarent les individus enquêtés.


Les sondages d’opinion sont devenus un élément incontournable pour les partis et les hommes politiques. Près de la moitié des sondages réalisés par les instituts ne sont pas publiés : ils restent confidentiels, au seul usage de leurs commanditaires (partis politiques et gouvernement).


 


Comme le souligne Patrick Champagne, les sondages préélectoraux permettent de tester les chances des leaders politiques aux élections et pèsent désormais sur le choix des candidats. De même, Gaëtan Djaguidi défend la thèse qu’il existe une relation unissant les sondages, l’absence ou la présence de règles internes et codifiées de désignation au sein des partis politiques, la nature du leadership partisan et les décisions de candidature.





Ansolabehere Stephen, Shanto Iyengar (1994), “Of Horseshoes and Horse Races : Experimental Studies of the Impact of Poll Results on Electoral Behavior”, Political Communication, Volume 11, pp 413-430


Brettschneider Franck (März 1992), “Der taktische und rationale Wähler, Über den Einfluss von Wahlumfragen auf das Wählerverhalten bei den Bundestagswahlen 1983 bis 1990″, Politische Vierteljahresschrift, 33, pp 55-72


Champagne Patrick (1995), “Les sondages, le vote et la démocratie”, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°109, pp 73-92


Djaguidi Gaëtan, “Le rôle des sondages et des partis politiques dans la désignation des candidats à l’élection présidentielle”, Revue du Droit Public et de la Science Politique en France et à l’Etranger, pp1203-1220, 1-1995.


West Darrel M.(1991), “Polling Effects in Election Campaigns”, Political Behavior, Vol.13, n°2, pp 151-163


Worcester Robert M.(Décembre 1995), “Les instituts de sondage britanniques tirent les leçons de l’élection générale de 1992″, Revue Internationale des Sciences Sociales 146, pp 617-633

Fiabilité des sondages préélectoraux

Mercredi, avril 21st, 2004

Conditions de validité des enquêtes par sondage


Denis Lindon dans son ouvrage « Le marketing politique », rappelle brièvement les quatre conditions principales de la fiabilité des résultats des enquêtes par sondage :


     • Un échantillon représentatif
L’échantillon des personnes interviewées doit être représentatif de la population à laquelle on s’intéresse, c’est à dire, selon les cas, l’ensemble de la population, le corps électoral, ou certaines catégories d’électeurs. Pour assurer cette représentativité, il convient de suivre une méthode rigoureuse d’échantillonnage. Dans les enquêtes électorales, les méthodes les plus courantes sont, d’une part, le tirage au sort sur listes électorales, et d’autre part, la méthode des quotas, qui consiste à choisir les personnes interviewées de telle manière que leur répartition, par rapport à un certain nombre de critères tels que le sexe, l’âge, la profession, etc., soit semblable à celle de la population à laquelle on s’intéresse. les grilles sur lesquelles les instituts fondent leur choix (sources INSEE, INED, … ) pour établir les quotas ne sont pas non plus entièrement dénuées d’une certaine imprécision statistique, mais elles permettent tout de même d’accroître considérablement la qualité de cet échantillon


     • La taille de l’échantillon
Selon la précision des résultats souhaitée, la taille de l’échantillon d’une enquête électorale pourra varier, selon les cas, de quelques centaines de personnes à plusieurs milliers.


     • La qualité du questionnaire
Les questions doivent être pertinentes, claires, non ambiguës et non susceptibles de provoquer des réponses erronées ou mensongères. A ce propos, une enquête menée sur les sondages d’opinion effectuée lors des présidentielles américaines en 1992 a permis de montrer que la formulation des questionnaires influence considérablement les résultats des sondages. Ainsi, l’institut Gallup formule ses questions de façon telle que les réponses correspondent à des conditions spécifiques de court terme et que les résultats des sondages ne sont ni sables et ni fiables dans le temps, alors que les mesures du Michigan Survey Research Center donnent une idée plus exacte des mécanismes d’identification partisane. .


     • La méthode d’interview
A ce sujet, notons que les élections s’accompagnent de plus en plus de sondages effectués par Internet. Wei Wu et David Weaver montrent que ces sondages sont sujets à manipulation (pas de vérification possible des résultats, questions biaisées etc.),que les personnes peuvent voter plusieurs fois et que seules les classes aisées peuvent répondre.

Les sondages en accusation


A chaque élection resurgit le débat sur le rôle des sondages dans la vie politique. Portés aux nues par les uns qui y voient un instrument de connaissance de l’opinion indispensable à toute démocratie moderne, ils sont voués aux gémonies par les autres qui mettent en cause leur fiabilité et le bien fondé même de leur existence dans un système représentatif.
En Grande Bretagne, les nombreux sondages d’opinion effectués avant les élections législatives de 1992 se sont révélés pratiquement tous inexacts, ce qui a considérablement ébranlé la confiance des milieux politiques en cette technique . De même en France, le premier tour des scrutins présidentiels de 1995 et de 2002 ont été marqués par le dénigrement des instituts de sondages, accusés de ne pas avoir été suffisamment prédictifs du vote final. A ce propos, Jacques Antoine rappelle les explications dites « classiques » des écarts entre les prédictions et la réalité du vote et propose de nouvelles pistes de recherche.

     • Les marges d’erreur statistiques
Les instituts de sondage n’emploient guère la technique de l’échantillonnage au hasard avec remise mais lui préfèrent la méthode des quotas. Théoriquement non calculable pour des échantillons établis selon la méthode des quotas, la marge d’erreur est alors estimée. Comme le montre Jacques Antoine, les écarts entre résultats des sondage et résultats de vote vont au delà de cette marge d’incertitude estimée : elle est donc insuffisante pour expliquer les écarts constatés. 
Pour un échantillonnage fait au hasard avec remise (chaque personne est tirée au sort dans la population totale, sans que soit exclue la possibilité mineure quand cette population est importante de retenir plusieurs fois le même individu), l’intervalle de confiance a  pour un risque d’erreur a est donné par f ± racine carrée[f(1-f)/n] (avec t : donné par la table de Gauss en fonction de a; f : fréquence observée; n : taille de l’échantillon).


Exemple : un sondage effectué auprès de 1000 personnes attribue à la liste du parti socialiste 3O % des suffrages aux élections européennes du 13 juin prochain(SOFRES pour Unilog, RTL, LCI et le Monde, le 28 et 30 avril 2004) : cette liste a donc 95 % de chances de se trouver entre 0,30-1,96racine carrée[0,30×0,70/1000] et 0,30+1,96racine carrée[0,30×0,70/1000], c’est à dire grosso modo entre 27 et 33 %.


On constate que la marge d’erreur pour n personnes interrogées est indépendante de la taille de la population totale  


 • Photographie instantanée et non prévision
En France comme en Grande Bretagne ou aux Etats Unis, on dénombre des électeurs indécis ou versatiles : ils se décident ou changent d’avis à la dernière minute. Cette hypothèse d’un revirement à la dernière heure est d’ailleurs la première cause mise en avant par Market Research Society pour expliquer la divergence entre les chiffres des sondages et les résultats de l’élection générale de 1992 en Grande Bretagne . 


     • Le redressement des échantillons
Certains électeurs n’osent pas « avouer » qu’ils ont choisi tel ou tel candidat. Par ailleurs, il est difficile de faire la part des difficultés de mémoire et de la mauvaise foi des électeurs. Ceci a amené les instituts à effectuer des redressements : il s’agit de pondérer les scores bruts de chaque candidat grâce au rapport entre les résultats obtenus par sa formation aux élections précédentes et les votes que les sondés déclarent avoir émis à l’occasion de scrutins passés. Les méthodes de redressement ne doivent pas être choisies une fois connus les résultats de l’enquête sur le terrain. Jacques Antoine rappelle que la Commission des sondages reconnaît que les redressements d’échantillon sont non seulement autorisés mais nécessaires. Ceci étant, elle laisse à chaque institut la liberté du choix des méthodes et la responsabilité de ses résultats. Elle se limite donc à vérifier à posteriori la validité des traitements et des choix des sondeurs, et à formuler s’il y a lieu des observations. Concernant le premier tour des présidentielles en 1995, la Commission n’a pas eu à formuler des avis mettant en cause le travail des instituts.

     • Vote à domicile et vote réel
Toutes les personnes interrogées n’iront pas voter : d’une part, certaines ne sont pas inscrites sur les listes électorales (mais la plupart des instituts “filtrent” les réponses en demandant aux interviewés s’ils le sont effectivement); d’autre part, beaucoup des inscrits qui s’abstiendront répondent tout de même à l’enquêteur : il est moins difficile de “voter’” chez soi quand un institut vous le demande que de retrouver sa carte d’électeur et se déplacer jusqu’à son bureau de vote; aussi le vote à domicile est-il généralement sensiblement supérieur à la participation réelle


    • L’électeur stratège
L’électeur sondé, sachant qu’il participe à un mécanisme à la fois politique et médiatique, peut adopter devant l’enquêteur des attitudes et des comportements susceptibles de fausser les résultats des sondages. Il peut décider de ne pas répondre au sondage ou à certaines questions, dissimuler sa véritable intention de vote ou sa réelle sensibilité politique. Ainisia la sous estimation  des candidats extrémistes au profit des candidats les plus consensuels ou les plus populaires est quasi-systématique,.

     • L’effet de la technique d’enquête
Par ailleurs il existe une différence de résultats entre instituts. Ceci conduit à se demander si la technique d’enquête utilisée exerce une influence. Les interviews préélectorales relatives aux dernières présidentielles ont été conduites en face à face ou par téléphone. La validité comparée de ces deux techniques d’enquête est un thème de recherche et d’expérience sur lequel il n’y a pas, aujourd’hui, de conclusion définitive dans le contexte français.




Abramson Paul R., Charles W. Ostrom (1994), “Change and Continuity in Party Loyalties during the 1992 Election Campaign”, Public Opinion Quarterly, Volume 48, pp 21-48
Antoine Jacques (1995/2.), “Le sondage en accusation, Revue Française du Marketing”, n°152, pp 7-16
Crewe Ivor (october 1992), “A Nation of Liars ? Opinion Polls and the 1992 Election”, Parlementary Affairs, Volume 45, number 4, pp 475-495
Lindon Denis (1986), “Marketing Politique”, Paris-dalloz, pp 8-17
Wu Wei, David Weaver (Fall 1997), “On-Line Democracy or On-Line Demagoguery ?” Public Opinion « Polls » on the Internet, The Harvard International Journal of Press/Politics, Volume 2, Number 4
Worcester Robert M. (Décembre 1995), “Les instituts de sondage britanniques tirent les leçons de l’élection générale de 1992″, Revue Internationale des Sciences Sociales 146, pp 617-633



Le sujet de l’expérience

Lundi, avril 19th, 2004

L’expérience agit sur le sujet, le transforme autant par ce qu’elle lui apprend (le contenu de l’expérience) que de la façon dont elle lui apprend : vivre une expérience ne consiste pas à comprendre un contenu de pensée de façon abstraite et désincarnée mais fait appel aux émotions, sensations, sens, déborde sur de nombreuses autres expériences…

Prenons l’exemple du contenu de l’expérience suivante : « j’entends gronder l’orage ». Je suis capable de caractériser le son qui parvient à mes oreilles : je reconnais le grondement d’un orage ; j’accepte cette croyance et la considère comme vraie justifiée. L’effet que produit ce son fait partie de l’expérience autant que son contenu. L’expérience vécue peut être aussi bien agréable que désagréable, une multitude de pensées, d’impressions, de sensations peuvent émerger par ce que me fait éprouver cette expérience. Je n’entends pas qu’un orage mais me souviens m’être abrité l’été dernier de la pluie dans un refuge dans les Pyrénées, je redoute que la cave inonde, je me dis que c’est le moment où jamais de sortir mon cerf-volant (!)….



Barberousse Anouk (1999), L’expérience, Flammarion, collection Corpus

Expérience autotélique

Mardi, avril 13th, 2004

Au début de ses travaux, Mihaly Csikszentmihalyi n’employait  pas le terme Flow mais celui d’expérience autotélique (du grec auto, soi et telos, but). L’équipe du chercheur a préféré l’emploi du terme “Flow” qui bien qu’étant moins précis bénéficiait d’une connotation moins conceptuelle qui a permis d’étendre sa diffusion : “I am sure that if we had continued to use the precise but cumbersome autotelic experience, few people outside the academic community would have pay attention” (Csikszentmihalyi , 2000)


L’expérience autotélique relie les activités autotéliques aux personalités autotéliques. “An autotelic experience is a psychological state, based on concrete feedback, which acts as reward in that it produces continuining behaviour in the absence of other rewards.”
Activité autotélique : “Autotelic activities are patterns of action which maximize immediate, intrinsic rewards to the participant”
Personalité autotélique : “An autotelic person is one who is able to enjoy what he is doing regardless of whether he will get external rewards of it”



On peut dire qu’une activité autotélique est une activité qui offre des expériences autotéliques et qu’une personnalité autotélique est une personnalité qui a tendance à éprouver de telles expériences. Cependant, on ne peut pas admettre que la plus universelle des activités gratifiantes sera vécue de manière autotélique à n’importe quel moment ou qu’une personne particulièrement sensible à la gratification intrinsèque appréciera une expérience donnée.

Phénoménologie

Mercredi, avril 7th, 2004

Quelques éléments d’origines


La phénoménologie est un terme inventé par le mathématicien Jean-Henri Lambert en 1764 pour désigner la partie des sciences qui étudie les phénomènes. C’est avec le philosophe Friedrich Hegel au début du XIXième que le terme atteint sa plénitude philosophique avec son œuvre “Phénoménologie de l’Esprit” (1807).

Avec Edmond Husserl, la phénoménologie devient au XXième siècle une doctrine philosophique à part entière. Aujourd’hui, la phénoménologie correspond à un courant de pensée qui se réclame sinon des concepts, du moins de la méthode d’Edmond Husserl Sa démarche est celle que Maurice Merleau-Ponty décrit dans son ouvrage “Phénoménologie de la perception” (1945) : « La phénoménologie, c’est l’étude des essences […]. Mais la phénoménologie, c’est aussi une philosophie qui replace les essences dans l’existence et ne pense pas qu’on puisse comprendre l’homme et le monde autrement qu’à partir de leur « facticité ». Ainsi est-elle une philosophie d’un monde toujours « déjà-là », avant toute réflexion, et qu’il s’agira de retrouver dans la naïveté de ce contact antéprédicatif, comme monde vécu dont on décrira l’expérience telle qu’en elle-même elle se donne, sans aucun recours à des genèses sociales ou psychologiques et sans aucune explication causale »


L’approche phénoménologique en sciences sociales

La phénoménologie en tant que science des phénomènes apparaît dans l’expérience. Plutôt que d’analyser un phénomène en cherchant à en comprendre les causes, cette perspective propose un angle d’approche différent : il s’agit d’appréhender le phénomène comme il apparaît, dans son vécu, son essence. L’essence est indépendante des particularités : ainsi par exemple, l’essence de la ville de Paris constitue un “être total “, un ensemble et non pas un objet à mille facettes (les arrondissements, les cafés, les quais, la Tour Effel, la Seine, les pigeons…) sans lesquelles Paris ne serait pas ce qu’elle est, un ensemble autonome par rapport à toute ville particulière.
Cette approche consiste en deux volets : dans un premier temps, une description de ce qui est perçu dans l’expérience vécue , puis dans un second temps, l’identification de son intentionnalité.


L’approche phénoménologique-existentielle est une perspective d’étude du comportement du consommateur différente de celle l’approche cartésienne qu’il est intéressant d’examiner. Le coeur de cette perspective  peut être décrit selon  trois métaphores : “The pattern Metaphor” , “The figure/ground Metaphor” and the “Seeing Metaphor “ (Thompson, C., Locander, W., & Pollio, H., 1989).


     > “The pattern Metaphor” 


Definition : “A pattern is a segregated perceptual whole taht emerges from a context” (Kohler, 1947)


La figure représentée apparaît comme une spirale. En la décontextualisant, par exemple en passant par dessus un compas, il s’avère que la figure est composée d’une série de cercles enchevêtrés les uns avec les autres. L’apparition de la spirale est un phénomène qui émerge du contexte perceptuel. Selon une perspective cartésienne, le chercheur expliquerait que la figure exige de séparer les cercles de leur contexte environnant et que la spirale est une pseudo-observation, qui peut être évitée en utilisant des procédures analytiques (comme le compas). Selon une perspective phénoménologique, le chercheur riposterait que la spirale est un phénomène approprié pour l’étude et qu’il n’y a aucune nécessité épistémologique pour ne retenir que la vue analytique pour être scientifique et valide.



 Fraser, James B. (1908), “A new visual illusion of direction”, British Journal of Psychology 2: 307-337, 1908


La perspective existentielle-phénoménologique cherche à décrire l’expérience telle qu’elle émerge dans un contexte, telle qu’elle est vécue. Le monde dans lequel est vécue l’expérience ne correspond pas toujours au monde décrit de manière objective parce ce que souvent l’objectivité implique d’essayer d’expliquer un évènement séparément de son contexte.
Plutôt que de découper, de séparer du contexte  puis d’objectiver les aspects du monde vécu, il s’agit de décrire l’expérience humaine au moment où elle est vécue. La signification d’une expérience est toujours située dans le contexte courant de l’expérience et est reliée au projet continu du monde vécu (Sartre, 1962)


     >” The Figure/Ground Metaphor”


Les travaux menés sur le basculement premier/arrière plan (figure and ground) montrent que le cerveau classe les informations spatiales en deux catégories, celles qui vont former la figure et celles qui constituent l’arrière plan d’où émerge la forme.La peinture ci-dessous en est une illustration : l’oeil perçoit alternativement un arbre et un personnage de profil.



Courier & Ives, ca. (1835)


       - L’expérience est conceptualisée comme un processus dynamique dans lequel les éléments peuvent switcher du premier plan à l’arrière plan.
       - Le premier plan et l’arrière plan fonctionnent de manière co-constitutive : l’un ne peut exister sans l’autre
       - Tous les modes de l’expérience humaine (comme penser, sentir, imaginer, se souvenir…) sont vus comme des phénomènes intentionnels


     > The “Seeing Metaphor”
L’approche existentielle-phénoménologique décrit l’expérience humaine à la fois comme pré-réflexive et réflexive (Pollio, 1982).


Le tableau suivant présente une comparaison entre la perspective cartésienne et la persepective existentielle-phénoménologique dans l’étude du consommateur (Thompson, C., Locander, W., & Pollio, H., 1989)


Mener une “interview phénéoménologique”


Mener une interview phénéoménologique vise à obtenir une description détaillée d’une expérience. Il s’agit d’un entretien non directif : l’interviewer hormis une première question ouverte qui vise à indiquer l’expérience sur laquelle il veut faire s’exprimer le répondant, n’a pas d’autres questions prévues dans son guide d’entretien. Les autres questions posées le sont au fil de l’interview sans être prédéterminées ou suivre une trame directrice.
Les questions posées doivent amener le répondant à décrire le vécu de son expérience et non pas à lui demander une quelconque prise de distance avec des interrogations l’incitant à s’inscrire dans un registre rationnel avec des questions du type « Pourquoi ? » : ces dernières peuvent entraîner la volonté d’une rationalisation et fournir des réponses défensives (Argyris, 1982).




Argyris, Chris (1982), “Reasoning, Learning, and Action : Individual and Organizational Dynamics”, San Fransisco : Jossey-Bass
Fraser, James B. (1908), “A new visual illusion of direction”,  British Journal of Psychology 2: 307-337
Husserl, Edmund (1913) “Idées directrices pour une phénoménologie”, traduction de Paul Ricœur, Gallimard, 1950
Husserl, Edmund (1929), “Méditations cartésiennes, Introduction à la phénoménologie”, traduction de Gabrielle Peiffer et Emmanuel Levinas, Vrin, 1969
Kohler, Wolfgang (1947), “Gestalt Psychology”, New York: Liveright
Merleau-Ponty, Maurice (1945), “Phénoménologie de la perception” , Paris,Gallimard, 1945
Pollio, Howard R. (1982), “Behavior and Existence”, Monterey, CA: Brooks/Cole
Sartre, Jean-Paul (1943) : “L’Etre et le Néant”, Gallimard , Paris
Thompson, C., Locander, W., & Pollio, H. (1989). “Putting consumer experience back into consumer research : The philosophy and method of existential-phenomenology”,  Journal of Consumer Research, 16, 133-146

Analyse de contenu

Lundi, avril 5th, 2004

Définitions


Historiquement, l’analyse de contenu se présentait comme une technique de sciences humaines visant à donner une caution d’objectivité à l’interprétation d’un message.


Bernard Berelson et Paul Lazarsfeld (1952) : « L’analyse de contenu est une technique de recherche pour la description objective, systématique et quantitative du contenu manifeste des communications ayant pour but de les interpréter.»


Bernard Berelson (1954) : « Une technique de recherche pour la description objective, systématique et quantitative du contenu manifeste des communications, ayant pour but de les interpréter »


Ces définitions confèrent un caractère normatif et limitatif du fonctionnement de l’analyse de contenu. En effet, si l’un des aspects de cette méthode consiste en la description rigoureuse et objective d’énoncés, l’interprétation de ces derniers ne peut se faire sans le recours à un processus de déductions logiques : l’inférence, et donc dans une certaine mesure à une part de subjectivité. Il s’agit de prendre en compte des variables qui vont permettre de caractériser et de contextualiser l’énoncé : quels en sont les antécédents ? les effets ?. Ces “variables inférées” sont de nature variée, il peut s’agir de variables concernant l’émetteur (psychologiques, démographiques, sociologiques…), la situation dans lequel le message a été formulé…


Le travail de l’analyste va donc consister à mettre en relation des énoncés qu’il aura rigoureusement décrits avec une série de facteurs à visée explicative, et par une suite d’hypothèses posées, d’articulations, de désarticulations, aboutira à une interprétation qui se veut fine et pertinente ayant pris en compte le non dit, le caché, le latent…


Laurence Bardin (1977) se propose de donner une définition actuelle de l’analyse de contenu : « Un ensemble de techniques d’analyses des communications visant, par des procédures systématiques et objectives de description du contenu des messages, à obtenir des indicateurs (quantitatifs ou non) permettant l’inférence de connaissances relatives aux conditions de production/réception (variables inférées) de ces messages.».


Méthode en bref

La méthode d’analyse de contenu est organisée autour de trois grandes étapes : la préparation du matériel, son exploitation et enfin son traitement et son interprétation.

La préparation du matériel constitue une phase importante de la méthode : plus elle sera pensée et soignée et plus l’analyse se fera dans des conditions confortables et permettra de faire émerger une interprétation fine. 
     > La lecture « flottante » constitue le point de départ de l’appropriation des énoncés : il s’agit c’est-à-dire une première prise de contact dite « intuitive » avec les documents à analyser durant laquelle de premières pistes d’analyse émergent. 
     > L’univers des documents à considérer : il s’agit de déterminer sur quels types de documents l’analyse va porter : des thèmes, des phrases, des mots, des images, des discours… 
     > La délimitation du corpus : déterminer l’ensemble des documents à inclure dans l’analyse en respectant des règles d’exhaustivité (à l’intérieur du champ du corpus), de représentativité et d’homogénéité. 
     > La formulation des hypothèses. A noter néanmoins, que cette étape n’est pas obligatoire, il est tout à fait envisageable de se lancer dans l’analyse dans avoir posé au préalable des hypothèses de travail.

L’exploitation du matériel consiste en l’administration des techniques choisies sur le corpus : coder, compter, classer…

Le traitement et l’interprétation des informations passées à la moulinette peut se faire à l’aide d’outils statistiques afin d’apporter une validité aux résultats.

Exemple d’une grille d’analyse

Qui parle ? Il s’agit d’examiner les caractéristiques de l’émetteur de l’énoncé
Pour dire quoi ? On s’attache au message qui est transmis
A qui ? Il s’agit d’examiner les caractéristiques du récepteur auquel l’énoncé est destiné
Comment ? On s’intéresse à la manière (la forme) dont le message est transmis
Dans quel(s) but(s) ? Analyser les objectifs explicites et implicites de l’émetteur
Avec quel(s) résultat(s) ? Les effets de la communication de l’émetteur de l’énoncé



Pour aller plus loin, consulter le “guide bibliographique” proposé en 1999  par Guy Bédard, Micheline Doiron et Lawrence Olivier  qui répertorie un nombre important de références sur le sujet : http://www.er.uqam.ca/nobel/k23064/6.2-L’analyse-de-contenu.html



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