dans les nuages.
posté dans : pumuckl écoute
c’est ma tête qui était dedans quand j’ai écrit le post précédent… Pressé par l’envie de le publier vite, j’en ai oublié un des « disques » (les guillemets se justifient bientôt…) dont j’avais envie de parler. Epanchons nous donc sur in Rainbows de Radiohead. Parlons musique et parlons de l’engagement, de l’attitude, de politique, bref parlons aussi du reste qui a fait bien du bruit.
Parlons musique d’abord. Radiohead, c’est un peu les Beatles : avant de commencer à leur chier sur la gueule, il faut se lever de bonne heure et fourbir patiemment ses armes car toute critique envers les petits gars d’Oxford est vite assimilée au crime de lèse majesté ou à une manifestation de snobisme aigue. Mais, autant le dire tout de suite, je suis un connard snob, je trouve ce disque juste décevant et j’ai pas envie d’en pondre des tartines pour le dire. Non pas que le disque soit mauvais, loin delà… Mais il n’y a rien qui le démarque des albums précédents de Radiohead, ni même du reste de la scène actuelle. On a déjà entendu tous les plans, beaucoup dans hail to the thief… Pire, Radiohead me fait souvent pensé à d’autres groupes sur ce disque, ce qui ne colle pas trop avec leur étiquette de « référence ». Le seul titre que je trouve vraiment audacieux est faust arp, un acoustique déstructuré et très doux dans lequel on voit émerger une pointe de danger… Niveau son, idem, on ne retrouve pas un radiohead ambitieux : c’est très beau, c’est très propre mais si propre que cela en devient impersonnel. Je trouve au final que l’album solo de Thom Yorke, moins produit, était bien plus touchant, bien plus organique. Bref, radiohead est un groupe de gens normaux, qui ne passent pas leur temps à se surpasser et c’est une bonne nouvelle.
Parlons maintenant attitude…je passe sur les modalités de « publication » de ce nouvel album, téléchargeable à prix libre, le coffret à 60 euros et blabla… Encore, tonnerre d’applaudissement de la presse, « Radiohead fait un gros fuck à l’industrie musicale, c’est super et bla bla et bla »…Bon ben, désolé, Pumuckl est encore snob et ne mange pas de ce pain la… Je ne comprends franchement pas quel est le message de leur système. On peut penser ce qu’on veut des maisons de disque et notamment beaucoup de mal, il n’empêche que si radiohead est un groupe de superstars déifiées, c’est parce qu’ils ont signés 6 albums sur une major qui a mis un paquet de pognons sur leurs petites têtes… Bref, d’un point de vue « politique », je trouve que la démarche ne montre rien, si ce n’est qu’on ne peut se passer d’intermédiaires que quand on les a copieusement utilisés auparavant… Le système ne fonctionne ici que parce qu’une marée d’aficionados attendait un nouvel album et l’aurait acheté quoiqu’il arrive… On me rétorquera (on l’a lu souvent) que l’idée, c’était surtout d’offrir au consommateur un produit à sa juste valeur. La encore, je ne comprends pas le message… j’avais le choix entre payer ce que je veux pour des MP3 ou payer 60 euros pour le coffret… Et bien désolé mais ça été 0 euro pour les MP3 et sans culpabilité (car MP3= support merdique). L’enjeu aujourd’hui de l’industrie du disque c’est certainement de redonner à l’objet « disque » une nouvelle attractivité, de convaincre le consommateur que le disque est un bel objet qui mérite d’être acheté pour peu que le tarif soit décent. L’alternative que propose Radiohead est pour moi suicidaire. En proposant au « pauvre » du MP3, on banalise ce format antimusical (car compressé, car écouté sur ordi, car sans logique d’album, car insusceptible de ne pas disparaitre à moyen terme…) En proposant, à coté de cela, seulement un coffret à 60 euros, Radiohead, loin de réhabiliter l’objet disque, en fait un objet de luxe qui laisse de coté l’amateur de musique, qui a juste envie d’acheter un disque a un prix raisonnable, de le mettre dans sa chaine hifi, de feuilleter le livret, etc… Je trouve tout cela bien prétentieux.

Dominique A. Lui aussi y va des sorties en masse : un live, un livre document, un coffret d’inédits… Bon, en aficionados, j’ai tout acheté. Et voilà tout est bien. J’ai eu l’occasion d’assister à une rencontre avec Dominique A dans une petite librairie Parisienne pour la sortie du livre « les points cardinaux »et ce qui me frappe, c’est que ce que j’ai perçu en participant à la petite discussion conviviale transparaît vraiment du livre et des disques qui viennent de sortir. Dominique A semble renoncer au mystère, il se livre de façon spontanée, de façon impudique mais jamais exhib…Tout ça est assez paradoxal. D’un coté, on a le sentiment d’un Dominique A très modeste, qui se réfugie constamment dans l’autodérision, dans le refus catégorique de se considérer comme un artiste. Jusqu’à publier une chanson enregistrée quand il avait 13 ans…D’un autre coté, ce déluge de sorties « inventaire » laisse parfois l’impression que Dominique A ne veut plus rien prouver…Comme il le disait dans cette librairie « je voulais faire 7 albums », et on se dit que le 7ème passé, Dominique fait une pause, et contemple le travail accompli, avec une satisfaction certaine… En tout cas, le petit Dom donne la à ses auditeurs toutes les clefs pour être mieux compris… Je pourrais parler des heures encore tant certaines phrases du livre, certaines tournures des chansons inédites m’ont marqué, ont conforté ou contredis mes petites théories sur Monsieur A… Mieux vaut arrêter la, ce sera mieux pour tout le monde !
Je finirai par Arnaud Michniak, qui nous est revenu avec un film réalisé par ses soins (appel ca comme tu veux) et surtout avec son premier album solo, poing perdu. Une chose est sure, l’adjectif le plus approprié pour qualifier ce CD et ce DVD est celui que l’on peut coller à tous les projets de Michniak : Radical. Pour autant, le chanteur de diabologum et de Programme ne reproduit pas le passé… Contrairement a ce j’ai pu lire. Nos amis chroniqueurs de la presse branchée, après avoir comparé a peu près tous les groupes merdiques de rock français à diabologum, (devenu le petit alibi underground des petits journalistes soucieux d’épater la galerie de leurs références mal maîtrisées), se sont empressés d’écrire que, au final, Poing perdu aurait pu être un disque de Programme. Musicalement, c’est sans doute vrai. En revanche, si Arnaud Michniak a décidé d’inscrire son nom plutôt qu’un pseudo sur la pochette, c’est bel et bien pour dire que c’est lui qui parle et plus cette image qu’il donnait de lui jusqu’à présent. Programme était un concept : c’était l’histoire d’un homme fictionnel, d’un homme qui a aucun moment ne réalise un compromis, peu importe que cela le conduise à l’isolement, la folie ou même au meurtre (Cf je sais ou je vais). Poing perdu est au contraire une confession sincère d’Arnaud Michniak. Je crois que jamais dans toute sa carrière Arnaud Michniak n’a été plus émouvant et plus sincère. Le toulousain revient, plus ou moins explicitement, sur sa carrière, sa démarche et constate son échec, son épuisement. « Je veux d’une parole qui soit un acte » …Depuis Diabologum, c’est bien cette définition de l’engagement qu’Arnaud Michniak a défendu. Si j’ai le temps, j’écrirai sérieusement sur ce disque comme j’ai pu le faire sur #3… En attendant, ce que je peux dire, c’est que ce qui se joue ici, ce n’est pas de la musique. J’ai pour principe de toujours dissocier l’artiste de son œuvre. Ici ça n’a pas de sens. Car aimer ce disque c’est aimer personnellement l’humain qui l’a réalisé. Arnaud Michniak est le seul penseur qui me parle.