Archive for the 'Méthodologie' Category

La notion de paradigme

Mercredi, avril 20th, 2005

Toute analyse d’un phénomène se fait en faisant appel à un paradigme. Lorsque nous cherchons à conférer du sens à un phénomène, c’est-à-dire à le rendre intelligible, naît la confrontation entre ce nous appelons « la réalité » à un certain nombre de références servant de projet ou de décodage. Le paradigme est utilisé par le chercheur pour transformer une appréhension de la réalité en une représentation scientifique. Il s’agit d’un mécanisme perceptif et cognitif qui transforme la réalité en représentation : il procède à des sélections et des recompositions afin de pouvoir donner du sens à une réalité. Il est un ensemble d’éléments épistémologiques, théoriques, conceptuels et cohérents, « qui servent de cadre de référence à la communauté des chercheurs de telle ou telle branche scientifique » (Kuhn, 1962). A noter que lorsque la réalité est complexe, le paradigme est forcément réducteur.

Exemple de paradigme : le paradigme de la disconfirmation


Mucchielli A. (1995), Psychologie de la communication, Puf
Kuhn T.S. (1962), La structure des révolutions scientifiques, Flammarion, 1972

La méthode expérimentale

Mercredi, avril 6th, 2005

La méthode expérimentale a été mise au point dans les sciences médicales. C’est par exemple la méthode qu’a employé l’obstétricien hongrois Ignace-Philippe Semmelweis lorsqu’il a mené une série d’expérimentation de 1844 à 1848 concernant la fièvre puerpérale qui touchait une part importante des femmes qui venaient d’accoucher et entraînant un taux de décès élevé. Partant du constat que dans une maternité voisine, où les femmes étaient prises en charges par des sages femmes, la mortalité y était cinq fois moindre, Semmelweis s’interrogea sur les causes possibles de ce taux anormalement élevé d’infection puerpérale. Dans sa maternité, les jeunes mères étaient suivies par des étudiants passant indifféremment de l’amphithéâtre d’anatomie où ils travaillaient sur des cadavres à la salle d’accouchement en se lavant les mains superficiellement. En 1847, un confrère pratiquant une autopsie avec un étudiant s’entailla profondément un doigt avec un scalpel et mourut d’une maladie douloureuse dont les symptômes étaient en tous points comparables à ceux observés sur les patientes atteintes de la fièvre puerpérale.
Semmelweis posa alors l’hypothèse que le scalpel cadavérique introduit dans le sang de son confrère était la cause de son décès et que les jeunes mères avaient contracté leur infection de la même manière. Eliminer des mains des étudiants l’élément infectieux en le détruisant chimiquement devait donc permettre d’éviter la fièvre puerpérale.
Pour mettre son hypothèse à l’épreuve, il demanda à tous les étudiants de se laver les mains dans une solution de chlorure de chaux avant d’examiner une patiente : le taux de mortalité baissa rapidement pour devenir presque nul. Semmelweis avait par ailleurs mis en place un groupe de contrôle : lui et ses assistants après s’être désinfectés les mains examinèrent une patiente atteinte d’un cancer du col de l’utérus, puis douze autres femmes dans la même salle après un lavage de mains superficiel, sans nouvelle désinfection : onze des douze femmes moururent de la fièvre puerpérale…Son hypothèse était donc validée ( !)

Une expérimentation bien menée peut constituer un outil très puissant qui permet d’administrer la preuve des théories que l’on soutient. Deux grandes limites à cette méthode peuvent être soulignées : le biais de l’expérimentateur et la sélection des sujets.
En psychologie sociale, les expérimentations sont réalisées sur des sujets humains qui se portent volontaires pour participer à une procédure expérimentale.

Cette dernière se déroule selon un ensemble bien précis de consignes que l’expérimentateur présente à son sujet. Mais il se peut que l’expérimentateur livre sans le vouloir des indices sur le comportement et les réponses à adopter (ceci afin de valider au mieux les hypothèses formulées à priori). Pour éviter cela, les chercheurs ont recours à l’expérimentation en double aveugle où ni l’expérimentateur ni le sujet ne sont informés des objectifs réels de l’expérimentation.
Concernant la sélection des sujets, le deux principaux problèmes rencontrés sont liés à la petite taille de l’échantillon et à la représentativité des sujets de la population.

Réseau social

Samedi, mars 26th, 2005

La sociologie des réseaux sociaux est un ensemble de méthodes, de concepts, de modèles mis en œuvre en sciences sociales consistant à ne pas prendre pour objet d’étude les attributs de l’ unité sociale étudiée (les variables socio-démographiques des individus par exemple) mais les relations entre les unités sociales et les régularités qu’elles présentent.

Un réseau social peut être défini comme constitué d’un ensemble d’unités sociales entretenues les unes avec les autres, directement ou indirectement, à travers des chaînes de longueurs variables. Ces unités sociales peuvent être des individus, des groupes informels d’individus, des organisations plus formelles comme des associations, des entreprises, voire des pays. (Mercklé, 2004)

Le réseau peut être vu comme une réponse alternative individu/groupe dans la mesure où il correspond à un engagement ponctuel où seule une partie de l’individu s’investit. Moins normatif et contraignant que le groupe, il est possible d’y rentrer quand on veut et d’en sortir sans se faire remarquer.

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Les différents types de réseau


Mercklé P. (2004), Sociologie des réseaux sociaux, Paris, La Découverte, coll. "Repères"

Scénarisation et montage du film ethnographique

Dimanche, mars 20th, 2005

Le cinéaste, anthropologue ou non, filme des situations concrètes et des individus qui les vivent pour faire comprendre des fonctionnements globaux d’une société, tant collectifs qu’individuellement enkystés. Il y a là, déjà une scénarisation. Un propos abstrait, un concept ne peut être illustré. Il faut sortir nécessairement de la théorie, de la construction préalable d’un projet sur une idée-force que se fait tout auteur, pour entrer dans le vivant, le concret, le vif.

 Dès qu’est acceptée cette fondamentale et nécessaire transposition, tout le reste s’inscrit : le montage, que l’on sent se faire, semble-t-il, dès la prise de vues, et ces divers arbitraires qui s’accumulent et qui font sens, depuis le choix du sujet à celui des individus exemplaires, à celui des situations qui doit parfois tout au hasard. Il faut s’appuyer sur le montage et la construction dramaturgique, pour élaborer ce suspense tout intellectuel, sans lequel il n’y aurait ni curiosité, ni science possible, ni cette empathie de l’homme à l’homme. Il faut se laisser porter par le terrain, l’occasion, ce qui se présente…

Mais ce problème du choix des images porteuses d’évocations plus larges, théoriques ou non, n’est pas le propre du cinéma anthropologique. Certes, on nous montre des cas singuliers comme ayant valeur de standard, mais nous pouvons faire la même critique à toute observation ethnologique, et elle a été faite notamment à toute l’entreprise si rigoureusement montée par G.P. Murdock, de l’Ethnographie Atlas : où et quand commence une culture ? Si un point donné sur une carte peut la représenter valablement, simultanément un individu du groupe pointé sur la carte est-il l’efficace porteur de l’ensemble culturel que représente ce point précis et plus largement de l’ensemble de la culture dont ce point précis est le représentant ? La question est vaste et vivement débattue depuis longtemps. Mauss et le Mélanésien, Auge et le promeneur qui traverse le Luxembourg… Aussi bien jugerons-nous d’emblée que le problème de l’adéquation et de la généralisation est le même, tant pour le film que pour le texte savants. Il n’y a pas là de spécificité propre au cinéma.

Les postulats scientifiques sont difficiles à faire passer quand les situations exigent l’individualisation des acteurs. On s’intéresse à tel individu exemplaire. Rien ne sert de montrer, même de près, commentaire à l’appui, la ruche bourdonnante ou la termitière, si le gros plan ne donne pas la possibilité de voir en action telle ouvrière, tel guerrier, la reine pondant, les larves, ou si une coupe transversale ne permet pas de voir d’un coup d’oeil, la structure de l’habitat où se développent les activités sociales. Faute de coupe transversale, de tomographie possible dans l’épaisseur du corps social, le cinéma choisit des individus exemplaires, y compris dans leur banalité.

Mais que comprend le public que l’on cherche à atteindre ? On prétend que déjà les collègues renâclent (mais il renâclent aussi à lire les travaux des autres, sauf s’ils sont poussés par une vraie nécessité !) alors que dire du public, s’il ne sait pas à quoi tout cela rime, qui déteste l’ésotérisme, qui veut entendre ce qu’on lui montre ?

On reproche au film d’anthropologue, sinon au documentaire télévisuel, son regard distancié. L’auteur est observateur, hors du coup ; bien que son observation se veuille participante, son ambition est didactique et cela se sent parfois si fortement que plus rien ne touche le spectateur. C’est vrai, sûrement. Mais alors faut-il s’interroger plus avant sur ce que cela veut dire ? Ce qui nous intéresse au cinéma au premier chef, c’est l’homme, c’est nous dans l’autre ou dans le refus de l’autre.   Il v a là une prédisposition à  la sympathie ou à l’aversion, qui est toute différente de la curiosité intellectuelle pour des objets physiques, mathématiques, biologiques astronomiques, etc. Dès qu’il s’agit de l’humain, la curiosité proprement entomologique et classificatoire cesse d’être première. D’ailleurs, souvent, c’est à l’instrumentateur et à sa passion que le spectateur non spécialiste s’intéresse vraiment lorsqu’il s’agit de sciences dites exactes. «Cet homme croit à ce qu’il fait.». II faut donc, me semble-t-il, montrer aussi, l’implication de l’ethnologue quel que soit l’artifice : ombre portée, présence marginale ou plus concrètement observable, questionnement direct, que sais-je ? car, spectateur ordinaire, l’intérêt pour moi en voyant ce documentaire ou ce film d’anthropologue, ce n’est pas de recevoir un savoir, nécessairement appauvri, mais de ressentir un éveil, une émotion, une envie d’être des autres, de partager la soif de connaissance des auteurs.


Extrait de Héritier-Augé F. (1992), “Où et quand commence une culture”, Cinémaction 64, Demain, le cinéma ethnographique, pp. 11-23

Ethologie humaine

Vendredi, octobre 8th, 2004

Champs d’études de l’éthologie humaine

L’éthologie humaine a pour objet de porter un regard biologique sur les comportements de l’homme et ses structures sociales. Elle cherche à décrire ce que fait réellement un individu (réalité objective) dans un contexte donné.

Quel que soit le champ d’étude abordé par la biologie, le fonctionnement de l’organisme doit être compris dans sa globalité : c’est-à-dire l’organisme dans son entier ainsi que ses relations avec son environnement physico-chimique : le biotope, et avec son environnement bio-sociologique : la biocénose. C’est la coordination des organes ou des organites cellulaires qui rend la vie possible. Le comportement est la phase visible de cette organisation.

Le champ d’étude de l’éthologie humaine se situant à l’intersection de la biologie et de l’étude du comportement social et individuel, elle apparaît comme une discipline à la fois interface et complémentaire des autres disciplines des sciences humaines.

Boris Cyrulnik (1989) : « Quand les psychologues appliquent à leur objet de science l’attitude et la méthode éthologiques, on parle d’éthopsychologie. Les anthropologues qui consacrent une partie de leur travail à faire des observations non verbales, font de l’étho-antropologie. Quand les linguistes observent les comportements lors des actes de paroles ou des scenarios lors des conversations, ils font de l’étholinguistique. Les urbanistes font de l’étho-urbanisme, les neurologues de l’éthoneurologie et les psychanalystes de l’éthopsychanalyse »
Jacques Cosnier, Dominique Bourgain, (1993) : « [L’éthologie] nous apparaît comme étant une discipline transversale recouvrant une partie de la linguistique, une partie de la sociologie, une partie de l’anthropologie, une partie de la psychologie, etc.. Elle est présente chaque fois qu’observation-description naturalistes sont mises en œuvre, c’est-à-dire aujourd’hui où l’on a pu s’échapper du carcan imposé par les préjugés expérimentalistes, dans des secteurs en plein développement – qu’ils s’intitulent d’ailleurs eux-mêmes éthologiques ou non. La dénomination n’ajoute rien à l’affaire »….« Aussi peut-on dire en 1991 que l’éthologie humaine, fortement initiée par des chercheurs comme Spitz, Bateson, Goffman et aujourd’hui très développée entre autre par des ethno-méthodologues, s’identifient en grande partie avec le vague mouvement de l’ « interactionnisme » contemporain »

Application des méthodes éthologiques à l’homme

Les méthodes de l’éthologie sont basées sur l’observation et la description la plus fidèle des évènements. Ce n’est pas l’observateur qui pose les questions, mais bien l’individu ou le groupe d’individus qui est observé. Tout objet d’étude doit être appréhendé comme quelque chose d’inconnu dont on veut appréhender le fonctionnement.

Boris Cyrulnik (1989) : « Le piège réside dans la manière de poser les questions, car nous humains, ne pouvons décrire ce que nous observons qu’en nommant les choses. Il y a toujours un moment où l’on finit par parler et mettre en mots ce qu’on observe. Nous introduisons de ce fait une trahison supplémentaire dans nos observations. Un fils de goéland ne s’accouple pas avec sa mère, mais au cas où il le ferait, réaliserait-il un inceste ? C’est l’observateur humain qui nomme « inceste » cet acte sexuel. Ce n’est pas l’acte qui marque le passage de la nature à la culture, c’est le fait de dire que cet acte est un « inceste » et de l’interdire »
- > Déterminer l’unité comportementale
- > Elaborer un éthogramme, c’est-à-dire un catalogue des comportements de l’homme dans un contexte donné. Ce dernier ne peut avoir un caractère définitif, il devra s’adapter et évoluer à travers les situations et les individus
- > Rester à un niveau à un niveau descriptif : utiliser des enchaînements de termes décrivant des actes moteurs, pouvant par ailleurs être précisés par des qualificatifs

Bien que l’observation directe soit privilégiée, le recours à un questionnaire dit éthologique est parfois nécessaire lorsque le chercheur ne peut accéder directement aux données. Ce type de questionnaire doit permettre un recueil de données objectives, les questions devant être posées de manière à obtenir seulement des descriptions de situations et de comportement précis.


Poupard Jean Marc (1998), « Contribution à la connaissance des comportements humains en milieu urbain:étude biosociologique du centre commercial régional de Créteil Soleil », Thèse ès Sociologie, Université René Descartes (Paris V)

Quelques définitions de la Recherche

Samedi, août 21st, 2004

Alain Chatriot propose les définitions suivantes :

Recherche fondamentale
Consiste en des travaux expérimentaux ou théoriques entrepris principalement en vue d’acquérir de nouvelles connaissances sur les fondements des phénomènes et des faits observables, sans envisager une application ou une utilisation particulière

Recherche appliquée
Consiste également en des travaux originaux entrepris en vue d’acquérir des connaissances nouvelles. Cependant, elle est surtout dirigée vers un but ou un objectif pratique déterminé

Développement expérimental
Consiste en des travaux systématiques fondés sur des connaissances existantes, obtenues par la recherche et/ou l’expérience pratique, en vue de lancer la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs, d’établir de nouveaux procédés, systèmes et services, ou d’améliorer considérablement ceux qui existent déjà

Recherche et développement expérimental (R-D)
Englobent les travaux de création entrepris de façon systématique en vue d’accroître le somme des connaissances, y compris la connaissance de l’homme, de la culture et de la société, ainsi que l’utilisation de cette somme de connaissances pour de nouvelles applications. Le terme R-D recouvre trois activités : la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le développement expérimental

Influence des sondages préélectoraux

Vendredi, avril 23rd, 2004

Influence sur les électeurs


 


Selon Patrick Champagne, la publication des sondages préélectoraux peut susciter chez certains électeurs un nouveau type de vote : le vote stratégique. Ce dernier consiste à ne pas voter directement et naïvement pour son candidat mais pour celui qui est censé produire l’effet politique recherché, ce qui ne passe pas nécessairement et toujours par le vote direct de son candidat. Ainsi, par exemple, l’électeur peut choisir de voter pour l’adversaire afin de « donner une bonne leçon » à son propre parti qu’il veut cependant voir gagner mais pas trop largement. ; ou voter « utile » en se portant sur un candidat de second choix pour qu’il ne soit pas éliminé au second tour.


Bien que ce vote stratégique ne touche aujourd’hui qu’une fraction plutôt faible et politisée du corps électoral, il peut se produire, dans certaines conjonctures politiques, des déplacements de voix de deux ou trois points qui peuvent suffire à modifier les scores attendus. Ainsi, selon Ivor Crewe, les nombreux sondages d’opinion effectués en Grande Bretagne avant les élections législatives de 1992, ont influencé les résultats des élections dans la mesure où ils ont mobilisé les électeurs conservateurs qui redoutaient la victoire des travaillistes prévue par les instituts de sondage.


 


Comme le montre Frank Brettschneider, il est difficile de prouver si les sondages influencent réellement le comportement électoral et dans quel sens. Par ailleurs, les personnes qui s’intéressent le plus aux sondages sont les électeurs au niveau d’étude le plus élevé et ceux qui appartiennent à un parti politique ou qui sympathisent avec lui, donc des personnes peu influencées par les sondages.


Stephen Ansolabehere et Shanto Iyengar ont mené une étude expérimentale consistant à exposer les électeurs à des sondages d’opinion en manipulant le niveau de soutien aux candidats. Les résultats montrent que les sondages influent de façon significative la préférence à l’égard d’un candidat mais pas leur intention de vote.


 


Par ailleurs, Darrell M. West note que l’influence des sondages varie selon le contexte électoral. Les effets des sondages électoraux sur le choix final des électeurs sont étudiés sur l’élection présidentielle américaine de 1980 et sur le référendum concernant le droit à la vie en 1986. Il apparaît que l’influence s’est révélée importante pour le référendum, négligeable pour l’élection présidentielle : l’identification partisane et les impressions relatives aux candidats étaient alors beaucoup trop importantes pour que les électeurs puissent être influencés par les résultats des sondages.


 


Influence sur les professionnels de la politique


 


Les sondages d’opinion constituent une importante source d’informations en sociologie politique. Non seulement pour identifier les préférences d’une population vis à vis des problèmes de l’heure ou des leaders politiques, mais aussi pour mieux cerner des faits et des comportements à partir de ce qu’en déclarent les individus enquêtés.


Les sondages d’opinion sont devenus un élément incontournable pour les partis et les hommes politiques. Près de la moitié des sondages réalisés par les instituts ne sont pas publiés : ils restent confidentiels, au seul usage de leurs commanditaires (partis politiques et gouvernement).


 


Comme le souligne Patrick Champagne, les sondages préélectoraux permettent de tester les chances des leaders politiques aux élections et pèsent désormais sur le choix des candidats. De même, Gaëtan Djaguidi défend la thèse qu’il existe une relation unissant les sondages, l’absence ou la présence de règles internes et codifiées de désignation au sein des partis politiques, la nature du leadership partisan et les décisions de candidature.





Ansolabehere Stephen, Shanto Iyengar (1994), “Of Horseshoes and Horse Races : Experimental Studies of the Impact of Poll Results on Electoral Behavior”, Political Communication, Volume 11, pp 413-430


Brettschneider Franck (März 1992), “Der taktische und rationale Wähler, Über den Einfluss von Wahlumfragen auf das Wählerverhalten bei den Bundestagswahlen 1983 bis 1990″, Politische Vierteljahresschrift, 33, pp 55-72


Champagne Patrick (1995), “Les sondages, le vote et la démocratie”, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°109, pp 73-92


Djaguidi Gaëtan, “Le rôle des sondages et des partis politiques dans la désignation des candidats à l’élection présidentielle”, Revue du Droit Public et de la Science Politique en France et à l’Etranger, pp1203-1220, 1-1995.


West Darrel M.(1991), “Polling Effects in Election Campaigns”, Political Behavior, Vol.13, n°2, pp 151-163


Worcester Robert M.(Décembre 1995), “Les instituts de sondage britanniques tirent les leçons de l’élection générale de 1992″, Revue Internationale des Sciences Sociales 146, pp 617-633

Fiabilité des sondages préélectoraux

Mercredi, avril 21st, 2004

Conditions de validité des enquêtes par sondage


Denis Lindon dans son ouvrage « Le marketing politique », rappelle brièvement les quatre conditions principales de la fiabilité des résultats des enquêtes par sondage :


     • Un échantillon représentatif
L’échantillon des personnes interviewées doit être représentatif de la population à laquelle on s’intéresse, c’est à dire, selon les cas, l’ensemble de la population, le corps électoral, ou certaines catégories d’électeurs. Pour assurer cette représentativité, il convient de suivre une méthode rigoureuse d’échantillonnage. Dans les enquêtes électorales, les méthodes les plus courantes sont, d’une part, le tirage au sort sur listes électorales, et d’autre part, la méthode des quotas, qui consiste à choisir les personnes interviewées de telle manière que leur répartition, par rapport à un certain nombre de critères tels que le sexe, l’âge, la profession, etc., soit semblable à celle de la population à laquelle on s’intéresse. les grilles sur lesquelles les instituts fondent leur choix (sources INSEE, INED, … ) pour établir les quotas ne sont pas non plus entièrement dénuées d’une certaine imprécision statistique, mais elles permettent tout de même d’accroître considérablement la qualité de cet échantillon


     • La taille de l’échantillon
Selon la précision des résultats souhaitée, la taille de l’échantillon d’une enquête électorale pourra varier, selon les cas, de quelques centaines de personnes à plusieurs milliers.


     • La qualité du questionnaire
Les questions doivent être pertinentes, claires, non ambiguës et non susceptibles de provoquer des réponses erronées ou mensongères. A ce propos, une enquête menée sur les sondages d’opinion effectuée lors des présidentielles américaines en 1992 a permis de montrer que la formulation des questionnaires influence considérablement les résultats des sondages. Ainsi, l’institut Gallup formule ses questions de façon telle que les réponses correspondent à des conditions spécifiques de court terme et que les résultats des sondages ne sont ni sables et ni fiables dans le temps, alors que les mesures du Michigan Survey Research Center donnent une idée plus exacte des mécanismes d’identification partisane. .


     • La méthode d’interview
A ce sujet, notons que les élections s’accompagnent de plus en plus de sondages effectués par Internet. Wei Wu et David Weaver montrent que ces sondages sont sujets à manipulation (pas de vérification possible des résultats, questions biaisées etc.),que les personnes peuvent voter plusieurs fois et que seules les classes aisées peuvent répondre.

Les sondages en accusation


A chaque élection resurgit le débat sur le rôle des sondages dans la vie politique. Portés aux nues par les uns qui y voient un instrument de connaissance de l’opinion indispensable à toute démocratie moderne, ils sont voués aux gémonies par les autres qui mettent en cause leur fiabilité et le bien fondé même de leur existence dans un système représentatif.
En Grande Bretagne, les nombreux sondages d’opinion effectués avant les élections législatives de 1992 se sont révélés pratiquement tous inexacts, ce qui a considérablement ébranlé la confiance des milieux politiques en cette technique . De même en France, le premier tour des scrutins présidentiels de 1995 et de 2002 ont été marqués par le dénigrement des instituts de sondages, accusés de ne pas avoir été suffisamment prédictifs du vote final. A ce propos, Jacques Antoine rappelle les explications dites « classiques » des écarts entre les prédictions et la réalité du vote et propose de nouvelles pistes de recherche.

     • Les marges d’erreur statistiques
Les instituts de sondage n’emploient guère la technique de l’échantillonnage au hasard avec remise mais lui préfèrent la méthode des quotas. Théoriquement non calculable pour des échantillons établis selon la méthode des quotas, la marge d’erreur est alors estimée. Comme le montre Jacques Antoine, les écarts entre résultats des sondage et résultats de vote vont au delà de cette marge d’incertitude estimée : elle est donc insuffisante pour expliquer les écarts constatés. 
Pour un échantillonnage fait au hasard avec remise (chaque personne est tirée au sort dans la population totale, sans que soit exclue la possibilité mineure quand cette population est importante de retenir plusieurs fois le même individu), l’intervalle de confiance a  pour un risque d’erreur a est donné par f ± racine carrée[f(1-f)/n] (avec t : donné par la table de Gauss en fonction de a; f : fréquence observée; n : taille de l’échantillon).


Exemple : un sondage effectué auprès de 1000 personnes attribue à la liste du parti socialiste 3O % des suffrages aux élections européennes du 13 juin prochain(SOFRES pour Unilog, RTL, LCI et le Monde, le 28 et 30 avril 2004) : cette liste a donc 95 % de chances de se trouver entre 0,30-1,96racine carrée[0,30×0,70/1000] et 0,30+1,96racine carrée[0,30×0,70/1000], c’est à dire grosso modo entre 27 et 33 %.


On constate que la marge d’erreur pour n personnes interrogées est indépendante de la taille de la population totale  


 • Photographie instantanée et non prévision
En France comme en Grande Bretagne ou aux Etats Unis, on dénombre des électeurs indécis ou versatiles : ils se décident ou changent d’avis à la dernière minute. Cette hypothèse d’un revirement à la dernière heure est d’ailleurs la première cause mise en avant par Market Research Society pour expliquer la divergence entre les chiffres des sondages et les résultats de l’élection générale de 1992 en Grande Bretagne . 


     • Le redressement des échantillons
Certains électeurs n’osent pas « avouer » qu’ils ont choisi tel ou tel candidat. Par ailleurs, il est difficile de faire la part des difficultés de mémoire et de la mauvaise foi des électeurs. Ceci a amené les instituts à effectuer des redressements : il s’agit de pondérer les scores bruts de chaque candidat grâce au rapport entre les résultats obtenus par sa formation aux élections précédentes et les votes que les sondés déclarent avoir émis à l’occasion de scrutins passés. Les méthodes de redressement ne doivent pas être choisies une fois connus les résultats de l’enquête sur le terrain. Jacques Antoine rappelle que la Commission des sondages reconnaît que les redressements d’échantillon sont non seulement autorisés mais nécessaires. Ceci étant, elle laisse à chaque institut la liberté du choix des méthodes et la responsabilité de ses résultats. Elle se limite donc à vérifier à posteriori la validité des traitements et des choix des sondeurs, et à formuler s’il y a lieu des observations. Concernant le premier tour des présidentielles en 1995, la Commission n’a pas eu à formuler des avis mettant en cause le travail des instituts.

     • Vote à domicile et vote réel
Toutes les personnes interrogées n’iront pas voter : d’une part, certaines ne sont pas inscrites sur les listes électorales (mais la plupart des instituts “filtrent” les réponses en demandant aux interviewés s’ils le sont effectivement); d’autre part, beaucoup des inscrits qui s’abstiendront répondent tout de même à l’enquêteur : il est moins difficile de “voter’” chez soi quand un institut vous le demande que de retrouver sa carte d’électeur et se déplacer jusqu’à son bureau de vote; aussi le vote à domicile est-il généralement sensiblement supérieur à la participation réelle


    • L’électeur stratège
L’électeur sondé, sachant qu’il participe à un mécanisme à la fois politique et médiatique, peut adopter devant l’enquêteur des attitudes et des comportements susceptibles de fausser les résultats des sondages. Il peut décider de ne pas répondre au sondage ou à certaines questions, dissimuler sa véritable intention de vote ou sa réelle sensibilité politique. Ainisia la sous estimation  des candidats extrémistes au profit des candidats les plus consensuels ou les plus populaires est quasi-systématique,.

     • L’effet de la technique d’enquête
Par ailleurs il existe une différence de résultats entre instituts. Ceci conduit à se demander si la technique d’enquête utilisée exerce une influence. Les interviews préélectorales relatives aux dernières présidentielles ont été conduites en face à face ou par téléphone. La validité comparée de ces deux techniques d’enquête est un thème de recherche et d’expérience sur lequel il n’y a pas, aujourd’hui, de conclusion définitive dans le contexte français.




Abramson Paul R., Charles W. Ostrom (1994), “Change and Continuity in Party Loyalties during the 1992 Election Campaign”, Public Opinion Quarterly, Volume 48, pp 21-48
Antoine Jacques (1995/2.), “Le sondage en accusation, Revue Française du Marketing”, n°152, pp 7-16
Crewe Ivor (october 1992), “A Nation of Liars ? Opinion Polls and the 1992 Election”, Parlementary Affairs, Volume 45, number 4, pp 475-495
Lindon Denis (1986), “Marketing Politique”, Paris-dalloz, pp 8-17
Wu Wei, David Weaver (Fall 1997), “On-Line Democracy or On-Line Demagoguery ?” Public Opinion « Polls » on the Internet, The Harvard International Journal of Press/Politics, Volume 2, Number 4
Worcester Robert M. (Décembre 1995), “Les instituts de sondage britanniques tirent les leçons de l’élection générale de 1992″, Revue Internationale des Sciences Sociales 146, pp 617-633



Phénoménologie

Mercredi, avril 7th, 2004

Quelques éléments d’origines


La phénoménologie est un terme inventé par le mathématicien Jean-Henri Lambert en 1764 pour désigner la partie des sciences qui étudie les phénomènes. C’est avec le philosophe Friedrich Hegel au début du XIXième que le terme atteint sa plénitude philosophique avec son œuvre “Phénoménologie de l’Esprit” (1807).

Avec Edmond Husserl, la phénoménologie devient au XXième siècle une doctrine philosophique à part entière. Aujourd’hui, la phénoménologie correspond à un courant de pensée qui se réclame sinon des concepts, du moins de la méthode d’Edmond Husserl Sa démarche est celle que Maurice Merleau-Ponty décrit dans son ouvrage “Phénoménologie de la perception” (1945) : « La phénoménologie, c’est l’étude des essences […]. Mais la phénoménologie, c’est aussi une philosophie qui replace les essences dans l’existence et ne pense pas qu’on puisse comprendre l’homme et le monde autrement qu’à partir de leur « facticité ». Ainsi est-elle une philosophie d’un monde toujours « déjà-là », avant toute réflexion, et qu’il s’agira de retrouver dans la naïveté de ce contact antéprédicatif, comme monde vécu dont on décrira l’expérience telle qu’en elle-même elle se donne, sans aucun recours à des genèses sociales ou psychologiques et sans aucune explication causale »


L’approche phénoménologique en sciences sociales

La phénoménologie en tant que science des phénomènes apparaît dans l’expérience. Plutôt que d’analyser un phénomène en cherchant à en comprendre les causes, cette perspective propose un angle d’approche différent : il s’agit d’appréhender le phénomène comme il apparaît, dans son vécu, son essence. L’essence est indépendante des particularités : ainsi par exemple, l’essence de la ville de Paris constitue un “être total “, un ensemble et non pas un objet à mille facettes (les arrondissements, les cafés, les quais, la Tour Effel, la Seine, les pigeons…) sans lesquelles Paris ne serait pas ce qu’elle est, un ensemble autonome par rapport à toute ville particulière.
Cette approche consiste en deux volets : dans un premier temps, une description de ce qui est perçu dans l’expérience vécue , puis dans un second temps, l’identification de son intentionnalité.


L’approche phénoménologique-existentielle est une perspective d’étude du comportement du consommateur différente de celle l’approche cartésienne qu’il est intéressant d’examiner. Le coeur de cette perspective  peut être décrit selon  trois métaphores : “The pattern Metaphor” , “The figure/ground Metaphor” and the “Seeing Metaphor “ (Thompson, C., Locander, W., & Pollio, H., 1989).


     > “The pattern Metaphor” 


Definition : “A pattern is a segregated perceptual whole taht emerges from a context” (Kohler, 1947)


La figure représentée apparaît comme une spirale. En la décontextualisant, par exemple en passant par dessus un compas, il s’avère que la figure est composée d’une série de cercles enchevêtrés les uns avec les autres. L’apparition de la spirale est un phénomène qui émerge du contexte perceptuel. Selon une perspective cartésienne, le chercheur expliquerait que la figure exige de séparer les cercles de leur contexte environnant et que la spirale est une pseudo-observation, qui peut être évitée en utilisant des procédures analytiques (comme le compas). Selon une perspective phénoménologique, le chercheur riposterait que la spirale est un phénomène approprié pour l’étude et qu’il n’y a aucune nécessité épistémologique pour ne retenir que la vue analytique pour être scientifique et valide.



 Fraser, James B. (1908), “A new visual illusion of direction”, British Journal of Psychology 2: 307-337, 1908


La perspective existentielle-phénoménologique cherche à décrire l’expérience telle qu’elle émerge dans un contexte, telle qu’elle est vécue. Le monde dans lequel est vécue l’expérience ne correspond pas toujours au monde décrit de manière objective parce ce que souvent l’objectivité implique d’essayer d’expliquer un évènement séparément de son contexte.
Plutôt que de découper, de séparer du contexte  puis d’objectiver les aspects du monde vécu, il s’agit de décrire l’expérience humaine au moment où elle est vécue. La signification d’une expérience est toujours située dans le contexte courant de l’expérience et est reliée au projet continu du monde vécu (Sartre, 1962)


     >” The Figure/Ground Metaphor”


Les travaux menés sur le basculement premier/arrière plan (figure and ground) montrent que le cerveau classe les informations spatiales en deux catégories, celles qui vont former la figure et celles qui constituent l’arrière plan d’où émerge la forme.La peinture ci-dessous en est une illustration : l’oeil perçoit alternativement un arbre et un personnage de profil.



Courier & Ives, ca. (1835)


       - L’expérience est conceptualisée comme un processus dynamique dans lequel les éléments peuvent switcher du premier plan à l’arrière plan.
       - Le premier plan et l’arrière plan fonctionnent de manière co-constitutive : l’un ne peut exister sans l’autre
       - Tous les modes de l’expérience humaine (comme penser, sentir, imaginer, se souvenir…) sont vus comme des phénomènes intentionnels


     > The “Seeing Metaphor”
L’approche existentielle-phénoménologique décrit l’expérience humaine à la fois comme pré-réflexive et réflexive (Pollio, 1982).


Le tableau suivant présente une comparaison entre la perspective cartésienne et la persepective existentielle-phénoménologique dans l’étude du consommateur (Thompson, C., Locander, W., & Pollio, H., 1989)


Mener une “interview phénéoménologique”


Mener une interview phénéoménologique vise à obtenir une description détaillée d’une expérience. Il s’agit d’un entretien non directif : l’interviewer hormis une première question ouverte qui vise à indiquer l’expérience sur laquelle il veut faire s’exprimer le répondant, n’a pas d’autres questions prévues dans son guide d’entretien. Les autres questions posées le sont au fil de l’interview sans être prédéterminées ou suivre une trame directrice.
Les questions posées doivent amener le répondant à décrire le vécu de son expérience et non pas à lui demander une quelconque prise de distance avec des interrogations l’incitant à s’inscrire dans un registre rationnel avec des questions du type « Pourquoi ? » : ces dernières peuvent entraîner la volonté d’une rationalisation et fournir des réponses défensives (Argyris, 1982).




Argyris, Chris (1982), “Reasoning, Learning, and Action : Individual and Organizational Dynamics”, San Fransisco : Jossey-Bass
Fraser, James B. (1908), “A new visual illusion of direction”,  British Journal of Psychology 2: 307-337
Husserl, Edmund (1913) “Idées directrices pour une phénoménologie”, traduction de Paul Ricœur, Gallimard, 1950
Husserl, Edmund (1929), “Méditations cartésiennes, Introduction à la phénoménologie”, traduction de Gabrielle Peiffer et Emmanuel Levinas, Vrin, 1969
Kohler, Wolfgang (1947), “Gestalt Psychology”, New York: Liveright
Merleau-Ponty, Maurice (1945), “Phénoménologie de la perception” , Paris,Gallimard, 1945
Pollio, Howard R. (1982), “Behavior and Existence”, Monterey, CA: Brooks/Cole
Sartre, Jean-Paul (1943) : “L’Etre et le Néant”, Gallimard , Paris
Thompson, C., Locander, W., & Pollio, H. (1989). “Putting consumer experience back into consumer research : The philosophy and method of existential-phenomenology”,  Journal of Consumer Research, 16, 133-146

Analyse de contenu

Lundi, avril 5th, 2004

Définitions


Historiquement, l’analyse de contenu se présentait comme une technique de sciences humaines visant à donner une caution d’objectivité à l’interprétation d’un message.


Bernard Berelson et Paul Lazarsfeld (1952) : « L’analyse de contenu est une technique de recherche pour la description objective, systématique et quantitative du contenu manifeste des communications ayant pour but de les interpréter.»


Bernard Berelson (1954) : « Une technique de recherche pour la description objective, systématique et quantitative du contenu manifeste des communications, ayant pour but de les interpréter »


Ces définitions confèrent un caractère normatif et limitatif du fonctionnement de l’analyse de contenu. En effet, si l’un des aspects de cette méthode consiste en la description rigoureuse et objective d’énoncés, l’interprétation de ces derniers ne peut se faire sans le recours à un processus de déductions logiques : l’inférence, et donc dans une certaine mesure à une part de subjectivité. Il s’agit de prendre en compte des variables qui vont permettre de caractériser et de contextualiser l’énoncé : quels en sont les antécédents ? les effets ?. Ces “variables inférées” sont de nature variée, il peut s’agir de variables concernant l’émetteur (psychologiques, démographiques, sociologiques…), la situation dans lequel le message a été formulé…


Le travail de l’analyste va donc consister à mettre en relation des énoncés qu’il aura rigoureusement décrits avec une série de facteurs à visée explicative, et par une suite d’hypothèses posées, d’articulations, de désarticulations, aboutira à une interprétation qui se veut fine et pertinente ayant pris en compte le non dit, le caché, le latent…


Laurence Bardin (1977) se propose de donner une définition actuelle de l’analyse de contenu : « Un ensemble de techniques d’analyses des communications visant, par des procédures systématiques et objectives de description du contenu des messages, à obtenir des indicateurs (quantitatifs ou non) permettant l’inférence de connaissances relatives aux conditions de production/réception (variables inférées) de ces messages.».


Méthode en bref

La méthode d’analyse de contenu est organisée autour de trois grandes étapes : la préparation du matériel, son exploitation et enfin son traitement et son interprétation.

La préparation du matériel constitue une phase importante de la méthode : plus elle sera pensée et soignée et plus l’analyse se fera dans des conditions confortables et permettra de faire émerger une interprétation fine. 
     > La lecture « flottante » constitue le point de départ de l’appropriation des énoncés : il s’agit c’est-à-dire une première prise de contact dite « intuitive » avec les documents à analyser durant laquelle de premières pistes d’analyse émergent. 
     > L’univers des documents à considérer : il s’agit de déterminer sur quels types de documents l’analyse va porter : des thèmes, des phrases, des mots, des images, des discours… 
     > La délimitation du corpus : déterminer l’ensemble des documents à inclure dans l’analyse en respectant des règles d’exhaustivité (à l’intérieur du champ du corpus), de représentativité et d’homogénéité. 
     > La formulation des hypothèses. A noter néanmoins, que cette étape n’est pas obligatoire, il est tout à fait envisageable de se lancer dans l’analyse dans avoir posé au préalable des hypothèses de travail.

L’exploitation du matériel consiste en l’administration des techniques choisies sur le corpus : coder, compter, classer…

Le traitement et l’interprétation des informations passées à la moulinette peut se faire à l’aide d’outils statistiques afin d’apporter une validité aux résultats.

Exemple d’une grille d’analyse

Qui parle ? Il s’agit d’examiner les caractéristiques de l’émetteur de l’énoncé
Pour dire quoi ? On s’attache au message qui est transmis
A qui ? Il s’agit d’examiner les caractéristiques du récepteur auquel l’énoncé est destiné
Comment ? On s’intéresse à la manière (la forme) dont le message est transmis
Dans quel(s) but(s) ? Analyser les objectifs explicites et implicites de l’émetteur
Avec quel(s) résultat(s) ? Les effets de la communication de l’émetteur de l’énoncé



Pour aller plus loin, consulter le “guide bibliographique” proposé en 1999  par Guy Bédard, Micheline Doiron et Lawrence Olivier  qui répertorie un nombre important de références sur le sujet : http://www.er.uqam.ca/nobel/k23064/6.2-L’analyse-de-contenu.html



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