Archive for août, 2004

Les dimensions de l’attribution causale

Jeudi, août 26th, 2004

Le lieu de la cause : interne-externe

Fritz Heider (1944) est à l’origine du courant de recherche sur l’attribution. En 1958 il définit l’attribution comme le « processus par lequel l’homme appréhende la réalité et peut la prédire et la maîtriser. C’est la recherche par un individu des causes d’un événement, c’est-à-dire la recherche d’une structure permanente mais non directement observable qui sous-tend les effets, les manifestations directement perceptibles». Il est le premier à distinguer les causes internes à l’acteur des causes externes, précisant que « le comportement peut être expliqué par des traits relativement stables de la personnalité ou par des facteurs environnementaux ».
Heider soutient la thèse que plus un individu est perçu comme étant la cause d’une action et moins l’environnement sera perçu comme facteur causal et inversement.
La dichotomie interne/ externe ou situationnelle/dispositionnelle permet de distinguer les causes se rapportant aux caractéristiques personnelles de l’individu de celles provenant de l’environnement.

Pour Bernard Weiner, la dimension interne/externe ne suffit pas pour expliquer les causes de l’attribution. Selon lui, deux autres dimensions doivent être également prises en compte : la stabilité et la contrôlabilité.

La stabilité-instabilité

Parmi les causes internes, comme parmi les causes externes, certaines seraient stables et d’autres instables. Cette dimension renvoie au caractère répétitif et durable (permanent) ou au contraire transitoire (modifiable) de la cause. Elle permet de distinguer les causes selon leur temporalité. Ainsi, si lors de sa première leçon de surf un débutant ne parvient pas à trouver un bon équilibre au milieu de la planche et se dit qu’il n’est pas doué pour le surf, il fait une attribution stable de la cause. En effet se croire « pas doué » pour le surf laisse supposer que cet état restera stable dans le temps. Cette attribution risque par ailleurs de le démotiver puisqu’il pense qu’elle n’est pas modifiable. A l’inverse, si l’apprenti surfeur se dit qu’il ne doit pas employer la bonne technique et qu’il lui serait profitable d’observer comment les surfeurs davantage expérimentés s’y prennent, il fait une attribution instable, il pense que la cause est modifiable.

La contrôlabilité-incontrôlabilité

Le contrôle que peut avoir l’individu sur une cause, c’est-à-dire la possibilité pour ce dernier d’agir différemment de manière à modifier le résultat d’une action. Cette dimension permet de distinguer les causes selon la responsabilité de l’individu.
Ainsi, si le jeune surfeur se dit que son défaut est de trop s’allonger à l’arrière et qu’à force de persévérance il parviendra à se positionner plus en avant à soulever ses épaules et sa poitrine, il fait une attribution contrôlable. A l’inverse, le débutant qui estime que la position nécessaire à la pratique de ce sport est incompatible avec la scoliose dont il souffre, alors il fait une attribution incontrôlable.

Ainsi, toute cause peut être répartie dans un tableau 2 (lieu de la cause) x 2 (stabilité) x 2 (contrôlabilité), comme par exemple le tableau suivant qui représente différentes causes possibles des résultats obtenus à un examen :


Heider F., “The Psychology of Interpersonal Relations”,  New York, Wiley, 1958.
Weiner, B., Russel, D., & Lerman, D. (1979), “ The cognition-emotion process in achievement-related contexts”, Journal Personality and Social Psychology, 37, 1211-1220

Les onze domaines motivationnels et les cinquante-six valeurs de Schwartz

Lundi, août 23rd, 2004

Shalom H Schwartz et Wolfgang Bilsky (1987 ; 1990) proposent les onze domaines motivationnels suivants auxquels sont affectées cinquante six valeurs :
(Remarque : une valeur peut être affectée à plusieurs domaines motivationnels)

L’auto-orientation : sept valeurs reliées à la recherche d’indépendance de pensée et d’action

   => La liberté, le respect de soi (2), la créativité, l’indépendance, le choix de ses propres buts, l’intelligence (3), la curiosité (2)

La stimulation : quatre valeurs reliées à la recherche d’excitation, de nouveauté et de défi
    
    => Une vie excitante, une vie variée, l’hardiesse, la curiosité (2)

L’hédonisme : trois valeurs reliées à la recherche des plaisirs et de la gratification personnelle 

   => Le plaisir, profiter de la vie, être en bonne santé (2)

L’accomplissement : sept valeurs reliées à la motivation pour le succès personnel en démontrant ses compétences dans le cadre d’un groupe social
    
    => L’ambition, avoir de l’influence (2), compétence, la réussite, l’intelligence (3), la reconnaissance sociale (3), le respect de soi (2)

Le pouvoir : six valeurs reliées à la recherche de l’obtention d’un statut social, l’atteinte du prestige et du contrôle ou de la domination des autres
    
   => Le pouvoir social, la fortune, avoir de l’autorité, préserver son image publique (2), la reconnaissance sociale (3), avoir de l’influence (2)

La sécurité : onze valeurs reliées à la recherche de sécurité, d’harmonie et de stabilité dans la société
    
   => La sécurité nationale, l’ordre social, la sécurité familiale, l’échange de services, le sens de l’appartenance, préserver son image publique (2), être en bonne santé (2), la reconnaissance sociale (3), être modéré (2), la propreté (2), l’harmonie intérieure (3)

La conformité : huit valeurs reliées au but de réfréner les actions, inclinaisons et pulsions contraires aux normes et attentes sociales
    
   => L’obéissance, l’autodiscipline, la politesse, le respect des aînés (2), l’humilité (2), la loyauté (2), être responsable (2), la propreté (2)

La tradition : six valeurs reliées à la recherche du respect ou au conformisme des croyances, modes de comportement ou coutumes imposées par la culture ou la religion

   => Le respect de la tradition, la dévotion (2), l’humilité (2), être modéré (2), l’acceptation de son sort (2), le respect des aînés (2)

La spiritualité : sept valeurs reliées à la motivation de donner un sens à la vie et de parvenir à l’harmonie intérieure en transcendant la réalité quotidienne
    
   => La vie spirituelle, un sens à la vie (2), l’harmonie intérieure (3), le détachement, l’acceptation de son sort (2), la dévotion (2), l’harmonie avec la nature (2)

La bienveillance envers autrui : sept valeurs reliées à l’objectif de préserver et/ou d’améliorer le bien-être des personnes avec lesquelles l’individu est fréquemment en contact
    
   => L’honnêteté, la loyauté (2), être responsable (2), l’amitié authentique, l’amour profond (2), le pardon, être serviable

L’universalité : douze valeurs reliées au but de comprendre, d’apprécier, de tolérer et de protéger le bien-être de tous les hommes et de la nature. A la suite de nouveaux travaux, Schwartz (1994 et 1995) a supprimé ce domaine motivationnel, n’étant pas parvenu à en stabiliser la structure.
    
   => L’égalité, l’harmonie avec la nature (2), l’harmonie intérieure (3), la sagesse, un monde de beauté, un sens à la vie (2), l’amour profond (2), la justice sociale, la protection de l’environnement, un monde en paix, l’ouverture d’esprit, l’intelligence (3)

Les domaines motivationnels peuvent être représentés sous la forme d’un radex :

Cette représentation permet de visualiser d’une part la compatibilité de deux domaines motivationnels adajacents (stimulation - hédonisme , accomplissement - pouvoir, bienveillance envers autrui - spiritualité, tradition - conformité…), et dautre part la position conflictuelle de deux domaines motivationnels par rapport à l’origine (auto-orientation # conformité, stimulation # tradition, hédonisme # spiritualité, accomplissement # bienveillance envers autrui, pouvoir # bienveillance envers autrui…)



Odin Y., Vinais J.Y., Valette-Florence P., (1996), « Analyse confirmatoire des domaines motivationnels de Schwartz : une application au domaine des media », Actes de l’Association Française du Marketing, 12, pp. 125-139
Schwartz S.H.,  Bilsky W. (1987), “Toward a Universal Psychological Structure of Values”, Journal of Personality and Social Psychology,. 53, 3, pp. 550-562
Schwartz S.H.,  Bilsky W. (1990), “Toward a Theory of the Universal Content and Structure of Values: Extentions and Cross-Cultural Replications”, Journal of Personality and Social Psychology, 58, 5, pp. 878-891

Quelques définitions de la Recherche

Samedi, août 21st, 2004

Alain Chatriot propose les définitions suivantes :

Recherche fondamentale
Consiste en des travaux expérimentaux ou théoriques entrepris principalement en vue d’acquérir de nouvelles connaissances sur les fondements des phénomènes et des faits observables, sans envisager une application ou une utilisation particulière

Recherche appliquée
Consiste également en des travaux originaux entrepris en vue d’acquérir des connaissances nouvelles. Cependant, elle est surtout dirigée vers un but ou un objectif pratique déterminé

Développement expérimental
Consiste en des travaux systématiques fondés sur des connaissances existantes, obtenues par la recherche et/ou l’expérience pratique, en vue de lancer la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs, d’établir de nouveaux procédés, systèmes et services, ou d’améliorer considérablement ceux qui existent déjà

Recherche et développement expérimental (R-D)
Englobent les travaux de création entrepris de façon systématique en vue d’accroître le somme des connaissances, y compris la connaissance de l’homme, de la culture et de la société, ainsi que l’utilisation de cette somme de connaissances pour de nouvelles applications. Le terme R-D recouvre trois activités : la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le développement expérimental



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