Invariants anthropologiques

L’anthropologie a pour objet est rendre intelligible la manière dont les humains sélectionnent telle ou telle propriété pour leur usage et concourent à modifier le monde en tissant avec lui et entre eux les liens constants ou ponctuels d’une diversité remarquable mais pas infinie. Ce sont ces liens que l’on appelle des invariants anthropologiques.
Les invariants anthropologiques ne sont pas des universaux. Ce sont des règles de combinaison fondées sur des caractéristiques élémentaires du monde, qui permettent d’engendrer un nombre fini de réalisations possibles dont une partie seulement est réalisée dans la vie sociale. (Descola, 2002)

Philippe Descola s’intéresse notamment au rapport à la nature et travaille depuis des années sur un invariant anthropologique qui lui parait structurer les liens extrêmement divers que les sociétés entretiennent avec leurs environnements. Il part du constat selon lequel nous arrivons tous dans le monde équipé d’un corps et d’une intentionnalité [entendue au sens philosophique, c’est-à-dire comme caractéristique de l’esprit humain qui lui permet de former des représentations]. Cet équipement, autrement dit ce paquet de formes, de fonctions et de substances ainsi que cette aptitude à nous représenter mentalement l’état des choses et à donner du sens au monde, nous permet de procéder à des identifications. [identification définie comme Le mécanisme élémentaire par lequel j’établis des différences et des ressemblances entre moi et les existants en inférant des analogies et des distinctions d’apparence, de comportement et de propriété entre ce que je pense que je suis et ce que je pense ce que sont les autres.]

Ainsi, partout dans le monde on opère une distinction entre le plan de l’intériorité et celui de la physicalité. Je vais attribuer à autrui une intériorité soit analogue soit différente de celle dont je pense que je suis pourvu. Je vais attribuer à autrui une physicalité soit analogue soit différente de celle dont je pense que je suis pourvu. Croisée deux à deux, ces modalités offrent quatre grands modes d’identification que sont l’animisme (continuité des intériorités et discontinuité des physicalités), le totémisme (continuité des intériorités et des physicalités ), l’analogisme (discontinuité à la fois dans les intériorités et les physicalités et le naturalisme (discontinuité des intériorités et continuité des physicalités).

Le dernier ouvrage de Philippe Descola vient de paraître,
un bijou…

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One Response to “Invariants anthropologiques”

  1. M. KOUDOU Michel Says:

    Chere Madame Delphine Baillergeau,

    Ayant parcouru vos articles, je me permet de vous poser la question suivante avec l’espoir que vous voudriez bien y répondre.
    Quelles relatuions établissez-vous entre les notions suivantes: catégorisation sociale, attribution causale et conception? Sont-elles interchangeables ou qu’est-ce qui les distinguent?
    En espérant pouvoir compter sur vous, je vous prie d’aréer, chère Madame, l’expressio de mes très respecteuses et dévouées salutrations.

    Michel Koudou.

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