blog-ART est dead. 2003-2008 / rip ............... RDV sur quepasa

Archive for the 'Comportement électoral' Category

Le poids de l’image des candidats dans la décision des électeurs

Jeudi, septembre 9th, 2004

Les théories qui ont cours sur l’image des dirigeants politique

Jonathan Kelley  a étudié l’image qu’a l’opinion publique des australiens concernant les dirigeants politiques étrangers et nationaux. Pour cela, il rappelle dans un premier temps les différentes théories qui ont cours sur l’image des dirigeants politiques.

>> La thèse de la figure proue du parti

Les citoyens ne voient dans le leader d’un parti politique que l’incarnation de son parti. Ainsi, l’opinion des citoyen vis à vis d’un leader politique reflète simplement l’allégeance durable des électeurs à tel ou tel parti politique. Dans ce cas, le rôle des dirigeants politiques est de représenter le parti auprès des média, d’exposer inlassablement ses thèmes et ses mots d’ordre, de mener la lutte du parti contre les adversaires. Ils quittent vite la place pour la céder à d’autres dirigeants sortis du même moule. Les électeurs sont indifférents au leader du parti qu’ils soutiennent : ils trouveront toujours de bonnes raisons de soutenir le « capitaine de l’équipe », quel qu’il soit et de mépriser le « capitaine » de l’équipe adverse.

>> La thèse de la figure proue nationale

Cette théorie rejoint celle de la « figure proue du parti » à la différence qu’elle s’intéresse à l’image des dirigeants étrangers : dans l’opinion publique, les dirigeants étrangers ne sont que le reflet de l’image de leur pays, ils n’ont donc aucune influence dans la politique intérieure.

>> La thèse du modèle idéologique

L’opinion qu’a l’électeur des dirigeants politiques est fonction de la proximité entre les orientations défendues par chaque dirigeant et les idéaux auxquels lui même adhère. Les électeurs considèrent que, tout comme les partis, les dirigeants leur présentent un ensemble de propositions qu’ils évaluent par rapport à leurs propres préférences, et ils choisissent ensuite rationnellement de donner leur voix au dirigeant dont les positions se rapprochent le plus des leurs.

>> La thèse du modèle individuel

Les électeurs jugent les dirigeants d’après les traits de leur personnalité : ils admirent les dirigeants dotés de vertus généralement appréciées ( ont le souci d’autrui, sont sympathiques…) et aussi de bons « chefs » présentant des traits de caractère propres à exercer un rôle de dirigeant (savent prendre des décisions, sont efficaces…)
Cette thèse implique que la façon dont sont perçu les dirigeants nationaux a un grand impact sur le vote.

>> La thèse de l’effet de démonstration

Cette thèse concerne surtout les dirigeants étrangers .

>> La thèse du « Grand Homme »

Dans ce cas, le parti politique ne fait que rassembler ceux qui sont attachés à la personne d’un « grand homme », ou  d’une «  grande famille ». Il s’agira par exemples d’un chef charismatique (de Gaulle en France), d’une fidélité héréditaire (pour la famille Gandhi en Inde).

Tableau récapitulatif

Jonathan Kelley, "L’image des dirigeants politiques étrangers et nationaux dans l’opinion publique : le cas australien" , Revue Internationale des Sciences Sociales, n°146, p 686,décembre 1995.

Le poids de l’image des candidats dans la décision des électeurs

Comme le notent Pippa Norris et ses collègues , il est vrai que les électeurs font leur choix avant tout en fonction du parti politique mais la personnalité du candidat joue un rôle également important. David P. Glass  a étudié l’effet des attributs personnels des candidats sur le vote au cours des élections présidentielles américaines de 1952 à 1984 ( à l’exception de celles de 1972 et de 1976). Sur cinq des sept élections examinées, Il montre que les attributs personnels des hommes politiques ont eu globalement un impact sur le vote aussi important et parfois plus important que les aspects politiques à proprement parlé.
Les hommes politiques ont un recours croissant à des consultants pour améliorer leur image. A ce sujet, Shawn W. Rosenberg et ses collègues  ont réalisé une étude aux Etats Unis afin de vérifier si cette pratique améliore effectivement l’image des candidats auprès des électeurs et dans quelle mesure elle peut influer sur leurs préférences. Après avoir recensé les composantes favorables de l’image d’un homme politique (traits du visage, habits, présentation), ils ont démontré qu’il était effectivement possible de façonner une image et ainsi d’influencer sur les résultats d’un vote.

 >> Structure des principaux traits de caractère qui infèrent dans le jugement politique

Carolyn L. Funk, dans son article « Understanding trait inference in candidate images » , expose les trois différentes approches ont été utilisées pour identifier la structure des traits de caractère qui infèrent dans le jugement politique.

   > Multidimensional Scaling des traits de caractère

La recherche en psychologie a étudié la structure des impressions des gens concernant la manière dont ils associent les traits de caractères (tel trait de caractère semble aller avec tel autre…).
A l’aide d’une multimensional scaling Rosenberg et ses collègues  ont mis en évidence deux dimensions de traits : la sociabilité et la compétence.

   La sociabilité

Les traits positifs de cette dimension sont heureux, sociable, chaleureux, naturel, honnête, sincère et serviable ; les traits négatifs : ennuyeux, malheureux, malhonnête, irritable, morose, et impopulaire.

  La compétence

Les traits positifs de cette dimension sont : habile, déterminé, travailleur ; les traits négatifs : impulsif, trop scrupuleux, soumis, naïf, maladroit, gaspilleur, frivole et inintelligent.

En 1980, Kim et Rosenberg , ont permis à des sujets de choisir leurs propres termes pour décrire la personnalité de célébrités. Ils ont ainsi trouvé des éléments pour établir de nouvelles sous catégories aux deux dimensions.

  >  La réponse aux questions ouvertes

Arthur Miller et ses collègues  ont analysé les réponses aux questions ouvertes concernant l’évaluation des candidats dans les enquêtes du National Electoral Studies de 1950 à 1980. Une analyse factorielle de ces réponses a permis de mettre en évidence cinq dimensions : la compétence, (expérience et capacité), l’intégrité (honnêteté et sincérité), la fiabilité (équilibré, résolu, fort, de confiance), le charisme ( communicatif, ayant de la dignité, de l’humilité et du patriotisme), et « d’autres caractéristiques personnelles » (catégorie résiduelle comportant des qualités personnelles comme l’âge, la religion, l’expérience militaire).

La compétence, l’intégrité et la fiabilité sont les trois dimensions les plus citées par les interviewés.
En 1993,Clive Bean  a analysé la réponse à des questions ouvertes concernant l’évaluation des leaders politiques à partir des études électorales en Australie et en Nouvelle Zélande. Les réponses étaient codées suivant les cinq catégories mises en évidence par Miller. La compétence et l’intégrité sont les deux qualités qui ont été le plus citées par les répondants.
Par ailleurs, en 1988 Brown  a montré que les qualités que les canadiens ont attribuées aux leaders politiques au cours des quatre dernières élections se rattachaient à l’intégrité, à la compétence politique et au « dynamisme » (un mélange entre la force et le charisme).

  >  L’évaluation des traits

Kinder et ses collègues  ont interrogé les répondants aux enquêtes du National Electoral Studies afin d’évaluer les candidats aux présidentielles à partir d’un nombre fini de termes de traits de caractère. Une analyse factorielle confirmatoire a permis de définir quatre dimensions permettant d’évaluer les candidats aux présidentielles : la compétence ( travailleur, intelligent et possédant des connaissances), le leadership (« pourvu d’un fort leadership », « fait respecter les ordres »), l’intégrité (modeste, a le sens de la morale, « donne le bon exemple ») et l’empathie (compatissant, gentil, « s’occupe des gens comme vous »).

Ces quatre dimensions ont parfois été scindées en deux : la compétence et l’intégrité, la compétence étant liée au leadership et l’intégrité fortement corrélée avec l’empathie.

>> Les traits qui importent dans l’évaluation des candidats

A partir de sa revue de littérature, Carolyn L. Funk estime pour sa part que la compétence, l’intégrité (ou la loyauté) et la sociabilité sont les trois dimensions déterminantes dans l’évaluation des candidats.

  > La compétence

L’ensemble des chercheurs en comportement électoral s’accordent sur le fait que la compétence du candidat se distingue particulièrement des autres catégories de traits de jugement et qu’elle est un important indicateur de l’évaluation globale d’un candidat. Différentes études ont montré que cette dimension est un déterminant significatif sur le choix électoral. Carolyn L. Funk  a étudié la façon dont les « experts en politique » évaluent les candidats selon deux indicateurs : la compétence et la chaleur du candidat. Il apparaît que les experts sont davantage sensibles à la compétence, ce qui semble pouvoir être, dans une certaine mesure, étendu à l’ensemble des citoyens.
Cet auteur a également mené une enquête auprès d’étudiants permettant de montrer l’impact de deux types de scandales (infidélité conjugale et fraude fiscale) sur l’évaluation des candidats aux élections . Dans les deux cas, l’impact est négatif, mais il l’est davantage en ce qui concerne la fraude fiscale. Les personnes les mieux informées accordent moins d’importance aux traits de caractère des candidats qu’à leur compétence politique et elles accordent plus facilement leur suffrage malgré leur mise en cause dans des scandales. Ainsi, la dimension de la compétence joue un rôle plus important que celle de la sociabilité.

Par ailleurs, Leonie Huddy et Nayda Terkildsen  ont mis en évidence que les citoyens ont recours à des stéréotypes pour évaluer la compétence d’un candidat suivant qu’il soit un homme ou qu’il soit une femme : les électeurs s’attendent généralement à ce que les femmes candidates aux élections soient plus performantes sur les problèmes sociaux, tandis que les hommes candidats seraient plus compétents en matière de politique étrangère et de défense.

  > L’intégrité (ou la loyauté)

Tout comme la compétence, l’intégrité représente un facteur important pour évaluer les candidats politiques. Ainsi, en 1980 Kinder et ses collègues  ont mis en évidence que l’intégrité était un élément important permettant de prédire l’évaluation des candidats. Ils ont réalisé une étude visant à définir quel serait le « président idéal » suivant ses traits de caractère. Il apparaît que l’honnêteté est l’attribut le plus cité.

  > La sociabilité (ou la chaleur)

La sociabilité est un aspect important dans l’évaluation d’une personne. Bien que cette dimension ait une influence sur le choix électoral, son impact est moins important que ceux des autres traits des candidats comme la compétence et l’intégrité.

>> Limites

Comme le soulignent Victor C. Ottati et ses collègues , l’évaluation cognitive et l’évaluation affective d’un candidat politique représentent deux dimensions distinctes et parfois opposées de l’attitude politique d’un individu. Si des liens existent entre la réaction affective du candidat et l’évaluation raisonnée de ses capacités, ils sont difficiles à identifier, étant largement inconscients pour l’individu concerné. Par ailleurs, Kathleen M. McGraw et ses collègues  ont montré que les opinions des citoyens concernant les caractéristiques qu’ils attribuent aux leaders politiques font systématiquement l’objet de biais : il apparaît que lorsque les individus sont proches de manière idéologique du leader politique, ils le qualifient avec ses grandes caractéristiques favorables et ne retiennent que quelques détails négatifs, alors que dans le cas inverse ils font le contraire.


Funk Carolyn L., Understanding Trait Inferences in Candidate Images, Research in Micropolitics, volume 5, pp 97-123, 1996.
Funk Carolyn L., Implications of Political Expertise in Candidate Trait Evaluations, Political Research Quarterly, Vol 50, n°3, pp 675-697, september 1997.
Funk Carolyn L, The Impact of scandal on candidate evaluations : an experimental test of the role of candidate traits, Political Behavior, Vol 18, n°1, 1996.
Glass David P., Evaluating Presidential Candidates : Who Focuses on Their Personal Attributes ?, Public Opinion Quarterly, VoL 49, pp 517-534, 1985.
Huddy Leonie, Nayda Terkildsen, Gender Stereotypes and the Perception of Male and Female Candidates, American Journal of Political Science, Vol.37, n°1, pp119-147, February 1993.
Kenney Patrick J., Tom W. Rice, A Model of Nomination Preferences, American Politics Quarterly, Vol.20, n°3, pp 267-286, July 1992.
Kelley Jonathan, L’image des dirigeants politiques étrangers et nationaux dans l’opinion publique : le cas australien, Revue Internationale des Sciences Sociales, n°146, pp 685-701, décembre 1995.
Kinder, D.R., M.D. Peters, R.P. Abelson, S.T. Fiske, Presidential Prototypes, Political Behavior, volume 2, n°4, pp 315-337, 1980.
Ottati Victor C., Marco R. Steenbergen, Ellen Riggle, The Cognitive and Affective Components of Political Attitudes : Measuring the Determinants of Candidate Evaluations, Political Behavior, Vol.14, n°4, 1992.
Pippa N., E. Vallance, J. Lovenduski, Do Candidates Make a Difference ? Gender, Race, Ideology and Incumbency, Parliamentary affairs, Vol 45, n°4, pp 496-517, october 1992.
Rosenberg S.W., S. Kahn, T. Tran, Creating a Political Image : Shaping Appearance and Manipulating Vote, Political Behaior, Vol 13, n° 4, 1991.

Le modèle psycho-politique du comportement de l’électeur

Vendredi, juin 4th, 2004

Présentation du modèle

Le déterminisme social développé par Lazasfeld et ses collègues est sévèrement critiqué par les chercheurs du Survey Research Center (SRC) de l’université de Michigan. A leurs yeux, il ne suffit pas de constater que les Noirs, les catholiques, les Juifs et les ouvriers votent plus souvent démocrate, il faut s’interroger sur la signification de ce vote. La religion, la position sociale ou l’appartenance ethnique leur paraissent impuissantes pour rendre compte des fluctuations électorales à court terme. C’est pourquoi, ils insistent sur la psychologie individuelle plus que sur l’appartenance de groupe, sur les perceptions politiques plus que les caractéristiques socio-culturelles des électeurs.

Ils font l’hypothèse que le vote est d’abord un acte politique, commandé par la perception qu’ont les électeurs des principaux objets politiques. Ils s’appuient pour le démontrer sur les enquêtes nationales menées au SRC de 1948 à 1956 à l’occasion de chaque élection présidentielle, auprès d’échantillons représentatifs de la population en âge de voter, interrogés avant et après l’élection . Le comportement électoral est analysé comme la résultante d’un champ de forces psychologiques, qu’ils mesurent au plus prés de l’élection considérée, en s’attachant surtout à explorer les attitudes des électeurs à l’égard des candidats, des partis et des programmes. La variable clé du vote à leurs yeux est « l’identification partisane », attachement affectif et durable de l’électeur à un des deux grands paris qui structure la vie politique américaine. Plus les électeurs s’identifient à un parti, plus ils sont favorables aux candidats et aux positions qu’il soutient. L’identification partisane, généralement forgée dès l’enfance et transmise par les parents, renforcée par le milieu social et professionnel, confère une grande stabilité aux choix électoraux.

Limites du modèle

Pendant près de vingt ans, le paradigme de Michigan va dominer l’analyse du comportement électoral. Il va toutefois très vite être mis en cause, tel V.O Key qui récuse la notion d’un électorat passif, prisonnier de « la camisole de force » des déterminants sociaux ou psychologiques, pour celle d’un électeur actif, raisonnable et autonome.
Mais la critique la plus décisive est portée par H.Nie, Sidney Verba et John R. Petrochik en 1976. Reprenant les mêmes données, celles des enquêtes du SRC (1956-1972), ils montrent que le modèle de Michigan, élaboré durant les années Einenhower, est dépassé et ne rend plus compte du comportement électoral des américains.


Campbell Angus, Converse Philip, Miller Warren, Stokes Donald, “The American Voter”, New York, Wiley and Sons, 1960
NieNorman H., Verba Sidney, Petrochik John R., “The Changing American Voter”, Harvard University Press, 1976
Mayer Nonna, Perrineau Pascal, “Les comportements politiques”, Armand Colin Editeur, Paris, 1992

Le modèle sociologique du comportement de l’électeur

Vendredi, juin 4th, 2004

Présentation du modèle

Ce modèle est associé aux travaux pionniers du sociologue Paul Lazarsfeld et de son équipe, à l’Université de Columbia . Lors de l’élection de 1940, qui oppose le républicain Willkie au démocrate Roosvelt, ils se proposent d’étudier l’effet de la campagne sur les choix électoraux. Un panel représentatif des habitants d’un comté de l’Ohio est interrogé tout au long de celle-ci à sept reprises.

Les résultats de l’enquête montrent que le vote d’un individu est principalement déterminé par son groupe social d’appartenance. Par conséquence, la campagne n’a eu aucun effet limité sur le choix politique des électeurs. Si les médias sont capables d’effets, ils sont cependant limités par une logique sociale de reproduction dont le poids est majeur.

Quatre ans plus tard, dans Voting, a Study of Opinion Formation in a Presidental Campaign, Lazarsfeld, Berelson et Mc Phee renforçaient ces conclusions en montrant que les individus qui avaient le plus changé d’opinion au cours de la campagne étaient en même temps ceux qui étaient le moins exposés aux média. Ils précisaient de plus les mécanismes psychosociologiques de la résistance au changement d’opinion en montrant l’existence d’un phénomène d’exposition sélective : la plupart des individus se préservent au changement en s’exposant aux messages qui s’accordent déjà préservent au changement en s’exposant aux messages qui s’accordent déjà avec leur opinion déjà constituée. Autrement dit, si l’effet de la communication est marginal en ce qui concerne les changements d’opinion, il est involontairement plus important en ce qui concerne des opinions existantes.

En 1955, Lazarsfeld publiait avec Elihu Katz Personnal Influence dans lequel ils élaboraient la théorie des « deux étapes du flux de la communication ». Non seulement les individus ne sont pas isolés dans l’exposition aux messages parce qu’ils les reçoivent à l’intérieur d’un groupe social d’appartenance, mais ils ne les reçoivent pas directement. Les messages émis sont reçus après avoir été interprétés par des « leaders d’opinion » qui font autorité à l’intérieur de chaque groupe social, parce qu’ils disposent d’une légitimité plus grande. Si la communication de masse n’atteint pas les individus isolés mais des individus insérés dans des groupes sociaux, elle ne les atteint pas non plus directement mais à travers la médiation d’individus capables de relayer ou de neutraliser le message diffusé.

Une étude réalisée par Jeffrey J. Mondak rejoint cette analyse. Par une approche quasi expérimentale, il montre que les médias favorisent la matière aux discussions politiques, mais que le choix de l’électeur participant à la discussion n’est pas influencé par le contenu spécifique de la discussion, mais plutôt par les positions de son interlocuteur.

Limites du modèle

Depuis une vingtaine d’années, deux évolutions importantes se sont produites : la médiatisation sans précédent des campagnes électorales et de la vie politique, d’une part, et le déclin des identifications partisanes de la stabilité électorale, d’autre part. Ceci a conduit à reconsidérer les facteurs à court terme _ et donc l’influence éventuelle des campagnes _ dans le vote. Aujourd’hui, quel que soit le modèle théorique d’explication du comportement électoral, les variables « communicationnelles » sont réévaluées à la hausse. D’une manière générale, les médias ne sont plus considérés comme un simple intermédiaire entre l’offre et la demande politique, mais comme doués d’une capacité contributive partiellement autonome.

A partir d’enquêtes menées à l’occasion des élections sénatoriales de 1992 en Californie, Darell M. West a pu évaluer l’impact des publicités politiques télévisées et de la couverture médiatique sur la façon dont les électeurs reconnaissent, évaluent et choisissent les candidats.
Il apparaît que l’influence des publicités varie considérablement selon le contexte politique : style de campagne électorale, interactions stratégiques entre les candidats, couverture médiatique. Les publicités ont eu un effet plus important concernant les élections où les candidats étaient peu connus et dont la campagne a été menée de manière volatile. Par ailleurs, les moins « experts en politique » sont davantage influencés par les publicités et les actualités. Kim Fridkin Kahn et Patrick J. Kenney parviennent à des conclusions similaires à partir de l’étude de 97 sénatoriales entre 1988 et 1992 : l’intensité d’une campagne électorale influe sur les critères d’évaluation des candidats des électeurs. L’environnement électoral intense affecte en priorité les « moins experts » et renforce les facteurs idéologiques et politiques « des plus experts ».



Braud Philippe, “Sociologie Politique”, L.G.D.J, 3°éd, 1996.
Katz Elihu , Lazarsfeld Paul, “Personne influence”, The Free Press, 1955
Lazarsfeld Paul, Berelson Bernard, Gaudet Hazel,“The People’s Choice”, 2° édition, New York, Columbia University Press, 1948
Mayer Nonna, Perrineau Pascal, “Les comportements politiques”, Armand Colin Editeur, Paris, 1992
Mondak Jeffrey J., “Media Exposure and Political Discussion in U.S. Elections”, The Journal of Politics, Vol 57, n° 1, pp 62-65, February 1995

Le modèle du choix rationnel du comportement de l’électeur

Vendredi, juin 4th, 2004

Présentation du modèle

Les électeurs sont de moins en moins nombreux à s’identifier à un parti politique, l’intensité des identifications partisanes a baissé. Au sein de la famille, les préférences politiques se transmettent moins bien. En 1972, la moitié seulement des jeunes de moins de trente ans s’identifient au même parti que leurs parents, soit une chute de 20 points par rapport à 1958. Ceux qui rejettent le modèle parental ne se sentent pas pour autant proches du parti adverse. Ils viennent grossir les rangs des indépendants . La classe sociale, la religion, l’appartenance syndicale, ethnique ou régionale déterminent moins les identités partisanes. Concernant ceux qui déclarent avoir une identité partisane, elle guide de moins en moins leurs choix politiques et est de moins en moins prédictive du vote. De la fin des années cinquante au milieu des années soixante-dix, la proportion d’électeurs votant pour un autre candidat que celui du parti auquel ils s’identifient a doublé, atteignant 27% lors de l’élection présidentielle, 56% lors des élections locales.

Parallèlement au déclin du vote partisan, on assiste à la montée du issue vote ou vote sur les enjeux, sur les problèmes spécifiques à chaque élection. C’est avec Anthony Downs que naît le concept d’électeur-rationnel, ou encore d’électeur stratège. L’électeur qu’il décrit est le frère jumeau de l’homo economicus. Les acteurs politiques sont « rationnels » dans la mesure où ils cherchent à adapter les moyens aux fins qu’ils poursuivent. Les partis sont des entreprises politiques qui cherchent à maximiser les votes en leur faveur et les électeurs votent pour celui qui leur procure le plus de bénéfice ou d’utilité au moindre coût. Le modèle repose sur un certain nombre de présupposés. L’électeur est capable de choisir entre plusieurs alternatives et de hiérarchiser ces alternatives en fonction de ses préférences : il cherche à optimiser son gain dans une situation donnée. Ainsi par exemple, l’électeur rationnel pourra préférer un compétiteur qui partage des idées moins proches que les siennes mais dont les perspectives de succès sont meilleures (vote utile) ; de même pourra-t-il ne prendre en compte qu’un aspect seulement du programme des candidats s’il estime qu’il concerne directement son intérêt personnel.

Ce type de modèle explicatif permet de prendre en compte assez bien deux phénomènes : 

     • L’existence des indécis

Les enquêtes électorales mettent en évidence le fait qu’en début de campagne une certaine proportion de citoyens ne savent pas encore s’ils vont voter ou s’ils y sont décidés, ils n’ont pas arrêté leur vote. On peut donc s’imaginer qu’ils s’apprêtent à s’informer avant de décider. Dès lors, le bilan des gouvernants, la qualité de la campagne avec ses enjeux et ses thèmes saillants, les personnalités qui la mènent, joueraient un rôle majeur pour déterminer les citoyens à participer, et pour orienter leur suffrage.

     • La volatilité electorale, c’est à dire la mobilité des comportements d’une consultation à l’autre

D’après une enquête longitudinale menée sur une période de quinze ans par Hidle Himmelweit et une équipe de psychologues, 30% des Britanniques seulement ont voté pour le même parti dans six consultations nationales successives. Les auteurs montrent ainsi que la mobilité électorale est la règle et la stabilité l’exception, contrairement au postulat du paradigme de Michigan.. Ils proposent un modèle synthétique d’explication du vote, celui de « l’électeur-consommateur ». La décision de vote est assimilée à une décision d’achat, l’achat d’un parti politique . Comme un consommateur ordinaire, l’électeur réagit à l’éventail des biens qui lui sont proposés (candidats, programmes). Il est également influencé par ses habitudes d’achat (votes passés), par la préférence éventuelle pour certaines marques (identification partisane) et par la pression de certains groupes de référence (voisinage, milieu professionnel, milieu familial). Mais chaque élection offre l’occasion d’une nouvelle décision d’achat, car les biens offerts ne sont jamais identiques.

Limites du modèle

En démocratie pluraliste, les candidats sont portés à tenir des discours tous azimuts c’est à dire en direction des catégories sociales les plus variées : les jeunes mais aussi les retraités, les salariés des villes mais aussi le monde rural, les intellectuels aussi bien que les ouvriers, les petits commerçants comme les ingénieurs, etc. Il est donc difficile de hiérarchiser les promesses cumulées et parfois contradictoires. A supposer que l’électeur veuille opérer un choix éclairé, et totalement rationnel de son point de vue, il ne se trouve jamais dans des conditions optimales d’information : celle ci surabonde ou fait défaut. Même pertinente, l’information peut être contredite de façon apparemment justifiée, tandis qu’à l’inverse des informations non vérifiables lui sont proposées sans examen. Enfin, les contraintes de tous ordres qui pèsent sur les gouvernants, qu’elles soient d’ordre juridique, financier, technique, économique, politique etc. ne permettent jamais de garantir l’adéquation entre les promesses électorales et les mises en œuvre gouvernementales, et cela sans qu’il faille nécessairement imputer ce décalage à la tromperie ou la mauvaise foi.

Une seconde catégorie de réserves concerne la notion même de marché, lieu symbolique où s’ajustent une offre : celle des professionnels de la politique, et une demande : celle des électeurs en quête de satisfaction optimale. Selon Jean-Louis Missika , le « marché politique » ne peut être en aucun cas assimilé au marché économique : sur le « marché politique », la valeur d’échange est la confiance. L’offre joue la plupart du temps un rôle de structuration de la demande politique parce que c’est elle qui doit désigner les problèmes collectifs justifiant un traitement politique. L’auteur soutient que les citoyens acceptent de s’intéresser à un débat politique seulement si le temps qu’ils y consacrent et l’effort cognitif requis soient limités. Il rejoint le modèle de rationalité limitée proposé par March et Simon et repris par Crozier et Friedberg : l’individu décide de façon séquentielle et s’arrête à la première solution qui dépasse un seuil minimal de satisfaction. Ainsi, pour Jean-Louis Missika, les électeurs ne disposent de tous les éléments pour juger. Pour former leurs choix et leurs opinions politiques, les individus se servent « d’abrégés de la décision » : ce sont des propositions simples et rapides à partir desquelles les acteurs prennent leurs décisions ou formulent leurs jugements. Ces abrégés sont la plupart du temps de la forme « X est vrai » et « il faut X ».



Braud Philippe,“Sociologie Politique”, L.G.D.J, 3°éd, 1996.
Anthony Downs, “An Economic Theory of Democracy”, New York, Harper and Brother, 1957.
Hidle Himmelweit, Patrick Humphreys, Marianne Jaeger, “How Voters Decide, A longitudinal study of political attitudes and voting extending over fifteen years”, 2ème édition révisée, Strarford, Open University Press, 1985.
Missika Jean-Louis,“Les abrégés de la décision, Médiapouvoirs”, n°38, p 53-62.2e trimestre 1995.
J.G. March, H.A. Simon, Organizations, Wiley, New York, 1958 ; M. Crozier, E. Friedberg, “L’acteur et le système”, Le seuil, Paris, 1977.



certains droits réservés - some rights reserved
certains droits réservés - some rights reserved


certains droits réservés - some rights reserved