Archive for the 'Expérientiel' Category

Le sujet de l’expérience

Lundi, avril 19th, 2004

L’expérience agit sur le sujet, le transforme autant par ce qu’elle lui apprend (le contenu de l’expérience) que de la façon dont elle lui apprend : vivre une expérience ne consiste pas à comprendre un contenu de pensée de façon abstraite et désincarnée mais fait appel aux émotions, sensations, sens, déborde sur de nombreuses autres expériences…

Prenons l’exemple du contenu de l’expérience suivante : « j’entends gronder l’orage ». Je suis capable de caractériser le son qui parvient à mes oreilles : je reconnais le grondement d’un orage ; j’accepte cette croyance et la considère comme vraie justifiée. L’effet que produit ce son fait partie de l’expérience autant que son contenu. L’expérience vécue peut être aussi bien agréable que désagréable, une multitude de pensées, d’impressions, de sensations peuvent émerger par ce que me fait éprouver cette expérience. Je n’entends pas qu’un orage mais me souviens m’être abrité l’été dernier de la pluie dans un refuge dans les Pyrénées, je redoute que la cave inonde, je me dis que c’est le moment où jamais de sortir mon cerf-volant (!)….



Barberousse Anouk (1999), L’expérience, Flammarion, collection Corpus

Expérience autotélique

Mardi, avril 13th, 2004

Au début de ses travaux, Mihaly Csikszentmihalyi n’employait  pas le terme Flow mais celui d’expérience autotélique (du grec auto, soi et telos, but). L’équipe du chercheur a préféré l’emploi du terme “Flow” qui bien qu’étant moins précis bénéficiait d’une connotation moins conceptuelle qui a permis d’étendre sa diffusion : “I am sure that if we had continued to use the precise but cumbersome autotelic experience, few people outside the academic community would have pay attention” (Csikszentmihalyi , 2000)


L’expérience autotélique relie les activités autotéliques aux personalités autotéliques. “An autotelic experience is a psychological state, based on concrete feedback, which acts as reward in that it produces continuining behaviour in the absence of other rewards.”
Activité autotélique : “Autotelic activities are patterns of action which maximize immediate, intrinsic rewards to the participant”
Personalité autotélique : “An autotelic person is one who is able to enjoy what he is doing regardless of whether he will get external rewards of it”



On peut dire qu’une activité autotélique est une activité qui offre des expériences autotéliques et qu’une personnalité autotélique est une personnalité qui a tendance à éprouver de telles expériences. Cependant, on ne peut pas admettre que la plus universelle des activités gratifiantes sera vécue de manière autotélique à n’importe quel moment ou qu’une personne particulièrement sensible à la gratification intrinsèque appréciera une expérience donnée.

Fonction(s) sociale(s) de McDonald’s

Mardi, mars 23rd, 2004

La  principale fonction sociale conférée à McDonald’s est celle qui est la plus factuelle :  la « Mégamachine » de la modernité (Olivier Badot, 2000).

Serge Latouche (1995) introduit le concept de Mégamachine ainsi : «…dans ces organisations de masse, combinant la force militaire, l’efficience économique, l’autorité religieuse, la performance technique et le pouvoir politique, l’homme devient le rouage d’une mécanique complexe atteignant une puissance quasi absolue : une Mégamachine (…) La Mégamachine est tout aussi bien moderne, occidentale, développernentiste, progressiste, rationnelle et technoscientifique ».
Le back office (les tâches administratives et les actions marketing.) d’un restaurant McDonald’s est régi selon des règles et des normes précises et strictes. Règles juridiques, règles d’hygiène et de sécurité, règles de qualité, procédures de recrutement, formation, apprentissage à la philosphie McDonald, uniforme et tenue du personnel, musique d’ambiance, approvisionnement, fournisseurs, méthodes de management et d’organisation… : autant de règles et de normes auxquelles exploitants et salariés doivent répondre et ne peuvent prendre l’initiative de déroger. Ainsi, chaque exploitant Mcdonald’s reçoit un manuel de procédure de 600 pages (ingrédients à utiliser, hygiène, contrôle de qualité, organisation…). Cette standardisation et cette rationalisation de l’organisation McDonald’s fait écho à la mécanisation et à la division des tâches du fordisme et du taylorisme, composante de la Mégamachine. Ainsi, aussi bien en cuisine, en caisse ou en salle, les équipiers McDonald’s du monde entier effectuent les mêmes gestes dont l’efficacité a été rigoureusement calculée. Où que ce soit, le même type de hiérarchie est mise en place. Les gérants des restaurants théoriquement indépendants (74,6% de restaurants détenus en propre), sont en réalité encadrés: ils doivent s’approvisionner chez les mêmes fournisseurs, vendre exactement les mêmes produits et appliquer les mêmes procédures. L’organisation rationnelle de l’espace prévoyant la meilleure articulation entre la zone de livraison, la cuisine, les caisses…,ainsi que le degré de technicité de l’équipement des restaurants avec l’utilisation de machines très fonctionnelles et ergonomiques traduisent à nouveau le souci d’optimisation des ressources pour la meilleure productivité de l’outil de production.

Productivité, performance, automatisation, industrialisation : autant de maîtres-mots qui caractérisent la Mégamachine McDonald’s. Ainsi, les clients entrent machinalement dans la file d’attente, optent pour un menu prédéfini parmi un choix très restreint dont la composition, les portions et le mode de préparation sont standardisés et imposés…et acceptés sans discussion…une offre par ailleurs rassurante et sécurisante, il n’y a pas à réfléchir, tout est prévu et bien organisé, il n’y plus qu’à se laisser porter…Assis sur des chaises fixes, inconfortables, le menu est vite englouti mécaniquement sans être vraiment regardé ni savouré…le client McDo se présente tel un automate en rupture de lien social…

Si l’entreprise McDonalds peut être analysée et comprise  comme étant une organisation bureaucratique qui  développe le modèle hérité du fordisme de l’entreprise productiviste, une deuxième approche beaucoup moins prégnante est à considérer.

Une deuxième fonction sociale de McDonald’s beaucoup moins évidente à cerner car latente :  la trangression de l’ordinaire

Cette trangression de l’ordinaire semble se traduire selon Olivier Badot (2000) “par une mise en sourdine des conventions et le détournement de l’espace (organisé ou non par l’entreprise), par une symbolique très axée sur des « héros du sous-sol » et sur le « bricolage » (au sens symbolique), par une présence importante du jeu et des loteries sous toutes leurs formes, et par une imagination tous azimuts par l’ “infra-ordinaire” et le familier”.

Face à un environnement excessivement standardisé, normé et réglé le client va réagir et marquer son opposition en reconquérant ces lieux  : il se les approprie et en leur donnant du sens et donc reprend sa liberté volée…(Daniel Pinson, 1993). McDonald’s va ainsi se transformer en une cours de récréation où les enfants courent, crient, chahutent comme sur un terrain de jeux…les enfants comme les adultes procèdent à une transgression du conventionnel repas domestique : point de couverts pour la plupart des menus : on mange avec les mains, les sauces dégoulinent, on se laisse emporter sans véritable retenue par des élans boulimiques. Gobelets en plastique, pailles, plateaux transforment l’art de la table traditionnel…Les clients s’affranchissent ainsi de la routine quotidienne et de la part d’enfermement qu’elle représente (Karim Gacem, 1999).


Références clés

Pour une analyse approfondie de ces deux fonctions sociales de McDonald’s, consulter l’article d’Olivier Badot : Le recours à la méthode ethnographique dans l’étude de la ’fonction latente’ d’une entreprise de distribution : le cas McDonald’s”, Actes de la 5e Journée de Recherche en Marketing de Bourgogne ’Distribution, Achat et Consommation’, CREGO et IAE de Dijon, Dijon, 23 novembre 2000

L’Introduction à l’ouvrage de Serge Latouche (1995), “La mégamachine : raison technoscientifique, raison économique et mythe du progrès : essais à la mémoire de Jacques Ellul” est consultable en ligne à cette adresse : http://www.revuedumauss.com.fr/media/MEGA.pdf

Les Royaumes de l’Expérience

Mardi, mars 16th, 2004

Une expérience peut engager les clients sur un nombre important de dimensions. B. Joseph Pine II et James H. considèrent deux dimensions majeures : le degré de participation du consommateur et le type de connexion ou de relation environnementale qui unit le consommateur à l’expérience.

     > Le degré de participation : 
       >>  la participation passive où les consommateurs n’affectent pas ou n’influencent pas directement la représentation de l’évènement en cours. Par exemple les cinéphiles qui expérimentent l’évènement (la projection du film) comme de purs spectateurs : ils regardent, ils écoutent…mais n’interfèrent pas dans le film qui est projeté 
       >> la participation active où les consommateurs affectent personnellement la réalisation ou l’évènement de l’expérience. Les skieurs par exemple qui participent activement à la création de leur expérience sont des participants actifs. Néanmoins, les personnes qui assistent à une compétition de ski ne sont pas complètement passives : par leur simple présence, elles contribuent à l’évènement oral et visuel que d’autres « expériencent ». 

     > Le type de connexion qui unit le consommateur à l’expérience 
       >> l’absorption : l’attention de l’individu est absorbée, l’expérience est dans son esprit 
       >> l’immersion : l’individu devient physiquement (ou virtuellement) une part de l’expérience elle-même. Par exemple, l’étudiant qui réalise une expérimentation chimique dans un laboratoire est davantage en immersion que s’il avait simplement fait la lecture de cette même expérimentation dans un manuel

Le croisement de ces dimensions définit les quatre royaumes d’une expérience : amusement (entertainment) éducation (education), évasion (escape) et esthétisme (estheticism)

     The Experience Realms, B. Joseph Pine II et James H (The Experience Economy, Work Is Theatre Every Buisness a Stage, 1999)

Douglas B. Holt

Lundi, mars 15th, 2004

Douglas B. Holt , professeur assistant en marketing à la Harvard Buisness School s’inscrit dans le courant postmoderniste. En 2000, il a publié avec Juliet Schor l’ouvrage “The Consumer Society Reader”.

Articles majeurs :

     - “Does Cultural Capital Structure American Consumption?” .  The Consumer Society Reader (2000), J. Schor and D. Holt, eds., pp. 212-52.

     - “Post-Structuralist Lifestyle Analysis: Conceptualizing the Social Patterning of Consumption in Postmodernity.” Journal of Consumer Research 23 (March 1997) : 326-350.

     - How Consumers Consume: A Typology of Consumption Practices.” Journal of Consumer Research 22 (June 1995) : 1-16.

Typologie des pratiques de consommation

Lundi, mars 15th, 2004

Dans son article “How Consumers Consume : A typology of Consumption Practices” publié en 1995 (Journal of Consumer Research. Gainesville, June 1995. Vol. 22, No. 1), Douglas B. Holt rappelle que la recherche traditionnelle sur le comportement du consommateur s’articule autour des attributs de l’objet de consommation, c’est à dire ses caractéristiques fonctionnelles et les bénéfices qu’il procure.

Depuis une vingtaine d’années, un autre courant de recherche a émergé avec notamment le recours à des méthodes ethnographique et phénoménologiques. La recherche de cet article est basée sur la perspective sociologie constructiviste et interactionniste : consommer est vu comme un type d’action sociale.

Holt a relevé au sein de la littérature trois grandes métaphores distinctes de la consommation : 

     > Consommation comme expérience dont les principaux auteurs  (Holbrook et Hirschman (1982) ; Belk, Wallendorf et Sherry 1989 ; Celsi, Rose, et  Leigh 1993) regardent la consommation comme un phénomène psychologique selon une perspective phénoménologique, soulignant les états émotifs surgissant pendant la consommation.

     > Consommation comme intégration  où Rook 1985, Belk 1988, McCraken 1986 décrivent comment les consommateurs acquièrent et manoeuvrent des significations d’objet. A travers une variété des pratiques de consommation, les consommateurs peuvent intégrer l’individu et l’objet, accédant ainsi  aux propriétés symboliques de l’objet .

     > Consommation comme classification (Levy 1959, Shalins 1976, Douglas, 1979) : les objets consommés sont utilisés pour classifier, situer les consommateurs dans le monde social.

Un quatrième type de consommation est développé par l’auteur : 

     >  Consommation comme jeu : cette quatrième dimension de la consommation a reçu peu d’attention dans la littérature (Sherry 1990, Arnould and Price 1993). Pourtant elle est un aspect important de la consommation.

Métaphores pour la consommation 

     > La structure de la consommation : en termes de structure, consommer consiste à la fois :
       >> aux actions à travers lesquelles les consommateurs engagent directement des objets de consommation (Action sur les objets) 
       >> aux interactions avec les autres personnes où les objets de la consommation servent de ressources focales (Actions interpersonnelles) 

     > Le but de la consommation 
       >> actions autotéliques : les actions sont des fins en soi
       >> actions instrumentales : les actions sont des moyens pour atteindre un but différent

La consommation est un mode d’action dans lequel les individus utilisent la consommation d’objets de différentes manières. Cette typologie suggère que les quatres métaphores de consommation sont intercorrélées (experience, intégration, jouer, classification).

Donna L. Hoffman et Thomas P. Novak

Mercredi, mars 3rd, 2004

Donna L. Hoffman et Thomas P. Novak sont professeurs de marketing,  co-directeurs et co-fondateurs d’eLab à l’université de Vanderbilt, l’un des premiers centres de recherche du monde  sur le commerce electronique.  L’un de leur principal champ de recherche est la mesure de l’expérience optimale (Flow) du consommateur lorsqu’il navigue sur Internet.

                                        

                                       Donna L. Hoffman          Thomas P. Novak

Articles majeurs :

Measuring the Customer Experience in Online Environments : A Strucural Modeling Approach, Winter 2000, Marketing Science, volume 19, n°1, pp 22-42        

Marketing in hypermedia computer-mediated environments : Conceptual foundations, July 1996, Journal of Marketing, volume 60, n°3, pp 50- 68

Deux modèles d’expérience

Mercredi, mars 3rd, 2004

« Induction émotionnelle » : dimensions psychosensorielles

- Stimulation des cinq sens 
     > Atmosphère : la qualité de l’environnement

- Influence de l’environnement physique sur le comportement d’approche ou d’évitement 
      >>>L’individu réagit aux stimuli émis par le magasin : en suscitant des réactions émotionnelles, cela induit certains comportements physiques, prolonge le temps pass酠
                > Création d’une expérience de « magasinage plaisante »
                                                       MAIS 
                > Quelle influence sur les comportements d’achat ?

          - Sur évaluation de l’influence des facteurs sensoriels sur les émotions vécues par le consommateur ? 
                    > Le consommateur est censé réagir passivement à son environnement : vision simplificatrice
                    >La relation individu-environnement est interactive : rôle productif du consommateur

Immersion du consommateur dans l’expérience

- Processus d’accès à l’expérience du flow 
     > Processus immédiat « plongeon » 
     > Etat final : être immergé dans son contexte, son univers, son environnement particulier ?
                        « Expérience incorporée »

- Composante praxéologique : les méthodes mises en œuvre par les consommateurs pour accéder à l’expérience 
     > Cet accès requiert des compétences et aptitudes qui ne sont pas systématiques ni évidentes
     > « Etre dans la place » ne suffit donc pas

Delphine Baillergeau

Appropriation

Mardi, mars 2nd, 2004

Appropriation de l’espace : « Un système d’emprise sur les lieux qui englobe les formes et types d’intervention sur l’ espace qui se traduisent en relations de possession et d’attachement. L’ appropriation s’exprime ainsi par un style d’occupation de l’espace, propre à un individu ou à un groupe » (Fischer, 1997)

Les principales opérations d’appropriation de toute expérience de consommation :
     - La nidification : la création d’un chez-soi : le consommateur isole une partie de l’expérience qui lui est familière et dans laquelle il s’installe
     - L’exploration : repérer de nouveaux produits ou activités, développer des points d’ancrage et de contrôle ;
     - Le marquage : le consommateur inscrit un caractère personnel à l’expérience : il va imprimer un sens particulier à l’expérience à partir de ses propres référents

Csikszentmihalyi

Mardi, mars 2nd, 2004

Mihaly Csikszentmihalyi, Ph.D., professor and former of the department of psychology at the University of Chicago, is currently The Davidson Professor of Management and director of the Quality of Live Center at Claremont Graduate University in California. He is autor of Flow. His books include the bestselling Beyond Boredom and Anxiety (1975), The Psychology of Optimal Experience (1990), Creativity : Flow and the Psychology of Discovery and Invention (1996), and Finding Flow : The Psychology of Engagement with Everything in Life (1997)°. He is a member of the American Academy of Education, the American Academy of Arts and Sciences, and the National Academy of Leisure Sciences. For a fench translation : Vivre : La psychologie du bonheur (2004)

http://www.brainchannels.com/thinker/mihaly.html

                                                                                                                                                                                                                                         


Quelques articles parus dans la presse française :

http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2044/a229235.html

http://www.courrierinternational.com/psychologie/110803.htm

http://www.liberation.com/page.php?Article=159371



certains droits réservés - some rights reserved
certains droits réservés - some rights reserved


certains droits réservés - some rights reserved