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Catégorisation

Catégorisation cognitive

Le cognitif concerne la capacité de connaître et de construire la réalité physique ou sociale. Il suppose d’entrer en contact avec cette réalité, de le différencier, et de l’intégrer avec sa propre réalité. La psychologie cognitive est l’étude de l’ensemble des états mentaux et l’ensemble des processus psychiques qui fournissent à l’homme une représentation interne de données qui lui sont externes, à des fins de décision et d’action (Tijus, 2004). L’homme est considéré comme un système de traitement de l’information qui capture de l’information en provenance du monde extérieur, la mémorise, réalise des opérations et transmet de l’information vers le monde extérieur
La catégorisation est l’un des mécanismes fondamentaux de la cognition humaine. Percevoir, comprendre, agir, communiquer sont autant d’activités qui supposent l’existence de cadres interprétatifs. La catégorisation permet à l’individu d’organiser et de réduire la complexité de l’environnement, en le découpant et en le regroupant en objets qu’il attribue à différentes catégories. En l’absence de catégorie de référence, l’environnement serait perçu comme chaotique et perpétuellement nouveau. Sans catégorisation des situations, toute action ou prévision serait inadaptée. Sans consensus sur la signification des mots, il n’y aurait pas de possibilité de dialogue. Aussi, la possibilité d’intégrer des phénomènes apparemment distincts serait impossible sans concepts unificateurs (Cauznille-Marmèche& ali, 1989): La catégorie « est une entité cognitive à laquelle correspondent des mécanismes, des processus, des opérations et des actions dénommés sous le terme générique de “catégorisation”» (Tijus & Cordier, 2003)

Jusqu’à la fin des années 1970, le cadre d’analyse des catégories et des processus de catégorisation s’inscrit dans une conception aristotélicienne, s’appuyant notamment sur les travaux pionniers de Bruner, Goodnow et Austin (1956). Une catégorie est définie par une liste de propriétés nécessaires et suffisantes au sein de laquelle tous les objets sont considérés comme étant équivalents quant à leur appartenance catégorielle et le processus de catégorisation envisagé est un processus logique de découverte d’une règle de classification. L’univers des objets considérés résulte d’une combinatoire sur des valeurs de dimensions bien identifiées, indépendantes et manipulées dans un contexte expérimental. Très souvent les objets sur lesquels sont effectués les expériences sont des figures géométriques définies par leur forme, leur couleur, leur taille. L’expérimentateur choisit de manière arbitraire une règle de classification et pose l’expérience dans un cadre aux contours bien délimités et il s’agit alors de trouver les lois d’organisation en dehors de toute autre activité que celle de la logique. Un second cadre d’analyse, celui des catégories naturelles, impulsé par Rosch (1973, 1975) prend en compte l’organisation des catégories et leur fonctionnalité. La thèse défendue est que les catégories ne sont pas des entités logiques limitées, auxquelles l’appartenance d’un item est simplement définie par le fait qu’il possède l’ensemble des propriétés répondants aux critères nécessaires et suffisants, et dont tous les cas qui possèdent ces critères sont également membres à part entière. La conception alternative proposée est que les catégories sont structurées par des effets prototypiques, déterminant des espaces catégoriels hétérogènes, caractérisés par des cas centraux typiques et des limites non tranchées : beaucoup de catégories naturelles sont structurées intérieurement en un prototype de la catégorie avec des membres non prototypes qui tendent vers un ordre allant des meilleurs aux plus faibles exemples (Rosch, 1976). Ainsi, la catégorie se définit en référence à un prototype, soit le meilleur représentant de la catégorie. Les autres exemplaires de la catégorie se repèrent sur un gradient de typicalité, selon leur plus ou moins grande distance ou similitude avec le prototype. Par exemple dans la catégorie « oiseau », « moineau » est plus typique que « poule » ou qu’« autruche ». La typicalité peut être définie comme l’une des dimensions décrivant l’espace catégoriel (Cordier & Dubois, 1981). Le prototype condense l’ensemble des propriétés de la plupart des items, en fonction du principe d’économie cognitive. Cette condensation de la représentation de catégories sous formes de prototypes réduit les coûts de traitement, s’effectue de manière globale et permet des inférences sur des valeurs par défaut. Aussi, les prototypes correspondent aux exemplaires les plus fréquemment cités, les plus rapidement identifiés, les plus disponibles pour effectuer des tâches comme la résolution de problèmes par exemple (Dubois, 1983).
L’étude de la catégorisation permet non seulement d’établir quels sont les critères et les types de traitements utilisés par le système cognitif pour catégoriser mais également permet de rendre compte de la manière dont les connaissances sont structurées dans la mémoire sémantique à long terme.

Catégorisation sociale

Depuis le début des années soixante-dix, la définition du groupe par les seuls processus d’interdépendance et d’interaction est remise en question prenant alors en compte la réalité sociocognitive à laquelle le groupe se rapporte avec les concepts de catégorisation et d’autocatégorisation.
Pour Tajfel (1972), la catégorisation renvoie aux processus psychologiques qui tendent à ordonner l’environnement en termes de catégories : groupes de personnes, d’objets, d’évènements (ou groupes de certains de leurs attributs) en tant qu’ils sont soient semblables, soit équivalents les uns aux autres pour l’action, les intentions ou les attitudes d’un individu.
La catégorisation permet à l’individu d’organiser et de réduire la complexité de l’environnement, en le découpant et en le regroupant en objets qu’il attribue à différentes catégories. De par sa fonction de systématisation – découpage et organisation – la catégorisation permet de structurer le monde et donc de le rendre plus explicable et contrôlable mais également conduit à en avoir une vision simplificatrice. Cette simplification concerne tant les aspects inductifs de la catégorisation, c’est-à-dire la reconnaissance d’un objet comme appartenant à une catégorie (à partir d’une information insuffisante), que ses aspects déductifs, soit associer à un objet les caractéristiques de la catégorie (avec peu de vérifications).
L’un des effets majeurs de la catégorisation (Tajfel & Wilkes 1963 ; Marchand, 1970 ; Deschamp, 1977) consiste d’une part en une accentuation des différences entre les éléments appartenant à des catégories différentes (différences inter-catégorielles), et d’autre part en une accentuation des ressemblances entre éléments appartenant à une même catégorie (ressemblances intra-catégorielles) : le sujet fait comme si les similitudes ou les différences étaient plus marquées qu’elles ne le sont dans la réalité. Ce processus de catégorisation s’opère non seulement en présence d’objets de l’environnement physique, mais aussi en présence d’objets sociaux. Le groupe se présente alors comme une collection d’individus qui se perçoivent eux-mêmes comme les membres d’une même catégorie (Tajfel & Turner, 1985). Par ailleurs, Turner (1987) défend la théorie de l’autocatégorisation selon laquelle les individus forment un groupe non pas essentiellement parce qu’ils développent des relations personnelles basées sur la mutuelle satisfaction de leurs besoins mais à partir du moment où ils opèrent une catégorisation sociale partagée d’eux-mêmes en contraste avec les autres, une perception partagée du “nous” opposée aux “eux”, sur laquelle dans une situation donnée leurs attitudes et comportements vont se fonder.

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Cauzinille-Marmèche, E., Dubois, D., Mathieu, J. (1989), Catégories et processus de catégorisation, in G. Netchine (Ed.), Approches nouvelles du développement dans l’étude du fonctionnement cognitif de l’enfant, Paris, PUF, pp. 93-118.
Deschamps, J..C. (1977), Effect of crossing category memberships on quantitative judgement, European Journal of Social Psychology, 7, pp. 122-126
Loken, B. Roedder D. (1993), Diluting brand beliefs: When do brand extensions have a neg, Journal of Marketing, 57, 3; pp.. 71-84
Marchand, B. (1970), Answirkung einer emotional wertvollen und einer emotional neutralen Klassifikation auf die Schatiung einer stimulus-serie, Zeitschrift Für Sozialpsychologie, 1, pp. 264-274
Odin N., Odin Y. & Valette-Florence P. (1997), L’heuristique de typicalité des marques : principes, validité et spécificités fonctionnelles, Actes du congrès de l’Association Française du Marketing, Toulouse, pp. 1076-1107.
Rosch, E. (1973), On the internal structure of perceptual and semantic categories, In T.E. Moore (Ed.),Cognitive Development and the Acquisition of Language, New York : Academic Press
Rosch, E. (1975), Universals and Cultural Specifics in Human Categorization, Cross-Cultural Perspectives on Learning, In R. Brislin, S. Bochner, W. Lonner (Eds); New York : Sage-Wiley, pp. 177-206
Rosch, E. (1976), Classifications d’objets du monde réel : origines et représentations dans la cognition, Bulletin de Psychologie, n° spécial ” Mémoire sémantique “, pp. 242-250
Tajfel H. & Turner J.C. (1985),
The Social Identity Theory of Intergroup Behavior, in S. Worchel & W.G. Austin (Eds.), Psychology of Intergroup Relations (2nd ed.), Chicago: Nelson-Hall, pp. 7-24
Tajfel, H. & Wilkes, A. L. (1963), Classification and quantitative judgment, British Journal of Psychology, 54, pp. 101-114
Tajfel, H. (1972), La catégorisation sociale, in Moscovici S. (Ed.), Introduction la psychologie sociale, Paris : Larousse, pp. 272-302
Tijus C., & Cordier F. (2003), Psychologie de la connaissance des objets. Catégories et propriétés, tâches et domaines d’investigation, L’année psychologique, 103, pp. 223-256
Tijus, C. (2004), Introduction à la psychologie cognitive - Comment la pensée et l’intelligence se construisent en interaction avec le monde, Armand Colin
Turner, J. C. (1987), A self-categorization theory, in J. C. Turner, M. A. Hogg, P. J. Oakes, S. D. Reicher, & M. S. Wetherell (Eds.), Rediscovering the social group : A self-categorization theory, Oxford, England : Blackwell Publishers, pp. 42-67

 

7 Responses to “Catégorisation”

  1. Fulcanelli Says:

    bonjour,

    Tous mes compliments pour ce blog très savant. J’y a trouvé quelques informations utiles sur les représentations du rapport nature culture dans les différentes sociétés.

    Je vous invite à me lire, bonne continuation

    BD alias Fulcanelli

  2. zia Says:

    N’hésitez pas à aller visiter le blog de zia, une jeune femme de 29 ans qui nous raconte avec un humour décapant ses aventures, ses rencontres , ses amours et surtout ses voyages au BRESIL

  3. charpentier,louise Says:

    passionnant,trés interessant,et pour mieux dire complet,,on ne pouvais pas mieux faire,jáimerais bien avoire ládresse @ de MMe DELPHINE BAillergeau;MERCI;MON NOM LUI DIRA PROBABLEMENT QQCHOSE

  4. charpentier,louise Says:

    losnie01@yahoo.de ,@+ delphinos!!!!!!!!!!!!!

  5. temps Says:

    Ainsi le détail n’est qu’une vue de l’esprit, et si pure qu’il en est loin de la vie. Trop long, trop dure d’une écriture si petite, le post en perd sa force, si ce n’est sa créativité qui attire ceux prét à s’égarer. Le nuage t’emporte au dela de la raison, et d’un texte trop long, t’éloigne de la raison.
    Cordialement

  6. Josquin Says:

    Merci pour cet article.
    http://www.exactitudes.com/
    Ca donne envie de se renseigner sur les catégories naturelles.

  7. temps Says:

    En d’autres termes, j’ai le sentiment que le post est construit sur des acquis d’un autre temps, ou encore que sa structure utilise des structures qui peuvent être remises en question.
    Ce qui est interessant dans l’esprit humain, c’est sa capacité à créer des nouvelles techniques à l’aide des nouveaux savoirs. Or le texte présenté ne fait qu’utiliser les nouveaux savoirs pour glorifier les anciennes techniques.
    Or ce qui fait disparaitre notre civilisation gascone, c’est que le 20ème siècle n’a justement plus créé de nouvelles techniques malgré les ouvertures de Laplace, De nouy, Janet, Pointcarré,…
    En exemples concrets pour présenter la proposition,
    Nous pouvons enseigner différents savoir à l’aide de l’ordinateur qui facilite la communication, mais la chose ne conduit qu’à une disparition car nous concervons les anciennes techniques d’apprendre à apprendre. En contre partie pour garder l’esprit gascon, nous pouvons créer de nouvelles techniques qui rendent l’ordinateur inter-actif avec celui qui cherche à apprendre. Nous pouvons rendre l’ordinateur plus ludique et ainsi créer la soif de connaissance qui permet l’évolution.
    En d’autres termes encore, nous devons reprendre les bases de notre perception dans le sens originel et mettre nos savoirs au service de la remise en question, et non pas mettre nos savoirs au service des dogmes du passé.
    Possez vous ces questions :
    Quel est l’origine du terme mathématique ?
    Quel est l’origine du terme temps ?
    Quel est l’origine du terme structure ?
    Vous vous appercevrez que nos savoirs ne sont plus qu’exclaves au service de dogmes qu’ils ont oubliés de faire évoluer les techniques tout au long de ce 20ème siècle.

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