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Les valeurs

Courants de pensée

Les valeurs (au sens de Vilfredo Pareto) sont des croyances qui vont permettre de porter un jugement de légitimation ou de stigmatisation sur des attitudes, des comportements ou des événements.

Dans toute société, la détermination des objectifs s’effectue à partir d’une représentation du désirable et se manifeste dans les idéaux collectifs. Ces valeurs qui, systématiquement ordonnées, s’organisent en une vision du monde apparaissent très souvent comme un donné irréductible, un noyau stable, un ensemble de variables indépendantes.

Parmi les grandes sociologies classiques, celle de Max Weber accorde une importance considérable aux valeurs, aussi bien dans la construction d’une organisation économique ou sociale que dans l’évolution sociale et politique.
Pour lui, l’atome sociologique est l’individu et non les structures. A partir des actions des individus qu’il classe en quatre types (rationnelle en finalité, rationnelle par rapport à une valeur, affective, traditionnelle), il déduit les concepts de relations sociales de communauté, de groupement, explique les régularités et les légitimités.

Emile Durkeim quant à lui, définit le lien social par les exigences de la vie collective et non par la participation à des valeurs communes. Il s’attache à retrouver le sens social du droit et des institutions, à partir du fait social lui même, c’est à dire de l’organisation de la vie collective.
Cette vision tend à considérer les individus comme les vecteurs passifs des schèmes culturels de comportement propres à leur société.

Talcott Parsons prétendait établir la convergence entre les oeuvres de Durkheim, Pareto et  Weber, qui partis d’horizons méthodologiques et théoriques très différents, auraient été amenés à reconnaître la place centrale du concept d’action sociale.
Son principe le plus fondamental est d’écarter tout appel à l’essence d’une société particulière. Au lieu de placer une société dans une évolution historique à laquelle on impose un sens, il s’efforce de comprendre l’historicité comme un processus, non comme une nature.
Il distingue quatre grandes familles de valeurs, selon qu’elles tendent à répondre à chacun des problèmes fondamentaux : 

• adaptation, c’est à dire efficacité pour dominer la réalité : valeurs d’universalisme
• définition et poursuite des objectifs : valeurs d’accomplissement
• intégration des membres du groupe en vue de l’unité et de la solidarité : valeurs d’attribution
• maintien du modèle culturel : valeurs de particularisme

Classifications

Dans son ouvrage « Vers une psychologie de l’être » en 1962, Abraham Maslow a établit une classification de l’être : 

1. Intégrité (unité, intégration, tendance à l’unité, vie de relation, simplicité, organisation, structure, dépassement de la dichotomie, ordre)
2. Perfection (nécessité, exactitude, adéquation, convenance, justice, complétude, devoir)
3. Achèvement (fin, finalité, justice, accomplissement, finis et telos, destinée, destin, sort)
4. Justice (honnêteté, ordre, légalité, devoir)
5. Vie (évolution, spontanéité, autorégulation, santé)
6. Richesse (différenciation, complexité, structuration)
7. Simplicité (honnêteté, nudité, essentiel, abstraction, structure)
8. Beauté (rigueur, forme, vie, simplicité, richesse, totalité, perfection, achèvement, unicité, honnêteté)
9. Bonté (exactitude, attrait, devoir, justice, gratuité, honnêteté)
10. Unicité (idiosyncrasie, individualité, sans comparaison, nouveauté)
11. Facilité (aisance, absence d’effort, de lutte ou de difficulté, grâce, perfection, achèvement, unicité, honnêteté)
12. Jeu (joie, amusement, gaieté, humour, exubérance, facilité)
13. Vérité, honnêteté, réalité (nudité, simplicité, richesse, devoir, beauté, pureté, propreté, intégrité, totalité, essentiel)
14. Autonomie (être soi, indépendance, n’avoir besoin rien d’autre que soi pour être soi-même, autodéterminé, dépassement de l’environnement, solitude, originalité)

Le psychologue allemand Eduard Spranger (Types of men, 1928) envisage les six familles de valeurs suivantes :

• les valeurs théoriques : recherche de la vérité, du savoir
• les valeurs économiques : recherche de ce qui est utile
• les valeurs esthétiques : sensibilité à la beauté, la symétrie et l’harmonie
• les valeurs sociales : sympathie, altruisme, philanthropie
• les valeurs politiques : goût du pouvoir et de la compétition
• les valeurs religieuses : religieuses stricto sensu, voire mystiques

Le psychologue américain Milton Rokeach (The Nature of Human Values, 1973) fait une distinction entre 

     => les valeurs terminales, correspondant à des buts que le sujet considère comme plus ou moins dignes d’être recherchés dans la vie
     => les valeurs instrumentales, correspondant à des façons de se comporter qui permettent de réaliser les valeurs terminales

Il propose les cinq postulats suivants :

- le nombre total de valeurs qu’une personne possède est relativement petit ;
- tout individu possède les mêmes valeurs à différents degrés ;
- les valeurs sont organisées en système ;
- les antécédents des valeurs humaines viennent de la culture, de la société et de ses institutions, et de sa personnalité ;
- les conséquences des valeurs humaines se manifestent dans à peu près tous les phénomènes étudiés en sciences sociales.

Le neuro-psychiatre Roger Mucchielli (Opinions et changement d’opinion, 1988) évoque quant à lui les valeurs socio-morales. Selon lui, il existe des aspirations humaines fondamentales, « véritables motivations morales » que toute propagande politique utilise et exploite. Elles sont représentées par des valeurs telles que :

• la sécurité et la paix (contre l’insécurité, la peur, la guerre…)
• la vie (contre la mort et toutes ses formes : misère, maladie, souffrance, tortures…)
• la liberté (contre l’oppression, l’esclavage, la terreur…)
• la justice (contre l’injustice, l’exploitation, le mensonge, la traîtrise…)
• la solidarité humaine (contre le primat des intérêts personnels secrets, l’égoïsme, le sacrifice intentionnel des êtres humains, l’indifférence envers l’humanité…)

Shalom H Schwartz et Wolfgang Bilsky (1987 ; 1990) considèrent les valeurs comme « l’adhésion des individus à des objectifs (terminaux ou instrumentaux), permettant de satisfaire des intérêts (individuels, collectifs ou les deux à la fois) appartenant à onze domaines motivationnels et ayant une importance plus ou moins grande dans leur vie de tous les jours ».

Ces onze domaines motivationnels sont les suivants : l’auto-orientation, la stimulation, l’hédonisme, l’accomplissement, le pouvoir, la sécurité, la conformité, la tradition, la spiritualité, la bienveillance, l’universalité. Cinquante six valeurs ont été identifiées et affectées à leur(s) domaines(s) d’appartenance. Ainsi par exemple, la valeur "Reconnaissance sociale" a été affectée à trois domaines motivationnels : le pouvoir, l’accomplissement et la sécurité.

3 Responses to “Les valeurs”

  1. nicky Says:

    Encore à jouer les pisteurs, mais j’aimerai proposer “Le Sens des Valeurs” de R. Boudon qui est, à mon avis, un incontournable pour comprendre les enjeux et les réflexions contemporaines concernant les valeurs d’un point de vue sociologique (et il s’agit une nouvelle fois d’un livre de synthèses)

  2. lamia Says:

    bonjoiur,
    l’article sur les valeurs est trés intéressant. Est ce que c’est possible d’avoir une documentation plus détaillée sur les valeurs à savoir l’approche philosophique et psychologique.
    je vous remercie de vouloir m’aider

  3. Lionel Says:

    Ce blog est tout bonnement passionnant. Et hop, je l’indexe : sitôt dit, sitôt fait.

    Mmh, félicitations : vos angles sont excellents !

    Bien sincèrement,

    Lionel,
    http://www.absara.com/index.html/__show_article/_a000014-000099.htm

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