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Fiabilité des sondages préélectoraux

Conditions de validité des enquêtes par sondage


Denis Lindon dans son ouvrage « Le marketing politique », rappelle brièvement les quatre conditions principales de la fiabilité des résultats des enquêtes par sondage :


     • Un échantillon représentatif
L’échantillon des personnes interviewées doit être représentatif de la population à laquelle on s’intéresse, c’est à dire, selon les cas, l’ensemble de la population, le corps électoral, ou certaines catégories d’électeurs. Pour assurer cette représentativité, il convient de suivre une méthode rigoureuse d’échantillonnage. Dans les enquêtes électorales, les méthodes les plus courantes sont, d’une part, le tirage au sort sur listes électorales, et d’autre part, la méthode des quotas, qui consiste à choisir les personnes interviewées de telle manière que leur répartition, par rapport à un certain nombre de critères tels que le sexe, l’âge, la profession, etc., soit semblable à celle de la population à laquelle on s’intéresse. les grilles sur lesquelles les instituts fondent leur choix (sources INSEE, INED, … ) pour établir les quotas ne sont pas non plus entièrement dénuées d’une certaine imprécision statistique, mais elles permettent tout de même d’accroître considérablement la qualité de cet échantillon


     • La taille de l’échantillon
Selon la précision des résultats souhaitée, la taille de l’échantillon d’une enquête électorale pourra varier, selon les cas, de quelques centaines de personnes à plusieurs milliers.


     • La qualité du questionnaire
Les questions doivent être pertinentes, claires, non ambiguës et non susceptibles de provoquer des réponses erronées ou mensongères. A ce propos, une enquête menée sur les sondages d’opinion effectuée lors des présidentielles américaines en 1992 a permis de montrer que la formulation des questionnaires influence considérablement les résultats des sondages. Ainsi, l’institut Gallup formule ses questions de façon telle que les réponses correspondent à des conditions spécifiques de court terme et que les résultats des sondages ne sont ni sables et ni fiables dans le temps, alors que les mesures du Michigan Survey Research Center donnent une idée plus exacte des mécanismes d’identification partisane. .


     • La méthode d’interview
A ce sujet, notons que les élections s’accompagnent de plus en plus de sondages effectués par Internet. Wei Wu et David Weaver montrent que ces sondages sont sujets à manipulation (pas de vérification possible des résultats, questions biaisées etc.),que les personnes peuvent voter plusieurs fois et que seules les classes aisées peuvent répondre.

Les sondages en accusation


A chaque élection resurgit le débat sur le rôle des sondages dans la vie politique. Portés aux nues par les uns qui y voient un instrument de connaissance de l’opinion indispensable à toute démocratie moderne, ils sont voués aux gémonies par les autres qui mettent en cause leur fiabilité et le bien fondé même de leur existence dans un système représentatif.
En Grande Bretagne, les nombreux sondages d’opinion effectués avant les élections législatives de 1992 se sont révélés pratiquement tous inexacts, ce qui a considérablement ébranlé la confiance des milieux politiques en cette technique . De même en France, le premier tour des scrutins présidentiels de 1995 et de 2002 ont été marqués par le dénigrement des instituts de sondages, accusés de ne pas avoir été suffisamment prédictifs du vote final. A ce propos, Jacques Antoine rappelle les explications dites « classiques » des écarts entre les prédictions et la réalité du vote et propose de nouvelles pistes de recherche.

     • Les marges d’erreur statistiques
Les instituts de sondage n’emploient guère la technique de l’échantillonnage au hasard avec remise mais lui préfèrent la méthode des quotas. Théoriquement non calculable pour des échantillons établis selon la méthode des quotas, la marge d’erreur est alors estimée. Comme le montre Jacques Antoine, les écarts entre résultats des sondage et résultats de vote vont au delà de cette marge d’incertitude estimée : elle est donc insuffisante pour expliquer les écarts constatés. 
Pour un échantillonnage fait au hasard avec remise (chaque personne est tirée au sort dans la population totale, sans que soit exclue la possibilité mineure quand cette population est importante de retenir plusieurs fois le même individu), l’intervalle de confiance a  pour un risque d’erreur a est donné par f ± racine carrée[f(1-f)/n] (avec t : donné par la table de Gauss en fonction de a; f : fréquence observée; n : taille de l’échantillon).


Exemple : un sondage effectué auprès de 1000 personnes attribue à la liste du parti socialiste 3O % des suffrages aux élections européennes du 13 juin prochain(SOFRES pour Unilog, RTL, LCI et le Monde, le 28 et 30 avril 2004) : cette liste a donc 95 % de chances de se trouver entre 0,30-1,96racine carrée[0,30×0,70/1000] et 0,30+1,96racine carrée[0,30×0,70/1000], c’est à dire grosso modo entre 27 et 33 %.


On constate que la marge d’erreur pour n personnes interrogées est indépendante de la taille de la population totale  


 • Photographie instantanée et non prévision
En France comme en Grande Bretagne ou aux Etats Unis, on dénombre des électeurs indécis ou versatiles : ils se décident ou changent d’avis à la dernière minute. Cette hypothèse d’un revirement à la dernière heure est d’ailleurs la première cause mise en avant par Market Research Society pour expliquer la divergence entre les chiffres des sondages et les résultats de l’élection générale de 1992 en Grande Bretagne . 


     • Le redressement des échantillons
Certains électeurs n’osent pas « avouer » qu’ils ont choisi tel ou tel candidat. Par ailleurs, il est difficile de faire la part des difficultés de mémoire et de la mauvaise foi des électeurs. Ceci a amené les instituts à effectuer des redressements : il s’agit de pondérer les scores bruts de chaque candidat grâce au rapport entre les résultats obtenus par sa formation aux élections précédentes et les votes que les sondés déclarent avoir émis à l’occasion de scrutins passés. Les méthodes de redressement ne doivent pas être choisies une fois connus les résultats de l’enquête sur le terrain. Jacques Antoine rappelle que la Commission des sondages reconnaît que les redressements d’échantillon sont non seulement autorisés mais nécessaires. Ceci étant, elle laisse à chaque institut la liberté du choix des méthodes et la responsabilité de ses résultats. Elle se limite donc à vérifier à posteriori la validité des traitements et des choix des sondeurs, et à formuler s’il y a lieu des observations. Concernant le premier tour des présidentielles en 1995, la Commission n’a pas eu à formuler des avis mettant en cause le travail des instituts.

     • Vote à domicile et vote réel
Toutes les personnes interrogées n’iront pas voter : d’une part, certaines ne sont pas inscrites sur les listes électorales (mais la plupart des instituts “filtrent” les réponses en demandant aux interviewés s’ils le sont effectivement); d’autre part, beaucoup des inscrits qui s’abstiendront répondent tout de même à l’enquêteur : il est moins difficile de “voter’” chez soi quand un institut vous le demande que de retrouver sa carte d’électeur et se déplacer jusqu’à son bureau de vote; aussi le vote à domicile est-il généralement sensiblement supérieur à la participation réelle


    • L’électeur stratège
L’électeur sondé, sachant qu’il participe à un mécanisme à la fois politique et médiatique, peut adopter devant l’enquêteur des attitudes et des comportements susceptibles de fausser les résultats des sondages. Il peut décider de ne pas répondre au sondage ou à certaines questions, dissimuler sa véritable intention de vote ou sa réelle sensibilité politique. Ainisia la sous estimation  des candidats extrémistes au profit des candidats les plus consensuels ou les plus populaires est quasi-systématique,.

     • L’effet de la technique d’enquête
Par ailleurs il existe une différence de résultats entre instituts. Ceci conduit à se demander si la technique d’enquête utilisée exerce une influence. Les interviews préélectorales relatives aux dernières présidentielles ont été conduites en face à face ou par téléphone. La validité comparée de ces deux techniques d’enquête est un thème de recherche et d’expérience sur lequel il n’y a pas, aujourd’hui, de conclusion définitive dans le contexte français.




Abramson Paul R., Charles W. Ostrom (1994), “Change and Continuity in Party Loyalties during the 1992 Election Campaign”, Public Opinion Quarterly, Volume 48, pp 21-48
Antoine Jacques (1995/2.), “Le sondage en accusation, Revue Française du Marketing”, n°152, pp 7-16
Crewe Ivor (october 1992), “A Nation of Liars ? Opinion Polls and the 1992 Election”, Parlementary Affairs, Volume 45, number 4, pp 475-495
Lindon Denis (1986), “Marketing Politique”, Paris-dalloz, pp 8-17
Wu Wei, David Weaver (Fall 1997), “On-Line Democracy or On-Line Demagoguery ?” Public Opinion « Polls » on the Internet, The Harvard International Journal of Press/Politics, Volume 2, Number 4
Worcester Robert M. (Décembre 1995), “Les instituts de sondage britanniques tirent les leçons de l’élection générale de 1992″, Revue Internationale des Sciences Sociales 146, pp 617-633



2 Responses to “Fiabilité des sondages préélectoraux”

  1. hum Says:

    meeeeeerci bcp de cette aritcle, ca ma bcp aide pour mon exposé

  2. maucourant Says:

    bonjour
    j’aurais aimé entrer en contact avec vous car je dois faire un reportage sur les sondages.
    j’ai trouvé votre étude intéressante seriez vous disponible pour répondre à une interview.
    Je travaille pour la chaîne direct8.
    j’attends votre coup de fil au 0689938730
    Hélène Maucourant

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