Le poids de limage des candidats dans la décision des électeurs
Jeudi, septembre 9th, 2004Les théories qui ont cours sur limage des dirigeants politique
Jonathan Kelley a étudié limage qua lopinion publique des australiens concernant les dirigeants politiques étrangers et nationaux. Pour cela, il rappelle dans un premier temps les différentes théories qui ont cours sur limage des dirigeants politiques.
>> La thèse de la figure proue du parti
Les citoyens ne voient dans le leader dun parti politique que lincarnation de son parti. Ainsi, lopinion des citoyen vis à vis dun leader politique reflète simplement lallégeance durable des électeurs à tel ou tel parti politique. Dans ce cas, le rôle des dirigeants politiques est de représenter le parti auprès des média, dexposer inlassablement ses thèmes et ses mots dordre, de mener la lutte du parti contre les adversaires. Ils quittent vite la place pour la céder à dautres dirigeants sortis du même moule. Les électeurs sont indifférents au leader du parti quils soutiennent : ils trouveront toujours de bonnes raisons de soutenir le « capitaine de léquipe », quel quil soit et de mépriser le « capitaine » de léquipe adverse.
>> La thèse de la figure proue nationale
Cette théorie rejoint celle de la « figure proue du parti » à la différence quelle sintéresse à limage des dirigeants étrangers : dans lopinion publique, les dirigeants étrangers ne sont que le reflet de limage de leur pays, ils nont donc aucune influence dans la politique intérieure.
>> La thèse du modèle idéologique
Lopinion qua lélecteur des dirigeants politiques est fonction de la proximité entre les orientations défendues par chaque dirigeant et les idéaux auxquels lui même adhère. Les électeurs considèrent que, tout comme les partis, les dirigeants leur présentent un ensemble de propositions quils évaluent par rapport à leurs propres préférences, et ils choisissent ensuite rationnellement de donner leur voix au dirigeant dont les positions se rapprochent le plus des leurs.
>> La thèse du modèle individuel
Les électeurs jugent les dirigeants daprès les traits de leur personnalité : ils admirent les dirigeants dotés de vertus généralement appréciées ( ont le souci dautrui, sont sympathiques…) et aussi de bons « chefs » présentant des traits de caractère propres à exercer un rôle de dirigeant (savent prendre des décisions, sont efficaces…)
Cette thèse implique que la façon dont sont perçu les dirigeants nationaux a un grand impact sur le vote.
>> La thèse de leffet de démonstration
Cette thèse concerne surtout les dirigeants étrangers .
>> La thèse du « Grand Homme »
Dans ce cas, le parti politique ne fait que rassembler ceux qui sont attachés à la personne dun « grand homme », ou dune « grande famille ». Il sagira par exemples dun chef charismatique (de Gaulle en France), dune fidélité héréditaire (pour la famille Gandhi en Inde).
Tableau récapitulatif

Jonathan Kelley, "Limage des dirigeants politiques étrangers et nationaux dans lopinion publique : le cas australien" , Revue Internationale des Sciences Sociales, n°146, p 686,décembre 1995.
Le poids de l’image des candidats dans la décision des électeurs
Comme le notent Pippa Norris et ses collègues , il est vrai que les électeurs font leur choix avant tout en fonction du parti politique mais la personnalité du candidat joue un rôle également important. David P. Glass a étudié leffet des attributs personnels des candidats sur le vote au cours des élections présidentielles américaines de 1952 à 1984 ( à lexception de celles de 1972 et de 1976). Sur cinq des sept élections examinées, Il montre que les attributs personnels des hommes politiques ont eu globalement un impact sur le vote aussi important et parfois plus important que les aspects politiques à proprement parlé.
Les hommes politiques ont un recours croissant à des consultants pour améliorer leur image. A ce sujet, Shawn W. Rosenberg et ses collègues ont réalisé une étude aux Etats Unis afin de vérifier si cette pratique améliore effectivement limage des candidats auprès des électeurs et dans quelle mesure elle peut influer sur leurs préférences. Après avoir recensé les composantes favorables de limage dun homme politique (traits du visage, habits, présentation), ils ont démontré quil était effectivement possible de façonner une image et ainsi dinfluencer sur les résultats dun vote.
>> Structure des principaux traits de caractère qui infèrent dans le jugement politique
Carolyn L. Funk, dans son article « Understanding trait inference in candidate images » , expose les trois différentes approches ont été utilisées pour identifier la structure des traits de caractère qui infèrent dans le jugement politique.
> Multidimensional Scaling des traits de caractère
La recherche en psychologie a étudié la structure des impressions des gens concernant la manière dont ils associent les traits de caractères (tel trait de caractère semble aller avec tel autre…).
A laide dune multimensional scaling Rosenberg et ses collègues ont mis en évidence deux dimensions de traits : la sociabilité et la compétence.
La sociabilité
Les traits positifs de cette dimension sont heureux, sociable, chaleureux, naturel, honnête, sincère et serviable ; les traits négatifs : ennuyeux, malheureux, malhonnête, irritable, morose, et impopulaire.
La compétence
Les traits positifs de cette dimension sont : habile, déterminé, travailleur ; les traits négatifs : impulsif, trop scrupuleux, soumis, naïf, maladroit, gaspilleur, frivole et inintelligent.
En 1980, Kim et Rosenberg , ont permis à des sujets de choisir leurs propres termes pour décrire la personnalité de célébrités. Ils ont ainsi trouvé des éléments pour établir de nouvelles sous catégories aux deux dimensions.
> La réponse aux questions ouvertes
Arthur Miller et ses collègues ont analysé les réponses aux questions ouvertes concernant lévaluation des candidats dans les enquêtes du National Electoral Studies de 1950 à 1980. Une analyse factorielle de ces réponses a permis de mettre en évidence cinq dimensions : la compétence, (expérience et capacité), lintégrité (honnêteté et sincérité), la fiabilité (équilibré, résolu, fort, de confiance), le charisme ( communicatif, ayant de la dignité, de lhumilité et du patriotisme), et « dautres caractéristiques personnelles » (catégorie résiduelle comportant des qualités personnelles comme lâge, la religion, lexpérience militaire).
La compétence, lintégrité et la fiabilité sont les trois dimensions les plus citées par les interviewés.
En 1993,Clive Bean a analysé la réponse à des questions ouvertes concernant lévaluation des leaders politiques à partir des études électorales en Australie et en Nouvelle Zélande. Les réponses étaient codées suivant les cinq catégories mises en évidence par Miller. La compétence et l’intégrité sont les deux qualités qui ont été le plus citées par les répondants.
Par ailleurs, en 1988 Brown a montré que les qualités que les canadiens ont attribuées aux leaders politiques au cours des quatre dernières élections se rattachaient à lintégrité, à la compétence politique et au « dynamisme » (un mélange entre la force et le charisme).
> Lévaluation des traits
Kinder et ses collègues ont interrogé les répondants aux enquêtes du National Electoral Studies afin dévaluer les candidats aux présidentielles à partir dun nombre fini de termes de traits de caractère. Une analyse factorielle confirmatoire a permis de définir quatre dimensions permettant dévaluer les candidats aux présidentielles : la compétence ( travailleur, intelligent et possédant des connaissances), le leadership (« pourvu dun fort leadership », « fait respecter les ordres »), lintégrité (modeste, a le sens de la morale, « donne le bon exemple ») et lempathie (compatissant, gentil, « soccupe des gens comme vous »).
Ces quatre dimensions ont parfois été scindées en deux : la compétence et lintégrité, la compétence étant liée au leadership et lintégrité fortement corrélée avec lempathie.
>> Les traits qui importent dans lévaluation des candidats
A partir de sa revue de littérature, Carolyn L. Funk estime pour sa part que la compétence, lintégrité (ou la loyauté) et la sociabilité sont les trois dimensions déterminantes dans lévaluation des candidats.
> La compétence
Lensemble des chercheurs en comportement électoral saccordent sur le fait que la compétence du candidat se distingue particulièrement des autres catégories de traits de jugement et quelle est un important indicateur de lévaluation globale dun candidat. Différentes études ont montré que cette dimension est un déterminant significatif sur le choix électoral. Carolyn L. Funk a étudié la façon dont les « experts en politique » évaluent les candidats selon deux indicateurs : la compétence et la chaleur du candidat. Il apparaît que les experts sont davantage sensibles à la compétence, ce qui semble pouvoir être, dans une certaine mesure, étendu à lensemble des citoyens.
Cet auteur a également mené une enquête auprès détudiants permettant de montrer limpact de deux types de scandales (infidélité conjugale et fraude fiscale) sur lévaluation des candidats aux élections . Dans les deux cas, limpact est négatif, mais il lest davantage en ce qui concerne la fraude fiscale. Les personnes les mieux informées accordent moins dimportance aux traits de caractère des candidats quà leur compétence politique et elles accordent plus facilement leur suffrage malgré leur mise en cause dans des scandales. Ainsi, la dimension de la compétence joue un rôle plus important que celle de la sociabilité.
Par ailleurs, Leonie Huddy et Nayda Terkildsen ont mis en évidence que les citoyens ont recours à des stéréotypes pour évaluer la compétence dun candidat suivant quil soit un homme ou quil soit une femme : les électeurs sattendent généralement à ce que les femmes candidates aux élections soient plus performantes sur les problèmes sociaux, tandis que les hommes candidats seraient plus compétents en matière de politique étrangère et de défense.
> Lintégrité (ou la loyauté)
Tout comme la compétence, lintégrité représente un facteur important pour évaluer les candidats politiques. Ainsi, en 1980 Kinder et ses collègues ont mis en évidence que lintégrité était un élément important permettant de prédire lévaluation des candidats. Ils ont réalisé une étude visant à définir quel serait le « président idéal » suivant ses traits de caractère. Il apparaît que lhonnêteté est lattribut le plus cité.
> La sociabilité (ou la chaleur)
La sociabilité est un aspect important dans lévaluation dune personne. Bien que cette dimension ait une influence sur le choix électoral, son impact est moins important que ceux des autres traits des candidats comme la compétence et lintégrité.
>> Limites
Comme le soulignent Victor C. Ottati et ses collègues , lévaluation cognitive et lévaluation affective dun candidat politique représentent deux dimensions distinctes et parfois opposées de lattitude politique dun individu. Si des liens existent entre la réaction affective du candidat et lévaluation raisonnée de ses capacités, ils sont difficiles à identifier, étant largement inconscients pour lindividu concerné. Par ailleurs, Kathleen M. McGraw et ses collègues ont montré que les opinions des citoyens concernant les caractéristiques quils attribuent aux leaders politiques font systématiquement lobjet de biais : il apparaît que lorsque les individus sont proches de manière idéologique du leader politique, ils le qualifient avec ses grandes caractéristiques favorables et ne retiennent que quelques détails négatifs, alors que dans le cas inverse ils font le contraire.
Funk Carolyn L., Understanding Trait Inferences in Candidate Images, Research in Micropolitics, volume 5, pp 97-123, 1996.
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