Le modèle sociologique du comportement de l’électeur
Présentation du modèle
Ce modèle est associé aux travaux pionniers du sociologue Paul Lazarsfeld et de son équipe, à lUniversité de Columbia . Lors de lélection de 1940, qui oppose le républicain Willkie au démocrate Roosvelt, ils se proposent détudier leffet de la campagne sur les choix électoraux. Un panel représentatif des habitants dun comté de lOhio est interrogé tout au long de celle-ci à sept reprises.
Les résultats de lenquête montrent que le vote dun individu est principalement déterminé par son groupe social dappartenance. Par conséquence, la campagne na eu aucun effet limité sur le choix politique des électeurs. Si les médias sont capables deffets, ils sont cependant limités par une logique sociale de reproduction dont le poids est majeur.
Quatre ans plus tard, dans Voting, a Study of Opinion Formation in a Presidental Campaign, Lazarsfeld, Berelson et Mc Phee renforçaient ces conclusions en montrant que les individus qui avaient le plus changé dopinion au cours de la campagne étaient en même temps ceux qui étaient le moins exposés aux média. Ils précisaient de plus les mécanismes psychosociologiques de la résistance au changement dopinion en montrant lexistence dun phénomène dexposition sélective : la plupart des individus se préservent au changement en sexposant aux messages qui saccordent déjà préservent au changement en sexposant aux messages qui saccordent déjà avec leur opinion déjà constituée. Autrement dit, si leffet de la communication est marginal en ce qui concerne les changements dopinion, il est involontairement plus important en ce qui concerne des opinions existantes.
En 1955, Lazarsfeld publiait avec Elihu Katz Personnal Influence dans lequel ils élaboraient la théorie des « deux étapes du flux de la communication ». Non seulement les individus ne sont pas isolés dans lexposition aux messages parce quils les reçoivent à lintérieur dun groupe social dappartenance, mais ils ne les reçoivent pas directement. Les messages émis sont reçus après avoir été interprétés par des « leaders dopinion » qui font autorité à lintérieur de chaque groupe social, parce quils disposent dune légitimité plus grande. Si la communication de masse natteint pas les individus isolés mais des individus insérés dans des groupes sociaux, elle ne les atteint pas non plus directement mais à travers la médiation dindividus capables de relayer ou de neutraliser le message diffusé.
Une étude réalisée par Jeffrey J. Mondak rejoint cette analyse. Par une approche quasi expérimentale, il montre que les médias favorisent la matière aux discussions politiques, mais que le choix de lélecteur participant à la discussion nest pas influencé par le contenu spécifique de la discussion, mais plutôt par les positions de son interlocuteur.
Limites du modèle
Depuis une vingtaine dannées, deux évolutions importantes se sont produites : la médiatisation sans précédent des campagnes électorales et de la vie politique, dune part, et le déclin des identifications partisanes de la stabilité électorale, dautre part. Ceci a conduit à reconsidérer les facteurs à court terme _ et donc linfluence éventuelle des campagnes _ dans le vote. Aujourdhui, quel que soit le modèle théorique dexplication du comportement électoral, les variables « communicationnelles » sont réévaluées à la hausse. Dune manière générale, les médias ne sont plus considérés comme un simple intermédiaire entre loffre et la demande politique, mais comme doués dune capacité contributive partiellement autonome.
A partir denquêtes menées à loccasion des élections sénatoriales de 1992 en Californie, Darell M. West a pu évaluer limpact des publicités politiques télévisées et de la couverture médiatique sur la façon dont les électeurs reconnaissent, évaluent et choisissent les candidats.
Il apparaît que linfluence des publicités varie considérablement selon le contexte politique : style de campagne électorale, interactions stratégiques entre les candidats, couverture médiatique. Les publicités ont eu un effet plus important concernant les élections où les candidats étaient peu connus et dont la campagne a été menée de manière volatile. Par ailleurs, les moins « experts en politique » sont davantage influencés par les publicités et les actualités. Kim Fridkin Kahn et Patrick J. Kenney parviennent à des conclusions similaires à partir de létude de 97 sénatoriales entre 1988 et 1992 : lintensité dune campagne électorale influe sur les critères dévaluation des candidats des électeurs. Lenvironnement électoral intense affecte en priorité les « moins experts » et renforce les facteurs idéologiques et politiques « des plus experts ».
Braud Philippe, “Sociologie Politique”, L.G.D.J, 3°éd, 1996.
Katz Elihu , Lazarsfeld Paul, “Personne influence”, The Free Press, 1955
Lazarsfeld Paul, Berelson Bernard, Gaudet Hazel,“The Peoples Choice”, 2° édition, New York, Columbia University Press, 1948
Mayer Nonna, Perrineau Pascal, “Les comportements politiques”, Armand Colin Editeur, Paris, 1992
Mondak Jeffrey J., “Media Exposure and Political Discussion in U.S. Elections”, The Journal of Politics, Vol 57, n° 1, pp 62-65, February 1995

novembre 13th, 2006 at 6:41
Thanks for the theorical sources! Lazarsfeld’s studies could be a great help in my job.
I sincerely hope you succed in your “doctorat”.
Cordialy