Archive for the 'Champ du social' Category

Catégorisation

Vendredi, décembre 9th, 2005

Catégorisation cognitive

Le cognitif concerne la capacité de connaître et de construire la réalité physique ou sociale. Il suppose d’entrer en contact avec cette réalité, de le différencier, et de l’intégrer avec sa propre réalité. La psychologie cognitive est l’étude de l’ensemble des états mentaux et l’ensemble des processus psychiques qui fournissent à l’homme une représentation interne de données qui lui sont externes, à des fins de décision et d’action (Tijus, 2004). L’homme est considéré comme un système de traitement de l’information qui capture de l’information en provenance du monde extérieur, la mémorise, réalise des opérations et transmet de l’information vers le monde extérieur
La catégorisation est l’un des mécanismes fondamentaux de la cognition humaine. Percevoir, comprendre, agir, communiquer sont autant d’activités qui supposent l’existence de cadres interprétatifs. La catégorisation permet à l’individu d’organiser et de réduire la complexité de l’environnement, en le découpant et en le regroupant en objets qu’il attribue à différentes catégories. En l’absence de catégorie de référence, l’environnement serait perçu comme chaotique et perpétuellement nouveau. Sans catégorisation des situations, toute action ou prévision serait inadaptée. Sans consensus sur la signification des mots, il n’y aurait pas de possibilité de dialogue. Aussi, la possibilité d’intégrer des phénomènes apparemment distincts serait impossible sans concepts unificateurs (Cauznille-Marmèche& ali, 1989): La catégorie « est une entité cognitive à laquelle correspondent des mécanismes, des processus, des opérations et des actions dénommés sous le terme générique de “catégorisation”» (Tijus & Cordier, 2003)

Jusqu’à la fin des années 1970, le cadre d’analyse des catégories et des processus de catégorisation s’inscrit dans une conception aristotélicienne, s’appuyant notamment sur les travaux pionniers de Bruner, Goodnow et Austin (1956). Une catégorie est définie par une liste de propriétés nécessaires et suffisantes au sein de laquelle tous les objets sont considérés comme étant équivalents quant à leur appartenance catégorielle et le processus de catégorisation envisagé est un processus logique de découverte d’une règle de classification. L’univers des objets considérés résulte d’une combinatoire sur des valeurs de dimensions bien identifiées, indépendantes et manipulées dans un contexte expérimental. Très souvent les objets sur lesquels sont effectués les expériences sont des figures géométriques définies par leur forme, leur couleur, leur taille. L’expérimentateur choisit de manière arbitraire une règle de classification et pose l’expérience dans un cadre aux contours bien délimités et il s’agit alors de trouver les lois d’organisation en dehors de toute autre activité que celle de la logique. Un second cadre d’analyse, celui des catégories naturelles, impulsé par Rosch (1973, 1975) prend en compte l’organisation des catégories et leur fonctionnalité. La thèse défendue est que les catégories ne sont pas des entités logiques limitées, auxquelles l’appartenance d’un item est simplement définie par le fait qu’il possède l’ensemble des propriétés répondants aux critères nécessaires et suffisants, et dont tous les cas qui possèdent ces critères sont également membres à part entière. La conception alternative proposée est que les catégories sont structurées par des effets prototypiques, déterminant des espaces catégoriels hétérogènes, caractérisés par des cas centraux typiques et des limites non tranchées : beaucoup de catégories naturelles sont structurées intérieurement en un prototype de la catégorie avec des membres non prototypes qui tendent vers un ordre allant des meilleurs aux plus faibles exemples (Rosch, 1976). Ainsi, la catégorie se définit en référence à un prototype, soit le meilleur représentant de la catégorie. Les autres exemplaires de la catégorie se repèrent sur un gradient de typicalité, selon leur plus ou moins grande distance ou similitude avec le prototype. Par exemple dans la catégorie « oiseau », « moineau » est plus typique que « poule » ou qu’« autruche ». La typicalité peut être définie comme l’une des dimensions décrivant l’espace catégoriel (Cordier & Dubois, 1981). Le prototype condense l’ensemble des propriétés de la plupart des items, en fonction du principe d’économie cognitive. Cette condensation de la représentation de catégories sous formes de prototypes réduit les coûts de traitement, s’effectue de manière globale et permet des inférences sur des valeurs par défaut. Aussi, les prototypes correspondent aux exemplaires les plus fréquemment cités, les plus rapidement identifiés, les plus disponibles pour effectuer des tâches comme la résolution de problèmes par exemple (Dubois, 1983).
L’étude de la catégorisation permet non seulement d’établir quels sont les critères et les types de traitements utilisés par le système cognitif pour catégoriser mais également permet de rendre compte de la manière dont les connaissances sont structurées dans la mémoire sémantique à long terme.

Catégorisation sociale

Depuis le début des années soixante-dix, la définition du groupe par les seuls processus d’interdépendance et d’interaction est remise en question prenant alors en compte la réalité sociocognitive à laquelle le groupe se rapporte avec les concepts de catégorisation et d’autocatégorisation.
Pour Tajfel (1972), la catégorisation renvoie aux processus psychologiques qui tendent à ordonner l’environnement en termes de catégories : groupes de personnes, d’objets, d’évènements (ou groupes de certains de leurs attributs) en tant qu’ils sont soient semblables, soit équivalents les uns aux autres pour l’action, les intentions ou les attitudes d’un individu.
La catégorisation permet à l’individu d’organiser et de réduire la complexité de l’environnement, en le découpant et en le regroupant en objets qu’il attribue à différentes catégories. De par sa fonction de systématisation – découpage et organisation – la catégorisation permet de structurer le monde et donc de le rendre plus explicable et contrôlable mais également conduit à en avoir une vision simplificatrice. Cette simplification concerne tant les aspects inductifs de la catégorisation, c’est-à-dire la reconnaissance d’un objet comme appartenant à une catégorie (à partir d’une information insuffisante), que ses aspects déductifs, soit associer à un objet les caractéristiques de la catégorie (avec peu de vérifications).
L’un des effets majeurs de la catégorisation (Tajfel & Wilkes 1963 ; Marchand, 1970 ; Deschamp, 1977) consiste d’une part en une accentuation des différences entre les éléments appartenant à des catégories différentes (différences inter-catégorielles), et d’autre part en une accentuation des ressemblances entre éléments appartenant à une même catégorie (ressemblances intra-catégorielles) : le sujet fait comme si les similitudes ou les différences étaient plus marquées qu’elles ne le sont dans la réalité. Ce processus de catégorisation s’opère non seulement en présence d’objets de l’environnement physique, mais aussi en présence d’objets sociaux. Le groupe se présente alors comme une collection d’individus qui se perçoivent eux-mêmes comme les membres d’une même catégorie (Tajfel & Turner, 1985). Par ailleurs, Turner (1987) défend la théorie de l’autocatégorisation selon laquelle les individus forment un groupe non pas essentiellement parce qu’ils développent des relations personnelles basées sur la mutuelle satisfaction de leurs besoins mais à partir du moment où ils opèrent une catégorisation sociale partagée d’eux-mêmes en contraste avec les autres, une perception partagée du “nous” opposée aux “eux”, sur laquelle dans une situation donnée leurs attitudes et comportements vont se fonder.

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Cauzinille-Marmèche, E., Dubois, D., Mathieu, J. (1989), Catégories et processus de catégorisation, in G. Netchine (Ed.), Approches nouvelles du développement dans l’étude du fonctionnement cognitif de l’enfant, Paris, PUF, pp. 93-118.
Deschamps, J..C. (1977), Effect of crossing category memberships on quantitative judgement, European Journal of Social Psychology, 7, pp. 122-126
Loken, B. Roedder D. (1993), Diluting brand beliefs: When do brand extensions have a neg, Journal of Marketing, 57, 3; pp.. 71-84
Marchand, B. (1970), Answirkung einer emotional wertvollen und einer emotional neutralen Klassifikation auf die Schatiung einer stimulus-serie, Zeitschrift Für Sozialpsychologie, 1, pp. 264-274
Odin N., Odin Y. & Valette-Florence P. (1997), L’heuristique de typicalité des marques : principes, validité et spécificités fonctionnelles, Actes du congrès de l’Association Française du Marketing, Toulouse, pp. 1076-1107.
Rosch, E. (1973), On the internal structure of perceptual and semantic categories, In T.E. Moore (Ed.),Cognitive Development and the Acquisition of Language, New York : Academic Press
Rosch, E. (1975), Universals and Cultural Specifics in Human Categorization, Cross-Cultural Perspectives on Learning, In R. Brislin, S. Bochner, W. Lonner (Eds); New York : Sage-Wiley, pp. 177-206
Rosch, E. (1976), Classifications d’objets du monde réel : origines et représentations dans la cognition, Bulletin de Psychologie, n° spécial ” Mémoire sémantique “, pp. 242-250
Tajfel H. & Turner J.C. (1985),
The Social Identity Theory of Intergroup Behavior, in S. Worchel & W.G. Austin (Eds.), Psychology of Intergroup Relations (2nd ed.), Chicago: Nelson-Hall, pp. 7-24
Tajfel, H. & Wilkes, A. L. (1963), Classification and quantitative judgment, British Journal of Psychology, 54, pp. 101-114
Tajfel, H. (1972), La catégorisation sociale, in Moscovici S. (Ed.), Introduction la psychologie sociale, Paris : Larousse, pp. 272-302
Tijus C., & Cordier F. (2003), Psychologie de la connaissance des objets. Catégories et propriétés, tâches et domaines d’investigation, L’année psychologique, 103, pp. 223-256
Tijus, C. (2004), Introduction à la psychologie cognitive - Comment la pensée et l’intelligence se construisent en interaction avec le monde, Armand Colin
Turner, J. C. (1987), A self-categorization theory, in J. C. Turner, M. A. Hogg, P. J. Oakes, S. D. Reicher, & M. S. Wetherell (Eds.), Rediscovering the social group : A self-categorization theory, Oxford, England : Blackwell Publishers, pp. 42-67

 

Légitimité organisationnelle

Lundi, octobre 10th, 2005

A partir d’une large revue de littérature portant sur la légitimité organisationnelle, Schuman (1995) propose la définition suivante de la légitimité : « La légitimité est une perception ou une acceptation généralisée selon laquelle les actions d’une entité sont désirables, adéquates et appropriées, à l’intérieur d’un certain système socialement construit de normes, de valeurs, de croyances et de définitions ».

Cet auteur identifie trois types de légitimité selon l’activité et les objectifs de l’entreprise : la légitimité pragmatique, la légitimité morale et la légitimité cognitive.
La légitimité pragmatique repose sur la satisfaction des intérêts des partenaires soit un simple calcul s’intérêts personnels. La légitimité morale renvoie à une évaluation positive normative d’une organisation et de ses activités. L’évaluation porte sur la capacité des firmes à promouvoir le bien-être sociétal. La légitimité cognitive est fondée quant à elle sur l’acceptation de l’organisation en tant qu’entité perçue comme nécessaire et inévitable. Sa place parmi les autres firmes est « prise-pour-acquise » (taken-for-garanted) car elle en cohérence cognitive avec les principes du système social auquel elle se rapporte.


Suchman, M.C. (1995), Managing Legitimacy : Strategic and Institutional Approaches,
Academy of Management Review, 20, 3, pp.571-610

Représentations sociales et Théorie du Champ

Dimanche, août 21st, 2005

Dans son article "Les représentations sociales : définition d’un concept" publié en 1985,  Willem Doise propose une définition des représentations sociales se situant à l’articulation de niveaux d’analyse sociologiques (Pierre Bourdieu et la théorie des champs)  et psychosociologiques (Serge Moscovici) :

"Les notions de dispositions, d’habitus, de schème classificatoire ou de principe de division utilisées à différents endroits par Bourdieu sont tout à fait compatibles avec la description théorique du fonctionnement des représentations sociales présentée par Moscovici. Qui pourrait le nier pour le passage suivant de Bourdieu (1979, p. 545 et suiv.) :

«La connaissance pratique du monde social que suppose la conduite "raisonnable" dans ce monde met en œuvre des schèmes classificatoires (ou, si l’on préfère, des "formes de classification", des "structures mentales", des "formes symboliques", autant d’expressions qui, si l’on ignore les connotations, sont à peu près interchangeables), schèmes historiques de perception et d’appréciation qui sont le produit de la division objective en classes (classes d’âge, classes sexuelles, classes sociales) et qui fonctionnent en deçà de la conscience et du discours. Etant le produit de l’incorporation des structures fondamentales d’une société, ces principes de division sont communs à l’ensemble des agents de cette société et rendent possibles la production d’un monde commun et sensé, d’un monde de sens commun. »

Certes le sociologue insiste peut-être plus que le psychologue social sur l’aspect d’incorporation des structures fondamentales d’une société, mais cette insistance ne l’empêche pas d’affirmer avec autant de netteté que ces principes organisateurs ne relèvent pas d’un déterminisme aveugle :

«… Les structures qui sont constitutives d’un type particulier d’environnement (e.g. les conditions matérielles d’existence caractéristiques d’une condition de classe) et qui peuvent être saisies empiriquement sous la forme des régularités associées à un environnement socialement structuré, produisent des habitus, systèmes de dispositions durables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principe de génération et de structuration de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement "réglées" et "régulières" sans être en rien le produit de l’obéissance à des règles…» (Bourdieu, 1972, p. 175.)

De telles conceptions ne sont pas incompatibles avec celles d’un psychologue social qui insiste peut-être davantage sur la nécessité d’étudier les dynamiques de transformation, tout en ancrant aussi l’étude de ces dynamiques dans l’étude des rapports sociaux comme quand il décrit, dans un passage déjà cité (Moscovici, 1976, p. 441 ss), comment la nature conflictuelle des relations met en œuvre un principe de polarisation. Opposition qui se reflète jusque dans les jugements et appréciations que des intellectuels émettent à l’égard d’une science aussi complexe que celle de la psychanalyse :

«Les assertions et les discussions plus conceptuelles, quoique rares, existent, mais leur aboutissement final est bien l’édification d’un ensemble ordonné d’images et de symboles à virtualités représentatives. La polarité directrice se traduit sur le plan de l’ordination des thèmes par une dichotomie où chaque classe est,  bien  entendu,  la négation de l’autre.  L’antagonisme s’exprime par le caractère exclusif de chacun des termes se trouvant dans une des colonnes de la même dimension. Par exemple, l’Union soviétique est exclue de l’univers auquel appartiennent les Etats-Unis et réciproquement. La conception marxiste, base de la paix, rend impensable toute explication qui serait fondée sur une théorie de l’agressivité, etc. » (Moscovici, 1976, p. 444.)

En définissant les représentations sociales comme des principes générateurs de prises de position qui sont liées à des insertions spécifiques dans un ensemble de rapports sociaux, nous proposons une définition dont la signification devrait pouvoir être saisie par des sociologues et des psychologues sociaux. En y ajoutant que ces schèmes organisent les processus symboliques intervenant dans les rapports sociaux, nous insistons sur le fait que ces prises de position s’effectuent dans des rapports de communication et concernent tout objet de connaissance revêtant une importance dans des rapports qui relient des agents sociaux."


Extrait de Doise, W. (1985). Les représentations sociales : définition d’un concept, Connexions, 45, pp. 243-253

Bourdieu P. (1979), La distinction, Paris, Minuit
Bourdieu (1972), Esquisse d’une théorie de la pratique, Genève, Librairie Droz

Moscovici S. (1961), La psychanalyse, son image et son public, Paris, PUF, (édition 1976)

Le besoin d’unicité

Samedi, juillet 30th, 2005

L’’individu ressent le besoin de se différencier d’autrui selon un processus identitaire (Fromkin, 1972). Le besoin d’unicité s’intègre dans la recherche d’un équilibre entre l’individuation et la déindividuation (Maslach, 1974) qui se manifeste quand la perception de soi se réduit à la perception qu’en ont les autres (Ziller, 1964). La similitude pouvant être perçue comme une menace pour l’identité, les individus désirent se percevoir comme des êtres uniques plutôt que comme des êtres similaires aux autres. Mais si le sentiment d’unicité devient excessif, un sentiment d’insatisfaction et d’inquiétude émerge alors.

L’idiosyncrasie pourrait bien faire l’objet d’une forme de désirabilité sociale (Codol, 1984 ; Lemaine, 1984): il semblerait que nos sociétés occidentales encouragent et valorisent les comportements visant à se distinguer d’autrui. Aussi, comme le montre Lorenzi-Cioldi (1988) l’individualité est une caractéristique que l’on retrouve plus particulièrement chez les groupes dominants ou « collections » qui se représentent comme une somme d’individus autonomes, à l’inverse des groupes dominés ou « agrégats » qui eux se voient comme un ensemble plus indifférencié. Aussi, il semblerait que les individus appartenant à un groupe dominant soient davantage considérés comme étant uniques que ceux qui font partie d’un groupe dominé (Thibaut & Riecken, 1955).

La théorie des commodités (Brock, 1968) défend la thèse que les individus valorisent les commodités – une commodité étant entendue comme tout objet qu’un possesseur potentiel perçoit comme utile – qu’ils peuvent difficilement se procurer du fait de leur caractère rare en tant que tel, sans qu’un bénéfice monétaire lié à cette rareté soit associé. L’une des explications possibles de la valorisation des commodités rares est que leur possession permet à l’individu de développer un sentiment d’unicité. (Fromkin, 1972). Ainsi, un certain nombres d’attributs (physiques, matériels, informationnels, expérientiels, etc) sont valorisés parce qu’ils définissent la personne comme différente des membres de son groupe de référence sans pour autant l’inscrire dans la déviance et donc la rejeter ou l’isoler. De tels attributs sont selon Snyder et Fromkin (1980) des attributs d’unicité, c’est-à-dire des symboles socialement acceptables pour exprimer son individualité. Selon les auteurs, trois grandes catégories d’attributs d’unicité sont prédominantes dans notre société : d’une part les vêtements, les activités et les expériences et les partenaires sexuels (A date or a mate).

La tenue vestimentaire

Selon le Stone (1962), le self est établi, maintenu et altéré dans et au travers la communication durant les transactions sociales. Pour ce dernier l’apparence est l’une des importantes formes de communication dans l’interaction symbolique. La tenue vestimentaire est la première dimension de l’apparence. Par exemple « les annonces sociales » du soi sont faites en ayant recours à des symboles comme les uniformes (le policier) ou des accoutrements distinctifs (le pince-nez de Teddy Roosevelt). En effet «  distintive persistant dress may replace the name as well as establish it » (Stone, 1962, p.95).
De la même manière Simmel (1904) observe comment les similarités dans la tenue vestimentaire unit les membres d’une même classe sociale ou d’un groupe et dans un même temps les sépare  d’un nombre important des membres d’autres classes sociales ou groupes.

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Bien que les éditions « originales » ou limitées dans la mode soient souvent synonymes de prix élevés de grande qualité perçue, ces deux caractéristiques – prix élevés, qualité élevée -sont en fait utilisées pour différencier le self d’un nombre important d’autres personnes.

Lors d’une étude expérimentale, Szybillo (1973), a fait visionner aux participants une série de photographies de tailleurs pour femme. Les tailleurs variaient en terme de rareté (sacre versus plentiful). Les participants étaient séparés en deux groupes : haut et faible degré de leadership en matière de mode (à partir des résultats des scores obtenus sur une échelle mesurant le leadership mode). Pour chacun des tailleurs présenté, les participants devaient notamment donner leur avis sur les quatre items suivants : « overall desirability », « distinctiveness », « quality » et « likelihood of purchase ». Les résultats ont montré que les tailleurs rares étaient perçus comme plus désirables, plus distinctifs, de meilleure qualité et avec une plus grande probabilité d’être achetés que les tailleurs ordinaires. De plus, les leaders d’opinion montrent une plus grande préférence pour les tailleurs rares que les autres.

Les activités et les expériences

Le sentiment d’unicité d’une personne est renforcé lorsqu’il s’engage dans des activités, hobbies etc. différents ou inhabituels.

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Fromkin (1970) a réalisé une série d’expérimentations afin de tester le lien qu’il existe entre l’unicité et la désirabilité d’une expérience. Pour cela il a fait varier le degré de similarité du soi perçu ressenti par les participants pour ensuite évaluer leur besoin de vivre des activités rares ou des activités communes.

Avant la session expérimentale, les participants ont rempli un long questionnaire avec des batteries de questions visant à mesurer leurs attitudes, valeurs, aptitudes. En arrivant au laboratoire, on laisse croire aux participants que les réponses qu’ils ont données au questionnaire qu’ils ont rempli sont très similaires à celles données par 10 000 autres répondants : il s’agit là de la condition de grande similarité.
Au deuxième groupe de participants, on leur laisse croire qu’ils ont répondu différemment des autres participants : il s’agit là de la condition de faible similarité.

Ensuite, les instructions expliquaient aux participants qu’une seconde expérimentation était d’examiner les effets sensoriels des drogues. Les effets de ces drogues étaient simulés techniquement dans quatre salles qui variaient dans leur configuration de lumière et de sons. De plus, les instructions expliquaient que deux des salles étaient disponibles seulement sur des conditions limitées. Ainsi, seul un petit nombre de personnes pourront l’expérimenter. Les deux autres salles restantes seront en principe disponibles tout le temps et qu’un grand nombre de personnes puisse les éprouver.

Ensuite, il a été dit à chacune des personnes : « luckily, all four rooms are available at the present time ». On demandait ensuite aux participants de choisir quelle salle il souhaitait et combien de temps ils souhaitaient y rester pour compléter le questionnaire. Les résultats montrent que lorsqu’ils ont été mis en situation de faible similarité, les participants ne préfèrent pas les expériences rares aux expériences communes. Cependant, mis sous condition de forte similarité, les participants préfèrent les expériences rares à celles qui sont communes.

Le partenaire sexuel

A partir des résultats d’une série d’expérimentations étudiant la perception des homme des « femmes difficiles à avoir », Walster, Piliavin, et Walster concluent ainsi : « The cliché that men prefer hard-to-get women misses the point. Men really adore women who are hard for other men to get ».

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Dans l’une des expérimentations, les participants étaient exposés à trois cas de figure :

     (1) Une femme non disposée à sortir avec le participant interviewé ni avec les quatre autres participants factices (uniforly hard-to-get
     (2) Une femme disposée à sortir avec le participant interviewé ainsi qu’avec n’importe lequel des quatre autres participants factices ( uniformly easy-to-get)
     (3) Une femme qui était disposée à sortir avec le participant interviewé et pas avec les quatre autres participants factices (selectively hard-to-get).

Presque tous les participants préfèrent le troisième cas de figure. Un résultat dont les auteurs donnent l’explication suivante (p. 120) : « the reason for her popularity is evident. Men ascribe to her all the assets of the uniformly hard-to-get and the uniformly easy-to-get women, and none of their liabilities  »

L’évaluation d’une commodité augmente lorsque la personne perçoit qu’elle peut être le possesseur d’objets matériels, d’expériences ou d’information qui ne sont pas accessibles à d’autres personnes. Au regard des résultats de Walster et de ses collègues, il est possible de formuler l’hypothèse que sortir avec des femmes « who are hard for other men to get » peut être un aspect de l’identité et de l’apparence qui satisfait le désire de l’homme de se voir comme différent ou d’être vu comme différent de ses paires.


Codol J.P. (1984), Différentiation et indifférenciation sociale, Bulletin de Psychologie, 37, pp. 515-529
Brock TC (1968), Implications of commodity theory for value change, Psychological foundations of attitudes, eds. AG Greenwald, TC Brock et TM Ostrom, New York : Academic Press, pp. 243-275
Fromkin, H.L. (1972), Feelings of interpersonal undistinctiveness : An unpleasant affective state, Journal of Experimental Research in Personality, 6, pp. 178-185
Fromkin, H.L. (1970), The effects of experimentally aroused feelings of undistinctiveness upon valuation of scarce and novel experiences, Journal of Personality and Social Psycholog, 16,  pp.521-529.
Lemaine, G. (1984), La différenciation sociale dans la communauté scientifique, Bulletin de Psychologie, 37, pp. 477-488
Lorenzi-Cioldi, F. (1988), Individus Dominants et Groupes Dominés. Images Masculines et Féminines, Grenoble : Pug
Maslach, C. (1974), Social and personal bases of individuation, Journal of Personality and Social Psychology, 29, pp. 411-425
Simmel, G. (1904), Fashion, International Quarterly, 10, pp. 130-155
Stone, GP (1962), Appearance and the self. In. Human Behavior and Social Processes, ed. AM Rose. Boston : Houghton Mifflin, pp. 86-118
Thibaut, JW, & Riecken, H., Some determinants and consequences of the perception of social causality, Journal of Personality, 25, pp. 115-129
Walster, E., Walster, G. W., Piliavin, J. A., & Schmidt, L. (1973). Playing hard-to-get: Understanding an elusive phenomenon. Journal of Personality and Social Psychology, 26, 113-121
Ziller, RC (1964), Individuation and socialization : A theory of assimilation in large organizations, Human Relations, 17, pp. 341-360

Quelques définitions de l’attitude

Lundi, juillet 11th, 2005

Allport G.W. (1935) : An attitude is a mental and neural state of readiness, organized through experience, exerting a directive or dynamic influence upon the individual’s response to all objects and situations with which it is related

Smith M.B. , Bruner J.S. , & White R.W.  (1956) :  … an attitude is a predisposition to experience, to be motivated by, and to act toward, a class of objects in a predictable manner

Osgood C.E., Suci G.J., &Tannenbaum P.H. (1957) : [Attitudes] are predispositions to respond, but are distinguished from other such states of readiness in that they predispose toward an evaluative response

Sarnoff I. (1960) : [An attitude is] a disposition to react favorably or unfavorably to a class of objects

Krech D., Crutchfield R.S. , & Ballachey E.L. (1962) :.. . . attitudes [are] enduring systems of positive or negative evaluations, emotional feelings, and pro or cori action tendencies with respect to social objects

Thurstone L. L. (1931) : Attitude is the affect for or against a psychological object

Doob (1947) : Attitude is … an implicit, drive-producing response considered socially significant in the individual’s society


Allport, G. W. (1935), Attitudes, A Handbook of Social Psychology. Ed. Carl A. Murchison. Worcester, MA: Clark Univeristy Press, pp. 798-844
Smith, M. B., Bruner, J. S., & White, R. W. (1956), Opinions and personality, New York : John Wiley
Osgood, C.E., Suci, G.J., & Tannenbaum, P.H. (1957),The measurement of meaning, Urbana : University of Illinois Press
Sarnoff, Irving (1960), Psychoanalytic Theory and Social Attitudes, Public Opinion Quarterly, 24, pp. 251-279
Krech D, Crutchfield RS, Ballachey EL (1962), Individual in Society, New York: McGraw-Hill
Thurstone, L.L. (1931), Measurement of social attitudes, Journal of Abnormal and Social Psychology, 26, pp.249-269
Doob, L.W. (1947), The behavior of attitudes, Psychological Review, 51, pp. 135-156

Violence symbolique

Dimanche, juin 12th, 2005

Dans l’une de ses conférences donnée en 1996, Pierre Bourdieu définit la violence symbolique : ce sont des coups en quelque sorte qui s’exercent avec la complicité tacite de ceux qui la subissent et de ceux qui l’exercent où les uns et les autres sont inconscients de subir cette violence.


Pierre Bourdieu (1996), Sur la télévision. Le champ journalistique et la télévision. DVD Vidéo, 110mn- Prod. : le Collège de France, le CNRS et Arts et éducation

Fashion

Vendredi, juin 10th, 2005

La mode est à la fois un moyen pour exprimer et accentuer son appartenance à un groupe social par l’imitation et dans un même temps d’affirmer son individualisation par la distinction. Ainsi, la mode répond à la fois à un besoin d’unicité et de conformité : elle permet à l’individu de s’individualiser en se distinguant par sa tenue vestimentaire sans pour autant se couper de son groupe d’appartenance : « La mode n’est rien d’autre qu’une forme de vie parmi beaucoup d’autres, qui permet de conjoindre en un même agir unitaire la tendance à l’égalisation sociale et la tendance à la distinction individuelle, à la variation ».


Simmel, G. (1904), Fashion, International Quarterly, 10, pp. 130-155

La mode et le vecteur de la norme

Mardi, juin 7th, 2005

L’individualisme

La motivation pour être à la mode est l’envie de se faire remarquer, d’être distingué. La mode est une manifestation d’individualisme et de marginalité. On cherche à se distinguer en ayant un habillement nouveau, original, jamais vu. La personne à la mode ne veut pas être habillée comme la masse, elle répond ainsi à un besoin d’isolement, d’exhibitionnisme, de différenciation. Il y a une exaltation de la différence dans ce besoin de ne pas être comme les autres et d’attirer l’attention. Il y a une provocation dans la mode, comme dans tout exhibitionnisme (voir Descamps, L’exhibitionnisme, in Encyclopédie de la sexualité, Ed. Universitaires, 1973). Il y a aussi chez bien des êtres, et surtout des jeunes, un besoin d’être regardé. S’ils n’attirent pas les regards d’autrui, ils ne se sentent pas exister. Dans tous ses travaux sur la mode, A. Krœber lui donne comme mobile principal le changement et la différenciation. La mode est, pour lui, essentiellement l’amour du changement pour le changement.

Le conformisme

Mais ce désir de se singulariser est commun à tout un chacun. Et chacun avec son désir individuel de ne pas être comme les autres est justement conforme en cela à tous les autres. La mode est, en effet, un phénomène de contagion imitative. Avec son désir de se singulariser par la mode, le résultat est que tout le monde se copie. Et finalement tout le monde s’habille pareil et se ressemble. Le meilleur exemple en est notre costume masculin qui, avec monotonie, s’uniformise sur toute la surface de la terre. Une mode n’existe, en effet, que si elle se diffuse. Et la mode c’est l’identification à un modèle prestigieux. Elle a par là une fonction unificatrice. Par l’exaltation de la ressemblance, la mode est un phénomène de conformisme. Pour Herbert Spencer (Les institutions cérémonielles, in Principes de sociologie, 1879), la mode est un rituel de ressemblance et non de différence. Par son adoption et sa diffusion, elle tend à l’égalisation. Elle est donc privilégiée par les sociétés démocratiques. L’enquête que fit Elisabeth Hurlock, en 1929 (The Psychology of Dress), confirme cette conclusion. La principale motivation des femmes interrogées était de ne pas se faire remarquer. Elles ne suivaient la mode que contraintes et forcées, pour être comme les autres.


Extrait de Descamps M.A (1979), Psychologie de la mode, PUF (1984)

Lois générales des champs

Dimanche, mai 22nd, 2005

La notion de champ, articulée avec celle d’habitus et de capital, exerce une fonction centrale dans le système explicatif développé par Pierre Bourdieu qu’il a commencé à développer dans le début des années 70. Ce dernier rappelle dans l’un de ses ouvrages (Bourdieu, 1984) les principales caractéristiques de ce concept qu’il a importé en sociologie.

Les champs présentent des lois générales, c’est-à-dire des lois de fonctionnement invariantes que l’on retrouve quels que soient les champs considérés. Un champ est constitué par la définition d’enjeux et d’intérêts spécifiques qui lui sont propres. Ces derniers n’ont de sens que pour les agents qui sont « construits » pour entrer dans ce champ c’est à dire dotés de l’habitus impliquant la connaissance et la reconnaissance des lois inhérentes du jeu et des enjeux sur lesquelles il est fondé. Tous les acteurs engagés dans un champ partagent un certain nombre d’intérêts fondamentaux liés à l’existence même du champ : une complicité objective est sous-jacente à tous les antagonistes.
Le champ se présente comme un système structuré de positions dans lequel les différents agents ou institutions sont en lutte les uns contre les autres. Ces luttes ont pour objet l’appropriation d’un capital spécifique au champ et/ou la redéfinition de ce capital. Ce dernier étant inégalement distribué, il existe donc des dominants et des dominés.
Les luttes ont pour enjeu le monopole d’une autorité spécifique (violence légitime) qui est caractéristique du champ considéré. Les agents ou institutions ont recours à deux grandes stratégies selon qu’ils sont positionnés comme dominants ou comme dominés. Pour les dominants il s’agit de garder la position qu’ils occupent et de perpétuer les principes qui fondent la domination c’est-à-dire conserver la structure de la distribution du capital. Les dominés sont voués aux stratégies de subversion. Ces dernières ne visent pas à remettre en cause les fondements même du champ, tout au contraire elles militent pour un retour aux sources, à l’origine, à l’esprit etc et ceci contre la banalisation et/ou la dégradation dont il a fait l’objet par les dominants au fil du temps.


Bourdieu, P. (1984), Questions de sociologie, Paris : Minuit

Champ social

Dimanche, mai 22nd, 2005

Lewin (1948 ; 1951) est l’initiateur du courant de recherches fondé sur la notion de dynamique de groupe. Il a transposé les apports de la théorie de la psychologie de la forme (Gestalt theory) relatifs à la perception dans l’étude des comportements individuels et l’étude des processus groupaux. Cette théorie montre que ce ne sont pas les éléments ou parties d’un champ mental qui ont une signification mais les relations entre les parties. Ainsi, dans le domaine de la perception ce ne sont pas les caractéristiques de chaque élément qui importent mais la façon dont l’acte perceptif les structure et les organise entre eux.

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Dali, L’image disparaît, 1938

Selon Lewin, pour rendre compte de la totalité d’un phénomène et de ses déterminants, il est nécessaire d’étudier les processus qui se développent à partir de l’interaction des éléments qui le compose, et non pas se focaliser sur les caractéristiques de ces éléments et chercher à établir des lois en fonction de la régularité de leur apparition. Lewin explique le comportement comme une coopération de la personne et de son environnement. S’appuyant sur le développement de la théorie des champs en physique, il a cherché à remplacer la causalité historique, qui explique un fait par des faits antérieurs, par une causalité dynamique, qui explique un fait par d’autres faits simultanés et organisés selon des rapports de force.

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Lutton, Rouages roses

Le groupe dans la conception lewinienne est conçu comme une « totalité dynamique » dont les propriétés ne se réduisent pas à la juxtaposition de ses parties ni seulement à l’une ou l’autre de ses composantes. C’est un système dont les différents éléments sont interdépendants. Il est toujours en interaction avec un environnement défini : milieu physique, social, culturel, etc. Ces environnements constituent une « assise écologique » du groupe où une certaine distribution des forces détermine le comportement d’un objet possédant des propriétés définies.

Le concept de champ social introduit par Lewin se définit essentiellement comme une totalité dynamique, constituée par des entités sociales coexistantes, pas nécessairement intégrées entre elles. A l’intérieur d’un même champ social peuvent coexister des groupes, des sous-groupes, des individus séparés par des barrières sociales ou reliés par des réseaux de communications. Ce qui caractérise avant tout un champ social, ce sont les positions relatives qu’y occupent les différents éléments qui le constituent. Ces positions sont déterminées à la fois par la structure du groupe, sa genèse et sa dynamique.


Lewin, K (1948), Resolving Social Conflicts, New York : Harper & Row
Lewin, K. (1951), Field theory in social science, New York : Harper & Row



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