blog-ART est dead. 2003-2008 / rip
Rendez-vous maintenant sur quepasa
quepasa?

Influence des sondages préélectoraux

Influence sur les électeurs


 


Selon Patrick Champagne, la publication des sondages préélectoraux peut susciter chez certains électeurs un nouveau type de vote : le vote stratégique. Ce dernier consiste à ne pas voter directement et naïvement pour son candidat mais pour celui qui est censé produire l’effet politique recherché, ce qui ne passe pas nécessairement et toujours par le vote direct de son candidat. Ainsi, par exemple, l’électeur peut choisir de voter pour l’adversaire afin de « donner une bonne leçon » à son propre parti qu’il veut cependant voir gagner mais pas trop largement. ; ou voter « utile » en se portant sur un candidat de second choix pour qu’il ne soit pas éliminé au second tour.


Bien que ce vote stratégique ne touche aujourd’hui qu’une fraction plutôt faible et politisée du corps électoral, il peut se produire, dans certaines conjonctures politiques, des déplacements de voix de deux ou trois points qui peuvent suffire à modifier les scores attendus. Ainsi, selon Ivor Crewe, les nombreux sondages d’opinion effectués en Grande Bretagne avant les élections législatives de 1992, ont influencé les résultats des élections dans la mesure où ils ont mobilisé les électeurs conservateurs qui redoutaient la victoire des travaillistes prévue par les instituts de sondage.


 


Comme le montre Frank Brettschneider, il est difficile de prouver si les sondages influencent réellement le comportement électoral et dans quel sens. Par ailleurs, les personnes qui s’intéressent le plus aux sondages sont les électeurs au niveau d’étude le plus élevé et ceux qui appartiennent à un parti politique ou qui sympathisent avec lui, donc des personnes peu influencées par les sondages.


Stephen Ansolabehere et Shanto Iyengar ont mené une étude expérimentale consistant à exposer les électeurs à des sondages d’opinion en manipulant le niveau de soutien aux candidats. Les résultats montrent que les sondages influent de façon significative la préférence à l’égard d’un candidat mais pas leur intention de vote.


 


Par ailleurs, Darrell M. West note que l’influence des sondages varie selon le contexte électoral. Les effets des sondages électoraux sur le choix final des électeurs sont étudiés sur l’élection présidentielle américaine de 1980 et sur le référendum concernant le droit à la vie en 1986. Il apparaît que l’influence s’est révélée importante pour le référendum, négligeable pour l’élection présidentielle : l’identification partisane et les impressions relatives aux candidats étaient alors beaucoup trop importantes pour que les électeurs puissent être influencés par les résultats des sondages.


 


Influence sur les professionnels de la politique


 


Les sondages d’opinion constituent une importante source d’informations en sociologie politique. Non seulement pour identifier les préférences d’une population vis à vis des problèmes de l’heure ou des leaders politiques, mais aussi pour mieux cerner des faits et des comportements à partir de ce qu’en déclarent les individus enquêtés.


Les sondages d’opinion sont devenus un élément incontournable pour les partis et les hommes politiques. Près de la moitié des sondages réalisés par les instituts ne sont pas publiés : ils restent confidentiels, au seul usage de leurs commanditaires (partis politiques et gouvernement).


 


Comme le souligne Patrick Champagne, les sondages préélectoraux permettent de tester les chances des leaders politiques aux élections et pèsent désormais sur le choix des candidats. De même, Gaëtan Djaguidi défend la thèse qu’il existe une relation unissant les sondages, l’absence ou la présence de règles internes et codifiées de désignation au sein des partis politiques, la nature du leadership partisan et les décisions de candidature.





Ansolabehere Stephen, Shanto Iyengar (1994), “Of Horseshoes and Horse Races : Experimental Studies of the Impact of Poll Results on Electoral Behavior”, Political Communication, Volume 11, pp 413-430


Brettschneider Franck (März 1992), “Der taktische und rationale Wähler, Über den Einfluss von Wahlumfragen auf das Wählerverhalten bei den Bundestagswahlen 1983 bis 1990″, Politische Vierteljahresschrift, 33, pp 55-72


Champagne Patrick (1995), “Les sondages, le vote et la démocratie”, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°109, pp 73-92


Djaguidi Gaëtan, “Le rôle des sondages et des partis politiques dans la désignation des candidats à l’élection présidentielle”, Revue du Droit Public et de la Science Politique en France et à l’Etranger, pp1203-1220, 1-1995.


West Darrel M.(1991), “Polling Effects in Election Campaigns”, Political Behavior, Vol.13, n°2, pp 151-163


Worcester Robert M.(Décembre 1995), “Les instituts de sondage britanniques tirent les leçons de l’élection générale de 1992″, Revue Internationale des Sciences Sociales 146, pp 617-633

3 Responses to “Influence des sondages préélectoraux”

  1. massi Says:

    Je trouve le sujet très intéressant, d’ailleurs je réalise un mémoire sur le marketing politique.Je voulais savoir s’il existe des échelles de mesures(type Likert) qui sont capables de mesurer l’influence des sondages sur le choix des élècteurs?Chouf Massi.

  2. djaguidi Says:

    Bonjour,
    En fait, sur un plan strictement scientifique, il est impossible de mesurer l’effet des sondages préélectoraux sur la décision électorale pour une raison très simple : les sondés répugnent à dire lorsqu’ils sont interrogés par sondage que leur choix électoral a été influencé par les sondages préélectoraux car cet aveu irait à l’encontre du principe de l’autonomie de la volonté au coeur du choix démocratique.

    Reste que ce phénomène existe. Dans deux articles que j’avais rédigé dans en 1995 et 1996, l’un sur l’impact des sondages préélectoraux sur la désignation des candidats, l’autre sur les candidatures des Premiers ministres, je traitais de ces sujets : http://satellit.sciences-po.fr/cgi-bin/bestn?id=&act=8&auto=0&nov=1&v0=0&t0=djaguidi&i0=1&s0=5&v1=0&v2=0&v4=0&sy=&ey=&scr=1&x=44&y=14

    Cordialement
    Gaëtan Djaguidi

  3. djaguidi Says:

    Le lien mis sur la note précédente ne fonctionnait pas. Il renvoyait à un article déjà cité en note dans la réflexion de Mme Baillergeau, mais aussi à un article : « Premiers ministres et candidatures présidentielles sous la Ve République ». Revue du droit public et de la science politique en France et à l’étranger. (1996-11/12)n°6, p.1587-1613.
    Cordialement.
    G. Djaguidi

Leave a Reply



certains droits réservés - some rights reserved
certains droits réservés - some rights reserved


certains droits réservés - some rights reserved