Good Vibrations
posté dans : Sur ma platine
Pendant que New York et Montréal concentrent sur elles une grande partie de lattention de la presse musicale française (et internationale), le reste de lAmérique enfante chaque mois quelques voix qui ne trouvent que trop peu déchos à mon goût de ce côté-ci de lAtlantique (sauf sur les webzines aux grandes oreilles référencés sur ce blog). En effet, derrière Sparklehorse, Grandaddy ou Mercury Rev débarquent une génération talentueuse de songwriters américains capables dexplorer de nouveaux territoires à la convergence de la pop, de la country, du folk ou du rock psyché. Ils imaginent ainsi des passerelles improbables comme si Neil Young avait troqué son Crazy horse contre les Boo Radleys, comme si Wilco protégeait la voix dange dElliott Smith ou comme si Nick Drake avait enregistré Pink moon avec Pink Floyd en backing band (je memballe peut-être un peu là !).
Parmi tous ces talents mêlant compositions ambitieuses, arrangements subtils et textes souvent de haute volée, ma préférence se porte sur trois dentre eux : Kevin Tihistas Red Terror, les frères Nourallah et Laura Veirs.
Découvert grâce au magazine anglais Uncut (qui soutient avec passion la scène néo-folk alternative US), Kevin Tihistas Red Terror a sorti 3 albums depuis son ep éponyme de septembre 2001 sur Rough Trade ; son dernier disque Wake up captain (Parasol/2004) est de loin mon préféré (les deux autres regorgent de perles mais sont peut être un peu moins homogènes). Ce natif de Chicago qui enregistre en général seul et en home studio (certaines démos de ces enregistrements sortent dailleurs ces jours ci) pose des textes sombres et mélancoliques sur des mélodies pop imparables arrangées de manière sobre mais efficace. Essentiel pour tous les fans dElliott Smith, de Cardinal, dEric Matthews ou de Richard Davis.
Originaires du Texas et assez proches musicalement de Kevin Tihista, découverts grâce à mon ami D.Fakenahm, les frères Nourallah ont réussi en 2004 lalbum de pop parfait (Nourallah Brothers chez Western vinyl): 16 titres et 16 tubes aussi entêtants que nimporte quel album des Beatles, des Kinks ou dElliott Smith (décidément !) avec un petit côté folk-Neil-Youngien et quelques arrangements à la Eels. Des refrains accrocheurs, dautres plus mélancoliques, des guitares acoustiques et des tambourins, de superbes harmonies vocales ; récemment, dans ce style, il ny a guère que Kevin Tihista et les Magic numbers qui puissent rivaliser. Séparés depuis ce disque, les deux frangins ont déjà sorti deux autres galettes en solo (une préférence pour Polaroid de Salim)
A 28 ans, Laura Veirs vit quant à elle à Seattle et saffirme dores et déjà comme le plus bel espoir de cette scène néo-folk us. Dans un registre moins pop, ses deux albums distribués en France (Carbon Glacier et The triumph and travails of Orphan Mae) sont également peuplés de textes sombres encore plus introspectifs que ceux de Kevin Tihista chantés par une voix dune pureté rare sur des arpèges de guitare limpides le tout rehaussé de quelques arrangements de banjo, de glockenspiel ou de cordes et dune production discrète mais aventureuse ; imaginez les chansons de Nick Drake chantées par Cat Power le tout produit par David Friedman et vous y serez presque. Attention cependant, il paraît que le prochain album sonne beaucoup plus rock ; espérons que la magie sera encore là !
Dans la même veine et tout aussi marquants pour moi, les albums de Sufjan Stevens (Michigan), Iron and Wine (Texans dénichés par Sub Pop), Czars (originaires de Denver), Shearwater (Texans abrités par Fargo records) ou de Midlake (Texas) prouvent eux aussi que lavenir du rock américain ne passe pas forcément par la grosse pomme dautant que les perles issues de laméricana néo-folkeuse orpheline dElliott Smith ne se limitent pas aux quelques disques évoqués ici.
