Les dimensions de l’attribution causale
Le lieu de la cause : interne-externe
Fritz Heider (1944) est à lorigine du courant de recherche sur lattribution. En 1958 il définit lattribution comme le « processus par lequel lhomme appréhende la réalité et peut la prédire et la maîtriser. Cest la recherche par un individu des causes dun événement, cest-à-dire la recherche dune structure permanente mais non directement observable qui sous-tend les effets, les manifestations directement perceptibles». Il est le premier à distinguer les causes internes à lacteur des causes externes, précisant que « le comportement peut être expliqué par des traits relativement stables de la personnalité ou par des facteurs environnementaux ».
Heider soutient la thèse que plus un individu est perçu comme étant la cause dune action et moins lenvironnement sera perçu comme facteur causal et inversement.
La dichotomie interne/ externe ou situationnelle/dispositionnelle permet de distinguer les causes se rapportant aux caractéristiques personnelles de lindividu de celles provenant de lenvironnement.
Pour Bernard Weiner, la dimension interne/externe ne suffit pas pour expliquer les causes de lattribution. Selon lui, deux autres dimensions doivent être également prises en compte : la stabilité et la contrôlabilité.
La stabilité-instabilité
Parmi les causes internes, comme parmi les causes externes, certaines seraient stables et dautres instables. Cette dimension renvoie au caractère répétitif et durable (permanent) ou au contraire transitoire (modifiable) de la cause. Elle permet de distinguer les causes selon leur temporalité. Ainsi, si lors de sa première leçon de surf un débutant ne parvient pas à trouver un bon équilibre au milieu de la planche et se dit quil nest pas doué pour le surf, il fait une attribution stable de la cause. En effet se croire « pas doué » pour le surf laisse supposer que cet état restera stable dans le temps. Cette attribution risque par ailleurs de le démotiver puisquil pense quelle nest pas modifiable. A linverse, si lapprenti surfeur se dit quil ne doit pas employer la bonne technique et quil lui serait profitable dobserver comment les surfeurs davantage expérimentés sy prennent, il fait une attribution instable, il pense que la cause est modifiable.
La contrôlabilité-incontrôlabilité
Le contrôle que peut avoir lindividu sur une cause, c’est-à-dire la possibilité pour ce dernier dagir différemment de manière à modifier le résultat dune action. Cette dimension permet de distinguer les causes selon la responsabilité de lindividu.
Ainsi, si le jeune surfeur se dit que son défaut est de trop sallonger à larrière et quà force de persévérance il parviendra à se positionner plus en avant à soulever ses épaules et sa poitrine, il fait une attribution contrôlable. A linverse, le débutant qui estime que la position nécessaire à la pratique de ce sport est incompatible avec la scoliose dont il souffre, alors il fait une attribution incontrôlable.
Ainsi, toute cause peut être répartie dans un tableau 2 (lieu de la cause) x 2 (stabilité) x 2 (contrôlabilité), comme par exemple le tableau suivant qui représente différentes causes possibles des résultats obtenus à un examen :

Heider F., The Psychology of Interpersonal Relations, New York, Wiley, 1958.
Weiner, B., Russel, D., & Lerman, D. (1979), The cognition-emotion process in achievement-related contexts, Journal Personality and Social Psychology, 37, 1211-1220

octobre 12th, 2004 at 14:10
Votre papier est intéressant, ce d’autant plus que je m’intéresse aux attributions causales en général et aux dimensions causales en particulier (j’ y ai consacré deux mémoires). Bien que je trouve le travail d’auteurs comme Weiner, Abramson ou Kruglansky fondamental, je pense qu’une dimension causale fondamentale a été oubliée. C’est la dimension cause naturelle- cause surnaturelle. Qu’en pensez- vous?
Ps- je pourrai éventuellement mieux argumenter mon propos si vous le souhaitez.