Phénoménologie
Quelques éléments dorigines
La phénoménologie est un terme inventé par le mathématicien Jean-Henri Lambert en 1764 pour désigner la partie des sciences qui étudie les phénomènes. Cest avec le philosophe Friedrich Hegel au début du XIXième que le terme atteint sa plénitude philosophique avec son uvre “Phénoménologie de lEsprit” (1807).
Avec Edmond Husserl, la phénoménologie devient au XXième siècle une doctrine philosophique à part entière. Aujourdhui, la phénoménologie correspond à un courant de pensée qui se réclame sinon des concepts, du moins de la méthode dEdmond Husserl Sa démarche est celle que Maurice Merleau-Ponty décrit dans son ouvrage “Phénoménologie de la perception” (1945) : « La phénoménologie, cest létude des essences [
]. Mais la phénoménologie, cest aussi une philosophie qui replace les essences dans lexistence et ne pense pas quon puisse comprendre lhomme et le monde autrement quà partir de leur « facticité ». Ainsi est-elle une philosophie dun monde toujours « déjà-là », avant toute réflexion, et quil sagira de retrouver dans la naïveté de ce contact antéprédicatif, comme monde vécu dont on décrira lexpérience telle quen elle-même elle se donne, sans aucun recours à des genèses sociales ou psychologiques et sans aucune explication causale »
Lapproche phénoménologique en sciences sociales
La phénoménologie en tant que science des phénomènes apparaît dans lexpérience. Plutôt que danalyser un phénomène en cherchant à en comprendre les causes, cette perspective propose un angle dapproche différent : il sagit dappréhender le phénomène comme il apparaît, dans son vécu, son essence. Lessence est indépendante des particularités : ainsi par exemple, lessence de la ville de Paris constitue un “être total “, un ensemble et non pas “un objet à mille facettes“ (les arrondissements, les cafés, les quais, la Tour Effel, la Seine, les pigeons
) sans lesquelles Paris ne serait pas ce quelle est, un ensemble autonome par rapport à toute ville particulière.
Cette approche consiste en deux volets : dans un premier temps, une description de ce qui est perçu dans lexpérience vécue , puis dans un second temps, lidentification de son intentionnalité.
Lapproche phénoménologique-existentielle est une perspective détude du comportement du consommateur différente de celle lapproche cartésienne quil est intéressant dexaminer. Le coeur de cette perspective peut être décrit selon trois métaphores : “The pattern Metaphor” , “The figure/ground Metaphor” and the “Seeing Metaphor “ (Thompson, C., Locander, W., & Pollio, H., 1989).
> “The pattern Metaphor”
Definition : “A pattern is a segregated perceptual whole taht emerges from a context” (Kohler, 1947)
La figure représentée apparaît comme une spirale. En la décontextualisant, par exemple en passant par dessus un compas, il savère que la figure est composée dune série de cercles enchevêtrés les uns avec les autres. Lapparition de la spirale est un phénomène qui émerge du contexte perceptuel. Selon une perspective cartésienne, le chercheur expliquerait que la figure exige de séparer les cercles de leur contexte environnant et que la spirale est une pseudo-observation, qui peut être évitée en utilisant des procédures analytiques (comme le compas). Selon une perspective phénoménologique, le chercheur riposterait que la spirale est un phénomène approprié pour létude et quil ny a aucune nécessité épistémologique pour ne retenir que la vue analytique pour être scientifique et valide.

Fraser, James B. (1908), “A new visual illusion of direction”, British Journal of Psychology 2: 307-337, 1908
La perspective existentielle-phénoménologique cherche à décrire lexpérience telle quelle émerge dans un contexte, telle quelle est vécue. Le monde dans lequel est vécue lexpérience ne correspond pas toujours au monde décrit de manière objective parce ce que souvent lobjectivité implique dessayer dexpliquer un évènement séparément de son contexte.
Plutôt que de découper, de séparer du contexte puis dobjectiver les aspects du monde vécu, il sagit de décrire lexpérience humaine au moment où elle est vécue. La signification dune expérience est toujours située dans le contexte courant de lexpérience et est reliée au projet continu du monde vécu (Sartre, 1962)
>” The Figure/Ground Metaphor”
Les travaux menés sur le basculement premier/arrière plan (figure and ground) montrent que le cerveau classe les informations spatiales en deux catégories, celles qui vont former la figure et celles qui constituent larrière plan doù émerge la forme.La peinture ci-dessous en est une illustration : loeil perçoit alternativement un arbre et un personnage de profil.

Courier & Ives, ca. (1835)
- Lexpérience est conceptualisée comme un processus dynamique dans lequel les éléments peuvent switcher du premier plan à larrière plan.
- Le premier plan et larrière plan fonctionnent de manière co-constitutive : lun ne peut exister sans lautre
- Tous les modes de lexpérience humaine (comme penser, sentir, imaginer, se souvenir
) sont vus comme des phénomènes intentionnels
> The “Seeing Metaphor”
Lapproche existentielle-phénoménologique décrit lexpérience humaine à la fois comme pré-réflexive et réflexive (Pollio, 1982).
Le tableau suivant présente une comparaison entre la perspective cartésienne et la persepective existentielle-phénoménologique dans létude du consommateur (Thompson, C., Locander, W., & Pollio, H., 1989)
Mener une “interview phénéoménologique”
Mener une interview phénéoménologique vise à obtenir une description détaillée dune expérience. Il sagit dun entretien non directif : linterviewer hormis une première question ouverte qui vise à indiquer lexpérience sur laquelle il veut faire sexprimer le répondant, na pas dautres questions prévues dans son guide dentretien. Les autres questions posées le sont au fil de linterview sans être prédéterminées ou suivre une trame directrice.
Les questions posées doivent amener le répondant à décrire le vécu de son expérience et non pas à lui demander une quelconque prise de distance avec des interrogations lincitant à sinscrire dans un registre rationnel avec des questions du type « Pourquoi ? » : ces dernières peuvent entraîner la volonté dune rationalisation et fournir des réponses défensives (Argyris, 1982).
Argyris, Chris (1982), “Reasoning, Learning, and Action : Individual and Organizational Dynamics”, San Fransisco : Jossey-Bass
Fraser, James B. (1908), “A new visual illusion of direction”, British Journal of Psychology 2: 307-337
Husserl, Edmund (1913) “Idées directrices pour une phénoménologie”, traduction de Paul Ricur, Gallimard, 1950
Husserl, Edmund (1929), “Méditations cartésiennes, Introduction à la phénoménologie”, traduction de Gabrielle Peiffer et Emmanuel Levinas, Vrin, 1969
Kohler, Wolfgang (1947), “Gestalt Psychology”, New York: Liveright
Merleau-Ponty, Maurice (1945), “Phénoménologie de la perception” , Paris,Gallimard, 1945
Pollio, Howard R. (1982), “Behavior and Existence”, Monterey, CA: Brooks/Cole
Sartre, Jean-Paul (1943) : “LEtre et le Néant”, Gallimard , Paris
Thompson, C., Locander, W., & Pollio, H. (1989). “Putting consumer experience back into consumer research : The philosophy and method of existential-phenomenology”, Journal of Consumer Research, 16, 133-146

décembre 12th, 2005 at 18:42
L’approche phénoménologique est à l’origine de la psychologie motifonctionnelle. Principe : l’action d’une personne est le résultat d’une dialectique entre ses projets (finalités) et sa conscience de la réalité (des moyens qu’elle propose pour les réaliser et des coûts de ces moyens). 4 “intentions ultimes” sont les causes finales de nos actions : la Star intime, le Héros intime, le Démiurge intime et la Recherche des émotions. Tous nos rèves, nos projets, nos ambitions intermédiaires tendent vers elles.
cf : http://marketingdecombat.com