Le modèle psycho-politique du comportement de l’électeur
Présentation du modèle
Le déterminisme social développé par Lazasfeld et ses collègues est sévèrement critiqué par les chercheurs du Survey Research Center (SRC) de luniversité de Michigan. A leurs yeux, il ne suffit pas de constater que les Noirs, les catholiques, les Juifs et les ouvriers votent plus souvent démocrate, il faut sinterroger sur la signification de ce vote. La religion, la position sociale ou lappartenance ethnique leur paraissent impuissantes pour rendre compte des fluctuations électorales à court terme. Cest pourquoi, ils insistent sur la psychologie individuelle plus que sur lappartenance de groupe, sur les perceptions politiques plus que les caractéristiques socio-culturelles des électeurs.
Ils font lhypothèse que le vote est dabord un acte politique, commandé par la perception quont les électeurs des principaux objets politiques. Ils sappuient pour le démontrer sur les enquêtes nationales menées au SRC de 1948 à 1956 à loccasion de chaque élection présidentielle, auprès déchantillons représentatifs de la population en âge de voter, interrogés avant et après lélection . Le comportement électoral est analysé comme la résultante dun champ de forces psychologiques, quils mesurent au plus prés de lélection considérée, en sattachant surtout à explorer les attitudes des électeurs à légard des candidats, des partis et des programmes. La variable clé du vote à leurs yeux est « lidentification partisane », attachement affectif et durable de lélecteur à un des deux grands paris qui structure la vie politique américaine. Plus les électeurs sidentifient à un parti, plus ils sont favorables aux candidats et aux positions quil soutient. Lidentification partisane, généralement forgée dès lenfance et transmise par les parents, renforcée par le milieu social et professionnel, confère une grande stabilité aux choix électoraux.
Limites du modèle
Pendant près de vingt ans, le paradigme de Michigan va dominer lanalyse du comportement électoral. Il va toutefois très vite être mis en cause, tel V.O Key qui récuse la notion dun électorat passif, prisonnier de « la camisole de force » des déterminants sociaux ou psychologiques, pour celle dun électeur actif, raisonnable et autonome.
Mais la critique la plus décisive est portée par H.Nie, Sidney Verba et John R. Petrochik en 1976. Reprenant les mêmes données, celles des enquêtes du SRC (1956-1972), ils montrent que le modèle de Michigan, élaboré durant les années Einenhower, est dépassé et ne rend plus compte du comportement électoral des américains.
Campbell Angus, Converse Philip, Miller Warren, Stokes Donald, “The American Voter”, New York, Wiley and Sons, 1960
NieNorman H., Verba Sidney, Petrochik John R., “The Changing American Voter”, Harvard University Press, 1976
Mayer Nonna, Perrineau Pascal, “Les comportements politiques”, Armand Colin Editeur, Paris, 1992
